Rencontre avec Aymeric Peters, horloger formé à l'IATA à Namur et gagnant du concours Cartier 2026
Aymeric Peters, 21 ans, a remporté le prestigieux concours d'horlogerie organisé par Cartier. Son œuvre, Silence Choisi, est une pendule qui masque le temps. Portrait.

- Publié le 15-07-2026 à 11h50
- Mis à jour le 15-07-2026 à 11h56

À 18 ans, au sortir du Collège Saint-Guibert de Gembloux, Aymeric Peters ne savait pas encore vers quel métier s'orienter. "Ingénieur de gestion ou informatique, mais par défaut" se souvient-il, trois ans plus tard.
Il a alors reçu 250 euros de sa maman pour s'acheter une montre, un cadeau pour le féliciter de sa réussite en rhétorique. Aymeric prospecte les catalogues de vente et découvre les mécanismes horlogers. "J'ai vu tous ces cadrans, ces chronographes, ces tourbillons, tout un univers de mécanismes, avec une grande diversité esthétique." C'est le déclic. Avec la dringuelle, il achète les pièces et les outils nécessaires à la fabrication d'une montre. "Je suis tout de suite tombé dans le truc, j'ai pu concevoir ma montre comme je la voulais."
L'IATA, l'école du temps
Trois ans plus tard, à 21 ans, Aymeric Peters a fait du temps son métier. Il a terminé en juin dernier la formation en horlogerie de l'IATA. Elle a fait mûrir sa passion et offert un ticket de participation au concours Cartier dans la catégorie "apprentis horlogers". "C'est le plus prestigieux des concours auxquels on a accès en tant qu'étudiant" souligne le jeune horloger.
Jusqu'il y a deux ans, ce concours n'était réservé qu'aux seuls apprentis venus de Suisse, France et Allemagne. L'arrivée de candidats belges (et issus de l'IATA) a bouleversé les classements. "L'année dernière, c'est une étudiante de l'IATA qui a terminé première. Et cette année, Layla, de ma classe, est deuxième du concours."
Le choix de l'heure
le thème du concours Cartier 2026 était "Changeons d'équilibre: lisons et appréhendons le temps autrement." Aymeric a proposé une pendule en laiton, noyer noir et céramique (voir photo). Les aiguilles, figées sur six heures, indiquent l'heure exacte grâce à une clé unique. le nom de l'œuvre, Silence Choisi. "J'ai imaginé ce modèle un soir, dans mon lit. Je ne parvenais pas à trouver le sommeil, j'ai eu une vision de vers quoi je voulais aller. Alors je me suis assis à mon bureau, j'ai commencé à griffonner." Il s'agit d'un modèle unique, une invention gembloutoise. Le concept existait, mais pas un mécanisme tel que le jeune horloger l'a conçu. Il s'agit d'un mélange de chronographe et de rattrapante, pensé pour se déconnecter du temps. "Elle s'inscrit très bien dans notre époque, l'idée de déconnecter, de ne pas être en permanence au courant du temps qui passe. À moins d'activer la clé."

Le jury Cartier a été convaincu par le travail d'Aymeric Peters. Tout comme par celui de Layla Sluysmans, deuxième de l'édition 2026. Son œuvre, Nymphéa, est un cadran en émail serti dans un nénuphar dont les pétales s'ouvrent et se referment de manière cyclique, toutes les deux heures.
Ces deux premières places, après la victoire de Marta Maziers en 2025, confirment l'excellence de la formation en horlogerie de l'IATA. "Pourtant, si je voulais suivre la formation maintenant, je ne pourrais plus. Je suis passé tout juste" souligne Aymeric Peters. EN effet, la récente réforme de l'enseignement qualifiant interdit l'accès à une formation qualifiante aux élèves majeurs et détenteurs d'un CESS. Ce qui est le cas des trois Namurois primés ces deux dernières années au concours Cartier. Heureusement, les trois jeunes horlogers étaient dans les temps.
Un stage à La-Chaux-De-Fonds, dans les ateliers de Cartier
Aymeric Peters pourra enrichir ses compétences durant un mois et demi dans les prestigieux ateliers de Cartier. Il participera à la réparation de montres de prestige, avoisinant plusieurs centaines de milliers d'euros. De quoi le convaincre de s'installer en Suisse ? Pas du tout. Le Gembloutois est trop attaché à sa terre hesbignonne et ses proches.
Il est donc actif à son compte en tant qu'horloger. Il a transformé sa chambre en véritable atelier de précision pour la réparation et la création de montres. Il y répare des chronographes et tourbillons en tous genres et nourri un idéal, décliner la pendule Silence Choisi en version portable. "J'attends de trouver la clientèle, car cela ne peut se penser que via des souscriptions. Il me faudra alors deux à trois ans pour concevoir ma première série de 10 à 15 montres" explique l'horloger.