La santé sexuelle des Belges après 50 ans en 6 points : "Les rapports peuvent être pénétratifs et orgasmiques"
Longtemps ignorée après 50 ans, en cas de maladie ou de handicap, la santé sexuelle sort de l'ombre. Pour des spécialistes de l'Hôpital universitaire de Bruxelles (HUB), il est temps d'ouvrir le dialogue dans les cabinets médicaux.

- Publié le 29-09-2026 à 18h46
- Mis à jour le 29-09-2026 à 23h26

La sexualité des Belges n'est pas un film porno, où tout le monde est jeune, beau et hyperperformant. On peut avoir des relations sexuelles après la ménopause ou l'andropause, au troisième et au quatrième âge, après un cancer, et même après un accident qui provoque un handicap.
Dolores Fonseca, créatrice d'un groupe de travail autour de la sexualité au centre de traumatologie et de réadaptation insiste sur la définition de l'OMS : "La santé sexuelle est un état de bien-être physique, mental et social dans le domaine de la sexualité. Elle requiert une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles, ainsi que la possibilité d'avoir des expériences sexuelles qui soient sources de plaisir et sans risque, libres de toute coercition, discrimination ou violence."
1 La sexualité ne disparaît pas en vieillissant
"La sexualité ne disparaît pas avec l'âge, explique le Dr Pierre Hanotier, directeur du service de gériatrie à l'hôpital Erasme. C'est vrai qu'elle s'invisibilise, probablement à cause de nos stéréotypes."
Les médecins ont tendance à ne pas poser de questions aux patients sur la santé sexuelle des aînés. "Les études donnent des chiffres plutôt variables : 20 à 40 % des femmes de plus de 70 ans ont encore une activité sexuelle, et 26 à 55 % des hommes ont déclaré avoir eu une activité sexuelle active dans l'année précédente."
Le Dr Hanotier précise : "C'est une sexualité active, qui peut être pénétrative et qui peut être orgasmique. Cette génération a vécu mai 68, la libération sexuelle, la pilule… Ils ont un rapport à la sexualité tout autre des seniors il y a 20 ans, et il faut en tenir compte."
Le gériatre précise que c'est au médecin d'offrir un espace de parole : "Des études démontrent que 70 % des hommes veulent parler de leurs difficultés sexuelles avec leur médecin traitant et 30 % des femmes, mais que dans la toute grande majorité des cas, ce problème n'est jamais abordé." Et selon lui, quand on pose la question "Êtes-vous satisfait de votre vie sexuelle ?", régulièrement, le patient embraye, "parfois avec un luxe de détails, même pour un nonagénaire !"
2 Diabète, hypertension : impacts des traitements chroniques sur la sexualité
Des maladies chroniques liées à l'âge, comme le diabète et hypertension peuvent affecter la vie sexuelle, notamment à cause des effets secondaires des traitements utilisés pour les prendre en charge.
La Pr Oranite Goldrat, gynécologue et sexologue recommande, lors de la mise en place du traitement, que le médecin s'informe de l'importance de la vie sexuelle de la personne, afin de mettre en place un protocole de soin qui respecte la place qu'elle occupe.
La spécialiste cite aussi l'autre maladie liée à l'âge : le cancer. "Lorsqu'il y a un cancer, 40 % à 60 % des personnes ont des difficultés sexuelles après deux ans : fréquence des rapports, satisfaction, désir, orgasme… Et 5 ans plus tard, le problème s'est soit maintenu, soit aggravé."
Le cancer peut entraîner des douleurs, comme les dyspareunies (douleurs lors des rapports sexuels), mais aussi d'autres symptômes douloureux.
"La douleur n'est pas compatible avec le plaisir" note la sexologue. Mais le problème n'est pas toujours lié aux traitements en eux-mêmes, selon la Pr Goldrat. "Le stress et l'anxiété ont une influence négative sur la sexualité. Tout comme l'hypoactivation, le fait d'être épuisé, détaché, avec un émoussement des sensations et des émotions. Cela diminue l'intérêt pour la sexualité."
3 Les cancers qui impactent les organes sexuels masculins
La Dr Jeanne Beirnaert, onco-urologue abonde dans le sens de la Pr Goldrat pour dire que l'état d'esprit impacte la sexualité masculine : "Le cancer peut influencer le désir et l'excitation sexuelle du patient, altérer ses érections, sa libido et son désir. Il peut affecter la structure génitale, provoquer une perte de sensibilité, mais aussi un changement structurel physique de ses parties génitales."
