Lydia, 18 ans, de Dohan, se suicide après la diffusion d'images intimes sur Snapchat : "Il y a eu une dégradation de son état d'esprit"
La jeune fille a été victime de harcèlement et de la diffusion d'images à caractère sexuel à son insu par un garçon de son école. Sa famille estime que cela a mené à son suicide.

- Publié le 08-10-2026 à 18h00
- Mis à jour le 08-10-2026 à 18h21

Le 14 février 2022, Lydia Dumay, une jeune fille de 18 ans, se suicidait dans sa chambre dans la maison familiale à Dohan (Bouillon). Dans les jours qui ont suivi le décès, alors qu'ils recevaient les condoléances, ses proches ont eu connaissance d'une situation qu'ils ignoraient. Lydia, qui était en fin de secondaires à l'athénée de Neufchâteau, avait été victime de moqueries et de remarques d'autres élèves après la diffusion à son insu de clichés intimes via le réseau social Snapchat. Au moins, une photo dénudée et une vidéo enregistrée lors d'un rapport sexuel avaient circulé auprès d'autres jeunes scolarisés dans le même établissement. L'auteur de l'envoi était un autre élève avec qui Lydia a eu des rapports intimes.
Suite ces révélations dénoncées par la famille de la jeune fille, la justice a été avisée et un dossier mis à l'instruction. Il est apparu que le jeune homme a exercé une forme de harcèlement durant plusieurs mois envers Lydia, tout en l'insultant. L'auteur des messages avait aussi annoncé via Snapchat les futurs envois de clichés intimes. Lydia n'a, elle, jamais parlé à ses proches de ce qu'elle vivait.
Le garçon, prévenu, absent au tribunal
Quatre ans après le décès de la jeune fille, la justice doit désormais donner une qualification pénale aux faits. Pour la famille de Lydia, la jeune fille est la victime d'un homicide involontaire car son suicide est la conséquence de la situation qu'elle a vécue, causée par l'autre élève de l'école, lui aussi jeune majeur.
Des faits évoqués ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Neufchâteau. Avec sur le banc des parties civiles, les parents de Lydia et leurs autres enfants, soutenus par des membres de leur famille dans le public de la salle d'audience. Mais de l'autre côté, le jeune homme, poursuivi pour diffusion non consentie de contenus à caractère sexuel, voyeurisme, harcèlement et homicide involontaire, faisait défaut. Les faits dont il doit répondre sont donc jugés en son absence.
"Le fléau des réseaux sociaux" selon l'avocate de la famille
Le tribunal devra estimer s'il y a un lien causal entre le harcèlement, la diffusion d'images et le suicide. Vision que défend la famille de Lydia.
Me Anne-Catherine Mignon, conseil des parties civiles, parle de "fléau des réseaux sociaux".
L'avocate des proches de la jeune fille rappelle qu'un changement de personnalité de Lydia a été observé au sein de l'école.
"Il y a eu une dégradation de son état d'esprit et une atteinte à l'estime de soi", pointe Me Mignon.
La jeune fille a aussi commencer a consommé alcool et cannabis dès septembre 2021. Pour l'avocate de ses proches, cela correspond à la période où elle a commencé à être victime de harcèlement et la date pour se suicider, un soir de Saint-Valentin, alors que vraisemblablement elle s'apprêtait à tout révéler n'est pas un hasard.
Le parquet doute du lien avec le suicide
Les parties civiles s'étonnent dès lors de la position du parquet ne retenant pas l'homicide involontaire ; ce qui était déjà la position du ministère public au moment du règlement de la procédure en chambre du conseil pour renvoyer le dossier en correctionnelle.
La substitut du procureur du roi, en rappelant la douleur des proches, a encore parlé, lors de l'audience devant le tribunal, d'éléments "probables mais pas suffisants" pour établir un lien causal avec le suicide, notant que la jeune fille avait déjà vécu une période difficile par le passé.
Cependant pour le parquet, la diffusion d'images non consentie, le voyeurisme et le harcèlement sont bien établis. Une peine de 40 mois de prison par défaut est réclamée à l'égard du jeune homme.
Le tribunal rendra son jugement le 12 novembre.
Si vous avez besoin de soutien, si vous avez des idées suicidaires ou si vous êtes inquiet pour un de vos proches, appelez la ligne d'écoute 0800 32 123 (gratuite et anonyme) du Centre de prévention du suicide ou consulter le site web www.preventionsuicide.be
