Un plan d'actions sur 10 ans pour mieux lutter contre le cancer en Belgique: "Placer le patient au centre des préoccupations"
La Belgique vient de revoir sa stratégie pour lutter contre le cancer. Objectif: mieux coordonner les soins et miser sur la prévention. Explications.

- Publié le 09-10-2026 à 19h45
- Mis à jour le 09-10-2026 à 21h41

Le cancer touche de plus en plus de Belges: près de 77 000 personnes par an mais la tendance devrait croître ces prochaines années, en raison du vieillissement de la population. Un défi de santé publique majeur auquel a décidé d'apporter une réponse le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke. Il a présenté hier un plan d'actions sur dix ans.
"Ce plan est le fruit d'une collaboration intense entre patients, prestataires de soins, scientifiques et administrations de la santé", a indiqué le ministre. Élaboré sur la base des données scientifiques, il a aussi fait l'objet de nombreuses consultations auprès de 86 organisations (Inami, SPF Santé, KCE, etc.). Ce plan, qui prévoit 34 actions, se découpe en quatre axes stratégiques.
1. Efficience
L'objectif est de placer "le patient au centre des préoccupations" en utilisant de manière optimale et rationnelle les ressources de santé. Le plan prévoit donc de moderniser le modèle de soins en hémato-oncologie, en renforçant la collaboration entre professionnels à l'hôpital et en dehors. Les parcours doivent être clarifiés, du diagnostic au suivi. L'objectif est de mieux guider les patients et leurs proches.
2. Organisation
Les soins doivent rester proches du patient, à condition de maintenir un certain niveau de qualité. Mais pour les cancers les plus complexes, la prise en charge se fera dans des centres de référence spécialisés, regroupant les expertises nécessaires.
Pour ce type de cancers rares ou complexes, le plan prévoit également un meilleur accès aux diagnostics moléculaires et la création d'un panel national d'experts. Celui-ci aidera les médecins à interpréter les résultats complexes et à prendre des décisions thérapeutiques difficiles. Le développement d'un cadre pour certains traitements hors indication autorisée (off-label) sera également examiné, dans certaines situations.
La prise en charge des enfants et des adolescents et jeunes adultes fait l'objet de mesures spécifiques. Le plan prévoit de consolider les réseaux de soins spécialisés pédiatriques, de faciliter l'accès à des analyses moléculaires approfondies lorsque cela est pertinent et d'évaluer les besoins de suivi des séquelles à long terme. L'élargissement éventuel des indications de la protonthérapie sera aussi étudié.
3. Prévention
Parce qu'une part importante des cancers pourrait être évitée, le plan entend renforcer la prévention en s'appuyant sur une collecte systématique de données concernant les facteurs de risques comme le tabac, l'alcool, la pollution, les substances chimiques, le surpoids et l'alimentation.
Il prévoit aussi de soutenir la vaccination contre le HPV, les dépistages et les actions de prévention sur le lieu de travail, ainsi que d'examiner le respect et le possible renforcement des règles sur les bancs solaires, responsables de cancers de la peau.
Les programmes de dépistage des cancers du sein, colorectal et du col de l'utérus continueront à être évalués. Le plan veut notamment mieux distinguer dépistage et diagnostic, afin de limiter les examens inutiles, le surdiagnostic et les inégalités. La Belgique étudiera par ailleurs la faisabilité d'un dépistage du cancer du poumon ciblant les personnes à haut risque, avant d'envisager une approche similaire pour d'autres cancers.
Le plan veut réduire les examens et traitements inutiles grâce à des indicateurs de qualité et soutenir la recherche sur des traitements moins lourds, sans perte d'efficacité.
4. Vivre avec
Dernier axe, l'accompagnement pendant et après le diagnostic du cancer. L'objectif est de mieux structurer l'offre de suivi physique, cognitif et psychosocial et améliorer l'orientation vers les services spécialisés. Le plan propose aussi de mieux intégrer le point de vue des patients dans les décisions de soins et de renforcer les liens entre les hôpitaux et les dispositifs de retour au travail.
Il s'agira aussi de standardiser et structurer les données médicales pour faciliter les échanges entre professionnels, la recherche et l'amélioration de la qualité des soins. Le plan mise ainsi sur une meilleure coordination tout au long du parcours, tout en cherchant à utiliser plus efficacement les ressources du système de santé.
Un plan ambitieux, insiste Frank Vandenbroucke pour renforcer "ce qui fonctionne déjà bien aujourd'hui et apporter des réponses concrètes à des besoins qui ne sont pas encore suffisamment rencontrés. De cette manière, nous obtenons plus de santé pour notre argent."
