Opinion | L'inquiétude pour le climat, ce n'est pas du réchauffé
Le contexte géopolitique a assourdi les revendications climatiques pendant plus de 7 ans. Mais la dernière Marche pour le Climat réchauffe les revendications des citoyens belges pour la planète. Les politiques ne peuvent plus rester sourds.

- Publié le 16-10-2026 à 09h28

+ Cet édito a été distribué en primeur dans Vert, la newsletter climat, durabilité et environnement de L'Avenir.
60.000 personnes ont marché pour le climat ce dimanche 11 octobre 2026 à Bruxelles. C'est indéniable : la préoccupation climatique est de retour dans les inquiétudes des Belges. Il n'y a pas eu autant de monde dans nos rues pour s'élever contre les risques du réchauffement depuis… le 27 janvier 2019. On parle d'une autre époque. Un autre monde même. Avant le covid, avant l'invasion de l'Ukraine, avant le retour de Trump, avant le génocide des Palestiniens, avant le blocage d'Ormuz. Quand on s'inquiétait moins pour le prix des carburants que pour leur coût environnemental.
Notons-le : cette marche climatique a rassemblé plus de monde que la dernière manif nationale contre les mesures de l'Arizona, trois jours plus tôt. On ne va pas ergoter ici sur la primauté d'une lutte sur une autre : dans le climat politique actuel, chaque combat doit être mené. Mais retenons ceci : ces dernières années, une certaine dilution de la mobilisation environnementale au profit d'une inquiétude socio-économique grandissante, et nettement plus classique, permettait au politique de snober les revendications de la Coalition Climat, qui regroupe aujourd'hui plus de 90 associations. Les Michel, Wilmès, De Croo et De Wever avaient beau jeu de rester de glace. Il fallait "relancer l'économie après la pandémie", puis "s'unir aux efforts de guerre européens" et dernièrement "réduire la dette".
Mais voilà, de l'eau a coulé sous les ponts. Et surtout sur nos sols artificialisés. Les flammes ont embrasé des fagnes desséchées comme les opinions de ceux qui les pleurent. La chaleur a tué plus en Belgique que partout ailleurs en Europe. Le constat est lourd : le pays n'est pas prêt pour affronter le réchauffement. Nos villes cuisent, nos campagnes roussissent. Quelles mesures ont été prises pour isoler notre bâti contre les canicules ? Quels soutiens politiques à la transition alimentaire ? Quels freins à la bétonisation ? Où sont les investissements pour doper la mobilité alternative ? Nulle part : on en est encore à se demander si bâtir des friches est une bonne idée, s'il ne faudrait pas rélargir les axes automobiles pénétrant dans nos villes, si les pesticides ne pourraient pas faire quelques heures sups et si on ne doit pas débloquer quelques millions pour acheter des hélicoptères bombardiers d'eau. En Wallonie et à Bruxelles, les plans de restauration de la nature sont en rade, au mépris des exigences européennes. L'arrêt climat, qui oblige la Belgique à respecter ses engagements de l'accord de Paris visant une réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030, est aux orties. Les voitures de société sont toujours plus volumineuses mais les entreprises qui les proposent snobent le budget mobilité alternatif. La LEZ wallonne n'est qu'un vœu pieux. Le tram liégeois a déraillé. Les recours contre les éoliennes pullulent. Et surtout, on claque toujours des dizaines de milliards dans les subventions aux énergies fossiles. Résultat : la Belgique est 37e au dernier classement mondial en date analysant les "performances énergétiques" des 63 pays les plus émetteurs. En Europe de l'ouest, seule l'Italie fait pire.

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Les citoyens ne sont pas dupes. Ils voient à nouveau le mépris suinter des politiques fédérales. Le silence estival, les vestons impuissants face aux tourbières carbonisées, les a sidérés. Alors, le rapport de force se rééquilibre. Les slogans écologistes ressortent des cerveaux en ébullition. Certaines pancartes lues ce 11 octobre étaient très bien ficelées. Mais on peut se montrer sceptique quant à l'efficacité de ces "gentilles" manifs du dimanche, leurs fanions customisés par les enfants, leurs jus de pomme bios. Ambiance conviviale, jamais de casse : pas de quoi effaroucher un ministre de l'Intérieur. Ni son collègue de l'Économie. D'autres secteurs sont moins diplomates. On en a vu déverser des tonnes de bintjes pour mettre la Petite ceinture dans la purée. C'est pourquoi des mouvements contestataires plus musclés coexistent, prônant la désobéissance civile. Dont certains ont notamment poussé un pouvoir fédéral de plus en plus répressif à plancher sur ses lois anti-radicalisation. Avec des conséquences déjà pour des manifestants de Code Rouge, réveillés chez eux en pleine nuit. Le monde brûle mais on arrête ceux qui tentent d'éteindre les flammes. On en est là.
Un coin de ciel bleu ? Cette semaine, la mobilisation a eu des conséquences au-delà des JT du dimanche soir et du relais de quelques jeux de mots sur les réseaux sociaux. La Coalition Climat a été reçue au 16 pour la première fois de la législature. Un exploit en soi pour ses représentants, pas vraiment alignés avec les idées de son locataire. Elle en est ressortie déçue. Qui en doutait ? De Wever n'a pas daigné se montrer. Il a envoyé un conseiller. Que même le trou de 6 milliards au PIB creusé par le dernier été caniculaire n'a pas ému.
L'invitation se reproduira-t-elle ? Pour l'espérer, il faudra se montrer convaincant. Répéter l'affluence, encore et encore. Et pourquoi pas en semaine ? Pourquoi pas en coalisant associations, syndicats et activistes désobéissants lors de "grèves climatiques", plus impactantes pour les employeurs et l'économie belge ? Et donc pour les électeurs et leurs élus. La formule, lancée par les jeunes en septembre 2019, ne bloquerait plus services publics et usines uniquement pour les salaires et les pensions, mais aussi pour leur impact aveugle sur l'environnement. Car oui, que nos Ministres le veuillent ou non, le climat est désormais un enjeu de société brûlant.