Province de Namur: Ambiance pesante et usante au cabinet du député provincial Amaury Alexandre
Énorme roulement dans les effectifs, burn-out, autoritarisme, management férocement critiqué… Plusieurs membres du cabinet du député provincial Amaury Alexandre (DeFI) se lâchent

- Publié le 30-11-2024 à 08h25

Le timing pourrait sembler étonnant, mais politiquement, il n'est pas suspect. Les élections régionales et locales appartiennent au passé. Amaury Alexandre, le député provincial visé, n'a pas été réélu et il ne poursuivra donc pas sa mission pour DéFI au sein de l'exécutif provincial. "Mais nous voulons nous exprimer pour que d'autres ne subissent pas ce que nous avons vécu", souffle cet ancien membre du cabinet du politicien gembloutois.
Plusieurs collaborateurs du député provincial ont transmis leurs témoignages et les mêmes griefs reviennent en boucle.
"Il y avait un manque total de vision claire des projets que l'on devait mener à bien. Ou alors, les demandes tombaient à la toute dernière minute. Et quand on faisait la proposition d'un discours ou d'une idée, cela était balayé d'un simple revers de la main. C'est très frustrant de travailler de la sorte", glisse cet ancien cabinettard.
Frustrant, mais aussi pesant et usant, quand on lit les témoignages. Résultat : le cabinet Alexandre a vu défiler une trentaine de collaborateurs, en six ans. Tout cela pour composer une équipe qui n'est pas celle du cabinet Biden. On parle ici d'une demi-douzaine de collaborateurs…
Toujours selon ces informateurs, il y a eu aussi plusieurs cas de burn-out.
Les autorités alertées
Les critiques portent aussi sur le type de management, parfois très autoritaire, mené par le député provincial et sa cheffe de cabinet.
"Il arrivait aussi de ne pas les voir des journées entières, on restait sans directives, sans mission à effectuer. Et puis les ordres pouvaient finalement tomber en toute fin de journée, avec l'obligation de faire le tout dans la précipitation", pointe cet ancien collaborateur.
Celui-ci explique aussi que le député délègue régulièrement des membres de son cabinet pour prendre part aux "pré-collèges" provinciaux, les réunions destinées à préparer le collège provincial officiel. "Et cela avait le don d'énerver les autres membres du collège provincial", détaille ce témoin. "Sans préparation, on tombait un peu comme un cheveu dans la soupe…"
Ces travailleurs assurent avoir attiré à plusieurs reprises l'attention des autorités. "Cohezio", le service externe de prévention et de protection au travail, a été sollicité. "On a aussi alerté les cadres de DeFI, sans retour. Par contre, aussi bien Jean-Marc Van Espen, le président du collège provincial, que le directeur général Valéry Zwinnen, l'autorité administrative, ont eu des réunions et entrevues avec Amaury Alexandre pour savoir ce qu'il se passait dans son cabinet", assure cet ancien collaborateur. Mais tout cela fait désormais partie du passé.
Samuel Husquin
"On est parti dans une forme d'hystérie collective"
Amaury Alexandre parle plutôt d'un règlement de comptes. Et réplique point par point.
Confronté aux différentes attaques, parfois très virulentes, le député provincial sortant Amaury Alexandre ne se démonte pas. "Tout n'est pas blanc ni noir. Et tout n'est pas rose dans un cabinet politique. On travaille aussi parfois sous tension, sous pression, surtout quand on arrive en campagne électorale", rappelle le politicien. "Mais je pense qu'on a plutôt affaire à un règlement de comptes, avec une coloration politique. Et je ne comprends toujours pas l'origine de cette tension. Mais je constate aussi qu'une personne a pu en embobiner plusieurs et on est alors parti dans une forme d'hystérie collective." En décrivant la situation de la sorte, Amaury Alexandre ne conteste donc visiblement pas le malaise bien réel qu'a connu son cabinet en fin de mandat. Mais le politicien tient aussi à s'expliquer. Point par point.
Sur l'important turn-over dans ses équipes?
"On est un petit parti et quand on a composé l'équipe, il y a six ans, on est parti d'une page blanche. Je ne suis pas arrivé avec tous des cabinettards déjà bien rodés. Pour les départs, certains nous ont quittés pour des promotions, des situations plus sûres, plus stables. Ici, au bout d'un mandat, rien n'était garanti."
Sur les burn-outs dans l'équipe?
"Il y a eu plusieurs absences de plus longue durée. Mais, par respect du secret médical, je ne pouvais pas vraiment savoir s'il s'agissait de burn-out."
Sur le manque de présence au bureau?
"Comme député provincial, mon job n'est pas d'être H/24 au bureau. Je dois avant tout être sur le terrain.Aux équipes, on laisse aussi une certaine autonomie. Certains demandent de l'indépendance, le droit aux initiatives. D'autres veulent être plus dirigés, cadrés. Où placer le curseur?"
Sur la gestion autoritaire du personnel?
"Je ne comprends pas cette attaque. Ma porte a toujours été ouverte. On aurait pu aussi venir me trouver pour me parler de tout ça. Ma cheffe de cabinet n'a pas non plus eu cette attitude. Maintenant, quand on demande certaines choses et que le résultat n'est pas à la hauteur, il faut aussi pouvoir le dire. Cela fait partie de la mission de certains collaborateurs d'écrire certains discours. À de nombreuses reprises, j'ai dû les réécrire intégralement. Le boulot n'était pas fait avec une qualité suffisante…" S.Hq.
