"J'attends avant de m'équiper"
De nombreux patrons ont la black box. Mais ils attendent avant de l'activer. Comme Olivier Jauquet qui a retenu les leçons du passé.
- Publié le 12-07-2016 à 06h00

Depuis le 1er juillet, tout restaurateur dont le chiffre d'affaires provenant de la consommation de repas sur place dépasse 25 000€ est susceptible de subir un contrôle pour vérifier qu'il utilise la caisse enregistreuse connectée.
Une perspective qui n'effraie guère sur le terrain. Et s'ils préfèrent souvent rester anonymes, Olivier Jauquet (à droite sur la photo) ne s'en cache pas: sa brasserie du bowling de Huy n'est pas encore connectée.
Pour lui, c'est une question de prudence: il se souvient encore de l'épisode des extracteurs de fumée, qui avaient été imposés au début des années 2000. "Puis, la loi interdisant de fumer est passée. Moralité: nous avons investi 3 000€ dans des équipements pour rien. Avant d'investir, nous voulons être certains qu'il n'y a pas de revirement de situation."
Un restaurateur schaerbeekois confirme: "Les choses ne sont pas encore très claires. Et tant qu'on n'est pas sûrs à 100%, on ne bougera pas." Même son de cloche chez un confrère namurois. "Si personne ne l'utilise, je ne la mettrai pas. Et pour le moment, à Namur, tout le monde en est là. On est tous solidaires."
"C'est une question de principe"
Une solidarité qui dépasse les limites de la capitale wallonne. Olivier Jauquet et ses collègues, en retardant le passage aux caisses enregistreuses connectées, ne font rien d'autre que suivre les consignes de la fédération horeca Wallonie, un secteur où travaille sa famille depuis 54 ans.
Et ce qui frappe cet indépendant, c'est l'inégalité dans le secteur: "Pourquoi impose-t-on une black box dans l'horeca, et pas aux bouchers, boulangers, coiffeurs? C'est de la discrimination."
Si l'on en croit les chiffres avancés par le secteur, les black boxes pourraient coûter 20 000 emplois et causer la fermeture de 30% d'établissements. Mais pour la brasserie du bowling, ça ne devrait rien changer.
" Nous ne fonctionnons qu'avec des temps pleins et des caisses électroniques: notre comptabilité est transparente, car tout est informatisé. Mais il faut se rendre compte que dans une brasserie, 30% du temps, c'est de l'attente. Entre 11 heures et midi, le personnel doit être là, mais le plus souvent, il n'a rien à faire. C'est le cas dans tous les établissements qui ouvrent 13 à 14 heures par jour, 7 jours sur 7."
Même son de cloche du côté de notre restaurateur namurois. "La black box ne changera pas grand-chose financièrement. Tout est déclaré. C'est une question de principe!"¦