Elle explique que le cancer de la verge, ou le cancer de prostate peuvent causer un rétrécissement du pénis en post-opératoire.
Les tabous sociétaux provoquent des délais de consultations importants, "et un délai important entre le diagnostic et la prise en charge" ajoute la Dr Beirnaert.
Pourtant, il y a des choses à mettre en place : la prothèse testiculaire pour rendre aux parties génitales leur apparence, ainsi que des traitements médicamenteux ou chirurgicaux, pour pouvoir reprendre des rapports sexuels.
4 Personnes handicapées : trop souvent tabou
Pour les personnes accidentées, qui subissent un traumatisme, il y a un ordre de priorités, selon Dolores Fonseca, cheffe des soins infirmiers au centre de traumatologie et de réadaptation (CTR). "Tout d'abord, la survie, puis la mobilité, l'autonomie, la stabilisation des sphincters. Et enfin, la réintégration socio-familiale et professionnelle, ainsi que la vie intime."
"Pour que les patients osent exprimer leurs craintes, il faut que les soignants soient prêts à les entendre" dit Madame Fonseca. Elle a créé un groupe de travail et des programmes de formation spécifiques, afin d'outiller le personnel de première ligne.
"Quand j'étais jeune infirmière, des patients me disaient 'Tu me plais, si on allait boire un verre' et j'étais extrêmement mal à l'aise. Avec le recul, j'ai compris que ce message signifie que la vie reprend." Et aujourd'hui, chaque nouvel engagé est formé à comprendre les messages, les décoder et proposer un accompagnement adéquat.
5 La ménopause, pas seulement des bouffées de chaleur
La ménopause aussi touche la sexualité des femmes. Mais avec l'énorme exposition médiatique des derniers mois et années sur les réseaux sociaux, elle est beaucoup mieux connue.
"70 % des femmes souffrent de troubles de la sexualité : libido, sécheresse, douleur… Et cela peut devenir un cercle vicieux" dit la Dr Victoria Di Petrantonio, gynécologue.
La spécialiste identifie plusieurs portes d'entrées dans le parcours de soins, comme la visite spécifique, pour une plainte précise, la consultation de routine chez le gynécologue, ou même chez le médecin traitant.
"Il ne s'agit plus d'attendre que la patiente se plaigne de sa sexualité, mais il faut lui donner l'occasion de parler de ce sujet sans jugement en posant des questions directes comme : 'avez-vous remarqué une modification de votre libido ? Les rapports sont-ils toujours confortables, etc. ?"
Elle insiste sur une prise en charge et un parcours de soins adapté : "Chaque femme a ses spécificités. Ce qui est autorisé ou fonctionne pour soi ne l'est pas nécessairement pour une copine."
6 L'andropause, une perte progressive d'hormones
La ressemblance des mots ménopause et andropause peut induire en erreur. Le Dr David Pening, andrologue, préfère parler d'hypogonadisme tardif, de déficit en androgène, car la production d'hormones mâles diminue dès l'âge de 35 ans, très progressivement, d'1 % par an.
"Les symptômes ne sont jamais tous présents et leur intensité varie d'un homme à l'autre. Les signes les plus caractéristiques touchent la sphère sexuelle : baisse du désir, disparition des érections spontanées ou matinales, dysfonction érectile."
D'autres signes peuvent s'y associer : fatigue physique et psychique, troubles du sommeil, perte de force musculaire, humeur dépressive ou irritabilité, ostéoporose, diminution de la pilosité.
Le dépistage se fait par le biais de deux dosages de testostérone, "réalisés le matin à jeun à un mois d'intervalle, avec un seuil de référence situé autour de 11-12nmol/L", dit le Dr Pening.
Accompagner de façon structurelle
L'hôpital universitaire de Bruxelles (HUB) veut développer un espace de parole. "Avec le Dr Nathan Francesci, nous voulons intégrer la santé sexuelle à l'anamnèse gériatrique, systématiquement, puis arriver à proposer des parcours de soins multidisciplinaires", explique le Dr Hanotier, chef du service gériatrie.
C'est un programme pluridisciplinaire qui doit prendre place, avec des gynécologues, urologues, endocrinologues, mais aussi kinésithérapeutes et ergothérapeutes."
