"Innocent, j'ai pourtant été condamné à mort"

Ce dimanche est organisée la Journée mondiale contre la peine mort. Un évènement pour rappeler qu'en 2009, 714 personnes ont été exécutées à travers le monde. Dont peut-être des innocents. Joaquin José Martinez, lui, est resté trois ans dans les couloirs de la mort avant d'être innocenté. Il nous livre son témoignage à l'occasion de cette Journée.

«Innocent, j'ai pourtant été condamné à mort»
Peine de mort ©Reporters

Joaquin José Martinez, en 1997, vous avez été, à tort, condamné à mort. Comment cela a-t-il pu arriver?
C'était une affaire très difficile, parce que la victime, qui était le fils d'un shérif, était aussi un dealer. Il fallait la résoudre rapidement. Je venais de vivre un divorce difficile avec mon ex-femme. À plusieurs reprises, elle m'avait déjà dénoncé à la police, entre autres pour des prétendues tentatives d'enlèvement sur mes deux filles. Elle a alors rappelé la police en lui disant que j'étais impliqué dans ce meurtre.

Pourquoi la police a-t-elle cru votre ex-femme?
Parce que la police avait vu que plusieurs éléments tenaient la route. À commencer par le fait que je détenais deux armes, dont une du même calibre que celle qui a servi pour le meurtre, un 9 mm. Avec cet élément et le témoignage de ma femme, ils étaient persuadés d'avoir résolu l'affaire. Et après avoir annoncé qu'ils avaient arrêté le coupable, ils ne pouvaient plus faire marche arrière. Un an et demi plus tard, j'étais condamné à mort.

Qu'avez-vous ressenti à ce moment-là?
Je me suis senti trahi par un système dont j'avais été l'un des plus fervents partisans (NDLR : la peine de mort) pendant tant d'années, trahi par un pays. J'étais complètement paumé, choqué. Jamais je n'aurais cru que cela aurait pu m'arriver. Jamais. Je n'avais jamais été en prison, je n'avais jamais rien commis de répréhensible qui aurait pu me mener en prison.

Vous avez eu des contacts avec d'autres prisonniers?
Oui, j'ai eu des contacts avec des personnes que j'avais vues à la télévision et que j'avais critiquées tant de fois. Ces personnes, pensais-je à l'époque, devaient être tuées. Et voilà qu'elles se retrouvaient à mes côtés. Certains étaient là depuis des années.

Là, j'ai réalisé la souffrance et la peine de ces personnes qui patientent dans le couloir de la mort. Mais aussi de leur famille. Je me suis alors dit que si un jour je sortais de là, je devais faire quelque chose pour eux.

Justement, que faites-vous depuis votre sortie?
J'essaie de parler le plus possible à travers le monde de la peine de mort. J'essaie aussi de refaire ma vie. Mais c'est très difficile, même après tant d'années. Vous y repensez, vous pensez aux autres condamnés. C'est mon job maintenant de faire ce que mes parents ont fait pour moi mais pour les autres.

Et vous avez pardonné à votre ex-femme de vous avoir dénoncé, à tort?
Ce fut difficile mais j'en fus capable. Je l'ai fait aussi dans l'intérêt de mes enfants. Et puis j'ai réalisé qu'on ne pouvait pas haïr tout le monde. Cet épisode a changé ma vie. Je suis peut-être une meilleure personne aujourd'hui. Et j'apprécie désormais chaque instant de la vie.

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