L'affaire Benalla s'invite à l'UCL
L'affaire du "conseiller cogneur" d'Emmanuel Macron rebondit chez nous. Un chercheur de l'UCL qui a fourni des données a décidé de démissionner.

- Publié le 13-08-2018 à 06h00

"Je ne suis ni un facho, ni un barbouze. Je suis guidé par les valeurs démocratiques et mon aveuglement au service de la lutte contre la désinformation ne m'a pas permis de mesurer la portée de mes actes. Toutes mes excuses à ceux et celles que j'ai pu heurter."
Les excuses émanent de Nicolas Vanderbiest, assistant à l'Université catholique de Louvain et cofondateur de la plateforme EU Disinfo Lab. Des excuses accompagnées d'une intention de démissionner de ses fonctions académiques. En cause: la publication d'une étude à l'origine d'une tempête
Tout est parti de l'affaire Benalla, du nom de ce conseiller en sécurité du président français accusé d'avoir porté des coups à des manifestants le 1er mai dernier. Un dossier sensible qui secoue l'Élysée depuis plusieurs semaines. Et qui a surtout offert une opportunité en or à l'opposition française de sortir de sa léthargie. À un point tel que les messages concernant "l'affaire Benalla" ont envahi les réseaux sociaux.
Le fait d'une minorité
Sain travail d'opposition ou tentative de manipulation? C'est précisément la question que s'est posée Nicolas Vanderbiest. Depuis plusieurs années, ce trentenaire lutte contre la désinformation sur internet en retraçant la provenance de publications, notamment sur les réseaux sociaux.
La dernière enquête publiée sur son site a fait l'effet d'une bombe. Elle expliquait que sur les 55 000 comptes Twitter ayant abordé l'affaire Benalla, "une partie de ce volume (3 900, NDLR) avait été créé par une infime minorité".
Face à la tournure prise par ses révélations et notamment son instrumentalisation par la majorité, le chercheur a décidé de publier la méthodologie utilisée. À savoir le croisement de plusieurs fichiers, notamment celui reprenant l'identité des auteurs de ces messages et leur apparentement à une mouvance ou idéologie politique.
Fort de ces recoupages, Nicolas Vanderbiest en avait déduit que quatre "communautés" avaient été particulièrement actives: "Une autour de la droite (républicains et de l'extrême droite) […]; une autour de la France Insoumise […]; une communauté médiatique […] et enfin une communauté d'isolés."
Cette volonté de transparence n'a pas calmé les esprits, bien au contraire. Plusieurs élus ont dénoncé un "fichage" inacceptable, tant à gauche qu'à droite, et annoncé le dépôt d'une plainte à la CNIL, l'équivalent français de notre Commission de la vie privée.
L'UCL ne commente pas
C'en était trop pour Nicolas Vanderbiest qui a donc décidé, après avoir pris le temps de réexpliquer en détail le sens de sa démarche sur le site Medium.com, de faire un pas de côté.
"Dans mon prisme de doctorant, je ne pouvais soupçonner que le partage de ces données aurait une telle portée. […] J'assumerai les responsabilités qui m'incombent. J'ai pris la décision de contacter l'Université pour commencer les démarches afin de cesser mes activités dans le cadre de l'Université catholique de Louvain, qui ne doit pas souffrir de mes activités bénévoles et de leur portée."
Depuis, le chercheur refuse de répondre aux sollicitations. Contacté, Vincent Blondel, recteur de l'UCL, n'a pas souhaité commenter une décision qui n'a pas encore été débattue en interne, en raison des vacances.
