Une télé à l'image de la société Émission
La télévision véhicule encore trop souvent des préjugés. C'est pour les dénoncer que la RTBF tente un concept inédit mercredi.

- Publié le 13-11-2010 à 06h00
La société belge est de plus en plus métissée. Une diversité perçue par certains comme une menace, un danger. Une vision pessimiste, quand elle n'est pas tout simplement raciste, qui repose trop souvent sur des préjugés. Des stéréotypes qu'ambitionne de démonter la RTBF ce mercredi soir au cours d'une soirée évènement au titre provocateur : Retourne dans ton pays! L'initiative remonte à 2006 quand l'UER (l'Union européenne de Radio-Télévision) a décidé de se pencher sur la manière dont on pouvait illustrer la diversité culturelle dans les médias. Différentes rencontres ont depuis eu lieu à l'étranger. Cette année, il revenait à la RTBF d'organiser l'évènement, à savoir un séminaire (le 18 novembre) pour les professionnels et une soirée (le 17) en télé pour le grand public.
Le titre de celle-ci n'a évidemment pas été choisi par hasard. "Tant qu'à faire, prenons les choses avec provocation et humour" s'amuse Jean-Pierre Jacquemin, directeur de l'information à la RTBF. Qui rassure de suite : "C'est le contraire de ce que nous voulons faire ." Et ce qu'ils veulent, c'est proposer "une émission qui parle de diversité, qui entrechoque les cultures mais sans donner de leçons aux gens. Il s'agit de montrer le reflet de cette diversité qui est la réalité ."
Une initiative ambitieuse qui va un peu à l'encontre de ce qui se fait actuellement dans nos médias si l'on en croit les conclusions d'une récente étude du Conseil supérieur de l'Audiovisuel. Car pour celui-ci, la diversité n'est pas assez exprimée en télé. Un avis partagé par le MRAX, le Mouvement contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Xénophobie.
Pour son président, Radouane Bouhlal, la diversité à la télévision ne doit pas se limiter à quelques visages dans les JT. "Ça ne peut pas s'arrêter là. Il ne faut pas se reposer sur ses lauriers. Il faut que la diversité apparaisse partout.Elle doit traverser tous les programmes, pas de manière ponctuelle mais de manière transversale." Et pour cela, il faut commencer au début explique Radouane Bouhlal, au moment où l'on choisit les stagiaires. "Il faut veiller à donner une chance aux stagiaires d'origine étrangère ."
Radouane Bouhlal insiste aussi sur "la manière dont la diversité est traitée dans les sujets. À la fin des années nonante, fait-il remarquer, il y a eu une prise de conscience des médias pour ne pas stigmatiser les minorités. Aujourd'hui, on constate un retour en arrière ." À quoi bon citer le nom, le prénom ou l'origine d'un délinquant, s'interroge-t-il. Ce n'est pas une donnée pertinente, selon Radouane Bouhlal qui insiste : "Il faut faire attention de ne pas stigmatiser et veiller à éviter les dommages collatéraux."
Un message entendu par Jean-Pierre Jacquemin qui rappelle que le métier de la RTBF, "c'est de faire de l'info et l'info la plus claire possible". Mais l'homme se dit attentif à refléter la diversité, des genres mais aussi des cultures. "On essaie de mettre tout le monde sur le même pied d'égalité." Mais pressés par le temps, les journalistes peinent, ou oublient aussi parfois de refléter cette diversité. Même si la consigne est d'essayer de leur donner plus d'espaces.
Par contre, le directeur de l'info du service public rejette catégoriquement la soi-disant trop faible place qui serait donnée aux personnes issues des minorités au sein du service public. Il rappelle d'ailleurs différentes figures bien connues de la RTBF : Mehdi Khelfat ou Africa Gordillo en radio, Hadja Lahbib en télé, pour ne citer qu'eux. Autant de personnes dont les qualités ne sont plus à démontrer.
