Cancer du poumon: on le traite mieux mais on ne le dépiste toujours pas en Belgique
Le cancer du poumon est le deuxième cancer le plus fréquent en Belgique. Son incidence pourrait augmenter de 20% en 2035, selon les projections du Registre du Cancer. Thérapies prometteuses, dépistage précoce, évolution du profil des patients… A la veille de la Journée mondiale du cancer du poumon, le samedi 1er août 2026, on fait le point avec le Pr Pierre Coulie, coprésident de la Fondation contre le Cancer.

- Publié le 31-07-2026 à 04h00
- Mis à jour le 31-07-2026 à 08h29

Selon les dernières projections du Registre du Cancer, le nombre annuel de nouveaux diagnostics du cancer du poumon passera de 9 487 cas en 2023 à 11 429 en 2035, soit une hausse de près de 20%.
Si l'incidence tend à se stabiliser chez les hommes, elle augmente chez les femmes: 5 716 nouveaux cas attendus en 2035, soit une augmentation de plus de 50% par rapport à 2023 (3 773), et de plus de 360% par rapport à 2004 (1 554 nouveaux cas). Il s'agit de l'un des cancers les plus mortels, avec un taux de survie à 5 ans de seulement 30,3%.
L'immunothérapie : des résultats spectaculaires chez certains patients
Une bonne nouvelle tout de même: actuellement on ne constate pas d'augmentation significative chez les jeunes. Et les progrès thérapeutiques réalisés ces quinze dernières années contribuent à améliorer les perspectives des patients, souligne le Pr Pierre Coulie, co-président de la Fondation contre le Cancer.
L'immunothérapie, destinée au départ principalement aux patients ayant un cancer avec des métastases, est aujourd'hui mise en place à un stade plus précoce de la maladie, avant une intervention chirurgicale ou en complément d'une radiothérapie. Ce traitement permet aux cellules immunitaires de reconnaître les cellules cancéreuses pour mieux les détruire.
"L'immunothérapie donne des résultats spectaculaires chez une proportion de patients encore un peu faible. Plusieurs travaux sont en cours pour essayer de comprendre pourquoi certaines personnes répondent très bien à ce traitement alors que d'autres pas du tout", explique le Pr Coulie.
Un traitement personnalisé pour les cancers génétiques
Les thérapies ciblées mises au point après que l'on ait découvert un certain nombre de mutations génétiques dans l'ADN dans des cancers du poumon, donnent elles aussi d'excellents résultats, ajoute le co-président de la Fondation contre le Cancer.
"On peut détecter ces mutations dans une biopsie et proposer dans certains cas des médicaments qui vont sélectivement bloquer l'anomalie causée par la mutation, précise-t-il. C'est vraiment un traitement personnalisésur base de la présence d'une mutation très précise dans les cellules cancéreuses. Une dizaine de mutations, pouvant être ciblées par un médicament spécifique ont été identifiées. D'autres traitements de ce type seront mis au point dans les prochaines années"
Entre les périodes 2004-2008 et 2019-2023, la survie à cinq ans a augmenté de 15% chez les femmes pour atteindre 35%, et de 12% chez les hommes pour atteindre 27%.
Le dépistage organisé ferait chuter la mortalité de 21% selon le KCE
Avec 5 716 décès par an (chiffre de 2021), le cancer du poumon reste l'un des plus mortels. Une des raisons est qu'il est détecté tardivement, les symptômes en début de maladie étant souvent peu spécifiques.
Depuis 2022, le Conseil de l'UE encourage la mise en œuvre d'un dépistage structuré à l'échelle de la population. Plusieurs pays dont la Croatie, la République tchèque, l'Allemagne, l'Italie ont suivi cette recommandation en mettant en place un projet pilote ou bien un programme de dépistage national qui consiste à faire passer un scanner thoracique à faible dose (Low-Dose CT, LDCT) aux personnes à haut risque, généralement les gros fumeurs ou ex-gros fumeurs, âgés de 50 à 80 ans.
Plusieurs études randomisées contrôlées ont évalué le rôle du scanner thoracique à faible dose (LDCT) comme moyen de dépistage. Les deux plus larges, NLST et NELSON, montrent une diminution de la mortalité liée au cancer pulmonaire. Celle-ci serait de 21% selon une étude du KCE, le Centre d'expertise fédéral des soins de santé.
Une décision politique avec un puissant facteur économique
Et en Belgique, où est-on ? "Uneimportante réflexion est en cours depuis plusieurs années, des simulations ont été faites, des études sont menées dont l'étude Zoralcs coordonnée par l'Université d'Anvers, sur la faisabilité de ce dépistage. Les premiers résultats suggèrent que c'est faisable,. La question n'est pas simple car cesexamens ne sont pas faciles à réaliser, il faut investir dans des machines et mettre en place des procédures standardisées. Et il y a des faux positifs et quelques faux négatifs. Ces dépistages ont un coût qu'il faut comparer avec le coût du traitement et le coût sociétal, beaucoup de patients ne retravaillent jamais.Ce sera une décision politique avec un élément économique...", résume le Pr Coulie.
Autre frein, particulier au dépistage du cancer du poumon :pour certains, la priorité doit être de renforcer la lutte contre le tabagisme dont l'impact serait bien plus élevé que le dépistage en termes de mortalité. Encore faut-il réussir à contrer le puissant lobbying de l'industrie du tabac…
