Un chantier d'exhumation "mutualisé" entre cinq Communes de l'Entre-Sambre-et-Meuse, pour fermer le cimetière moins longtemps et réduire la facture
Comme "les murs du cimetière ne sont pas extensibles", il faut exhumer les tombes abandonnées. C'est ce qui se fait à Anderlues avec l'aide de quatre autres communes, "une mutualisation permet non seulement de faire le travail en dix jours plutôt qu'un mois et demi mais aussi d'économiser environ 70.000€".

- Publié le 04-03-2026 à 13h23
- Mis à jour le 04-03-2026 à 18h51

Les cimetières d'Anderlues, comme quasiment tous les cimetières wallons, sont pleins à craquer. "Et je me trouve dans une situation délicate car la bourgmestre précédente n'a pas obtenu le permis pour agrandir notre cimetière", explique le bourgmestre local Hadrien Polain (AJC). "Un problème connu de quasi toutes les communes wallonnes et même européennes, qui n'ont quasi rien fait entre les années 70 et 2000", note Xavier Deflorenne, "Monsieur Cimetières" pour la Wallonie.
Sans place libre, impossible d'enterrer des nouveaux défunts. "Alors que les cimetières sont d'abord prévus pour les vivants, pour se recueillir et accompagner le deuil, il faut le rappeler. De plus aujourd'hui, avec la mixité sociale qui s'est développée, il n'y a plus que des enterrements chrétiens, mais aussi laïques, musulmans et autres. C'est donc nécessaire d'exhumer les tombes, et ce sont celles qui sont abandonnées par les familles qui sont ciblées, soit quand la concession est arrivée à terme, soit quand elles n'ont plus été entretenues ou visitées depuis des années."

Au nouveau cimetière, 80 corps sont exhumés cette semaine, une allée entière. Avec une autre particularité : des fossoyeurs de cinq communes sont présents sur place. Avec Philippeville, Lobbes, Florennes et Gerpinnes, Anderlues procède depuis peu à des chantiers dits "mutualisés". "C'est du donnant-donnant : ils envoient leurs experts pour notre chantier, on va les aider quand ils en ont besoin", note le bourgmestre, qui estime l'économie de cette opération à près de 70.000€ en ne faisant pas appel à du privé. "Mais c'est plus qu'une question d'argent, reprend Xavier Deflorenne. Beaucoup de fossoyeurs n'ont pas été formés par leurs prédécesseurs, car partis à la retraite sans être remplacés. C'est un savoir-faire qui risquait de disparaître. Depuis 2009, quand la Région a repris la compétence, j'essaie d'organiser ces chantiers mutualisés. C'est bénéfique pour tout le monde, l'ambiance n'en est que meilleure, et surtout ça permet de faire une opération comme celle-ci en dix jours au lieu d'un mois et demi."
Le cimetière est fermé le temps du chantier. Il devrait rouvrir mercredi prochain. Une question de décence, nous explique-t-on, car il n'y a pas que des ossements. En effet, entre 1965 et 2010 environ, de nombreux corps ont été enterrés dans un sac en plastique, empêchant la décomposition. De fait, sur place on a vu un cadavre toujours entier être emmené par les fossoyeurs. L'autre raison, c'est qu'avec le chantier, il y a aussi… les odeurs. "Mais on veut fermer le moins longtemps possible le cimetière, d'où cette mutualisation qui permet de casser l'image du pouvoir public lent et coûteux. Ici, en mutualisant, non seulement on forme les gens, on tisse des liens avec d'autres communes, mais en plus on va plus vite et on économise", se réjouit Hadrien Polain. "C'est la première d'une série d'opérations d'exhumations qui prendront place les trois prochaines années à Anderlues. En parallèle, on va se lancer dans l'embellissement de nos cimetières."