Expulsion des guides de Naninne, le propriétaire n'a pas le choix : "Nous avons proposé 2,33 euros mensuel par guide!"
Suite à notre article sur l'expulsion future des Guides de Naninne, le propriétaire du local sort du silence. Et tient à contextualiser une expulsion qu'il n'a jamais désirée.

- Publié le 07-10-2026 à 15h58
- Mis à jour le 07-10-2026 à 16h10

Le 1er octobre, nous relations l'émoi des responsables de l'unité guide de Naninne, confrontée à un avis d'expulsion du local qu'elle occupe depuis trente ans, la salle "Al Fontenale". Cet émoi est partagé par 150 guides, mais aussi le propriétaire des lieux. "Une issue comme celle-ci ne nous fait certainement pas plaisir, évoque d'emblée Jean Goffinet, administrateur délégué de l'asbl"Patrimoine du Doyenné de Jambes"(la Décanale), propriétaire du local guide, nous avons proposé en 2025 à l'unité guide de garder leur local pour 350 euros, soit 2,33 euros mensuels par personne. Il s'agit d'un prix d'ami, en deçà de l'estimation réel du bien. Elles ont refusé."
Trente ans de gratuité
Rembobinons à la genèse du dossier. Dans les années 70, une famille naninnoise cède à bon prix la salle "Al Fontenale" à l'asbl Patrimoine du Doyenné de Jambes. L'intention d'en faire profiter les jeunes du village est belle, mais absente du compromis de vente.
Depuis les années nonante, les guides bénéficient gratuitement de cette salle. Il s'agit d'un accord tacite avec des membres de la paroisse du village, constitués en l'asbl Œuvres Paroissiales Saint-Lambert à partir de 2015 sur demande de la Décanale (voir ci-contre). Cette asbl avait la charge de la gestion et de l'entretien du bâtiment. Et puis un jour, faute de gens, faute d'argent, l'association paroissiale naninnoise est dissoute. Et la gestion de la salle "Al Fontenale" retombe sous la responsabilité du propriétaire, la Décanale. "Nous avons alors visité les lieux pour la première fois, souligne Jean Goffinet, le verbe volontairement tempéré, ils étaient insalubres, dangereux, rarement entretenus." En réalité, des murs moisis, des prises sans cache, des câbles dénudés, des bonbonnes de gaz ici et là sans protection, un grenier au plancher branlant et occupé par le staff guide. "Nous sommes bénévoles, mais en cas de problème, notre responsabilité est engagée, tant au civil qu'au pénal."
Choqués de leur visite, les propriétaires décident alors de reprendre les choses en main. Et investissent près de 10 000 euros pour réparer une fuite dans le toit, remettre l'installation électrique aux normes et rembourser des charges avancées par une bénévole de l'asbl paroissiale naninnoise.
Un contrat, oui mais non
La Décanale ne roule pas sur l'or et doit tenir une comptabilité saine. "Nous n'avons pas de subsides" précise Marcel Pasteels, trésorier de l'association. L'état de détérioration du bâtiment, les frais déjà engagés pour la salle "Al Fontenale", l'absence de lien spirituel entre les guides et le curé de la paroisse locale ainsi que le risque juridique encouru par les membres de l'asbl "Patrimoine du Doyenné de Jambes" ont convaincu ces derniers de la nécessité d'établir un contrat de location.
Et c'est là que le bât blesse. "Nous avons fait estimer le lieu par une agence indépendante qui le fixait à 500 euros par mois, précise Jean Goffinet, nous avons voulu faire un prix d'ami avec un loyer de 350 euros. Seulement, les guides ne veulent pas payer plus de 100 euros par mois. Depuis quand le locataire fixe le montant du loyer ?" Les parties se sont quittées sur ce fait, dos à dos. La décanale a donc opté pour une communication signée des sceaux d'avocats, en ultime recours. Cette procédure juridique a mené au dernier courrier, en août, stipulant une expulsion programmée au 31 janvier en cas de refus de signature du contrat de location. "Cette situation, nous ne la voulons pas, d'autant plus que nous ne savons pas que faire de cette salle. Nous insistons, notre porte reste ouverte pour trouver d'autres solutions avec les guides" ajoute Jean Goffinet.
Rectificatif de notre article précédent, la salle des Echos à Naninne a bien été vendue avec annonce publique et pour un montant affiché.
La difficile gestion du patrimoine
La Décanale a été créée en 1925 afin de gérer le patrimoine séculier du clergé. Une longue histoire, avec des hauts, des bas.
En 2011, l'actuelle équipe à la barre de l'asbl hérite d'une situation administrative et financière complexe. Le patrimoine est important, une quinzaine de bâtiments, mais les comptes sont vides. Quant à l'administratif, c'est le chaos. L'occupation des bâtiments est rarement formalisée, la destination des loyers perçus n'est pas toujours connue.
Les nouveaux gestionnaires doivent régulariser la situation et demandent aux bénévoles en charge de la gestion des salles paroissiales de se constituer en asbl. Et ce, pour les obliger à tenir une comptabilité et assurer une sécurité juridique.
Ce long chemin administratif s'est parfois heurté à des réticences locales, comme à La Plante, où le curé gérait la salle paroissiale comme bon lui semblait, sans préciser la destination des loyers perçus.
Certains bijoux de famille ont aussi été revendus pour financer l'entretien d'un tel patrimoine. C'est le cas de la salle "Les Échos" à Naninne ou encore "Notre Maison" à Lustin, qui héberge 300 scouts.
Elle a été vendue à la commune de Profondeville pour 310 000 euros en 2013. La moitié du produit de la vente a été offerte à l'unité scoute de Lustin pour financer, entre autres, les travaux de toiture. "On ne peut donc pas dire que la Décanale n'aime pas les scouts" conclut Jean Goffinet.
