Engis: plus de 700 objets du Musée Postes restantes, désormais fermé, ont été numérisés pour ne pas être oubliés
Une dizaine de Wikipédiens ont numérisé et inventorié tous les objets du Musée Postes restantes, à Hermalle-sous-Huy. Pour garder une trace de chacun d'eux et pour documenter ceux qui s'y intéresse(ro)nt...

- Publié le 02-07-2026 à 16h59

Des timbres, évidemment, mais aussi des casquettes, des tampons, des sacoches, des documents… : Nicole Hanot et son mari Charles Ménage avaient constitué à la ferme castrale de Hermalle, un musée unique en son genre, le Musée Postes restantes. On pouvait aussi y observer la collection privée de l'occupante des lieux, consacrée à l'écriture.
Il y a près de deux ans, le propriétaire de la ferme castrale a mis en vente son bâtiment. Si le lieu n'a pas encore changé de mains, Nicole Hanot (75 ans) sait qu'elle devra un jour le quitter. Tous les livres d'occasion et objets de brocante, auparavant vendus là les week-ends pour faire vivre l'ASBL, ont donc été écoulés lors d'ouvertures spéciales ces derniers mois. La Bibliotheca Gastronomica, une collection unique en Belgique de milliers de livres, revues, menus, étiquettes à vin, bagues à tabac…, a quant à elle été rachetée par l'ASBL bruxelloise "Centre de gastronomie historique".
Recenser, photographier, partager (et recommencer)
Début 2026, un inventaire et une numérisation de chacun des objets du Musée de la Gourmandise, l'autre musée abrité à la ferme castrale, ont été menés. "On a photographié 700 objets en 1 398 photos, explique Anja, une Française de 31 ans qui étudie à Liège. On sait aujourd'hui que ces images ont déjà servi à illustrer 163 articles depuis lors, en français, en néerlandais, en anglais et en italien." Des articles sur Wikipédia, cette encyclopédie en ligne collaborative et accessible gratuitement pour tous. Anja fait donc partie de la grande famille des Wikipédiens, ces bénévoles du monde entier qui contribuent à alimenter le réseau par leurs écrits, leurs images…
Ici, la "manœuvre" consiste à recenser, photographier, documenter, mettre en ligne… tout ce qu'il est possible sur les musées engissois voués à disparaître sur Commons, la branche images de Wikipédia.
Alors, ces derniers jours, ça a été au tour du Musée Postes restantes. Samedi dernier, le 27 juin, ils étaient carrément une dizaine de bénévoles, de Belgique, mais aussi de Paris, Nancy, Lyon... "Certains photographiaient les objets, il fallait aussi les noter dans un inventaire, leur accrocher une étiquette avec un numéro, les remettre en place…, poursuit Anja, qui est revenue à la ferme castrale ce jeudi. On n'avait pas tout à fait fini et on s'est aussi rendu compte que plusieurs photos devaient être refaites."

"C'est un piège!"
Ces photos seront ensuite mises à disposition sur Commons, avec une légende chacune. Mais Anja et Nicole Hanot évoquent, en riant de façon complice l'air de savoir de quoi elles parlent, "un travail sans fin, toujours améliorable". C'est qu'au fur et à mesure du temps, les légendes des photos sont précisées avec de nouvelles infos. "Puis on se rend compte que telle photo illustrerait en fait bien tel article. Puis quand on lit l'article, on se dit qu'il est mal écrit ou incomplet. Et on se met alors à le réécrire ou à le compléter. Et tout ça est un piège !, s'exclame en riant Anja. Mais même si ce n'est en fait jamais terminé, on peut quand même déjà tout utiliser... et ça, c'est top."
Des volontaires venus aussi de France
Mais comment Anja, Française et étudiante à Liège, a-t-elle entendu parler de la ferme castrale ? Anja, c'est l'alias qu'elle s'est choisi et qu'elle utilise sur l'Oracle de Wikipédia, cette page communautaire où les internautes peuvent poser des questions encyclopédiques complexes. Les bénévoles, les "pythies", les aident alors à trouver des réponses, les orientent, cherchent avec eux…
C'est ainsi qu'Anja et Nicole Hanot se sont "rencontrées". "Je travaillais sur la place de la femme en Belgique et Anja (passionnée entre autres par le féminisme, NdlR) m'a écrit pour me dire qu'elle avait des livres à me prêter, se souvient l'Engissoise. Elle est venue un jour ici, elle a découvert le lieu et son histoire" et "elle m'a parlé de ses musées qui allaient fermer, l'interrompt Anja. J'en ai ensuite parlé sur nos forums et plusieurs volontaires se sont manifestés."
Le projet sera présenté à Paris fin juillet
C'est une première, pour des Wikipédiens, de numériser ainsi les objets d'un musée. Ce projet a du coup été retenu pour la Wikimania 2026, qui se tiendra fin juillet à Paris et qui vise à "rassembler des centaines de bénévoles pendant quatre jours pour mettre en avant des initiatives originales, créer des contacts, échanger…, précise Anja. On y présentera la façon dont on s'y est pris. Ce sera l'occasion de montrer qu'on peut faire un travail "de pro" sans gros moyens, mais avec beaucoup de motivation."
La bande de passionnés a même imprimé des dizaines de cartes postales d'objets du Musée de la Gourmandise, qu'elle distribuera pendant tout le salon parisien. "Une façon de faire essaimer notre idée ailleurs par rapport à tous les petits musées en danger et de montrer que la sauvegarde du patrimoine est à la portée de tout le monde."
