Plongée au cœur de la société Arto, en charge du matériel son et lumière des deux grandes scènes des Solidarités à Namur: "Des centaines de flightcase, six semi-remorques et un jeu de Lego à assembler"
Les Solidarités démarrent ce vendredi. Mais le festival est lancé depuis bien plus longtemps. Car derrière les belles scènes, les éclats de lumières, les décors, il y a ce que l'on ne soupçonne pas. Le travail de l'ombre, les coulisses des shows, les mois d'anticipation et de préparation. Plongée chez Arto, société de Wavre chargée du son et de la lumière des deux grandes scènes du festival namurois.

- Publié le 04-09-2026 à 06h52
- Mis à jour le 04-09-2026 à 09h33

Dans le hall de stockage de 1 800 m au sol (3 300 m en tout), ça fourmille. Depuis la mezzanine, des caissons de transport identifiés et numérotés sont descendus avec précaution à l'aide d'un chariot élévateur. Avant d'être acheminés vers les semi-remorques alignés à l'extérieur, prêts à recevoir l'impressionnante quantité de matériel à déployer à Suarlée, pour équiper les deux scènes principales du festival. Ici, chacun connaît son rôle. Tout est structuré.
La logistique au cordeau exige préparation et anticipation. "Il faudrait étendre tous les plans et fiches techniques par terre pour réaliser la quantité énorme de matériel qui part. Au minimum, six semi-remorques sont chargés et acheminés vers le festival", confie Vincent Tempels, directeur et fondateur de l'entreprise Arto.
Depuis la toute première édition de ce qui s'appelait alors La Fête des Solidarités, cette société brabançonne collabore avec le festival. Elle a opéré à la citadelle. "Ce n'était pas un site évident, avec de grands dénivelés. Au niveau logistique, c'est plus facile maintenant", confie Bernard Viellevoye, en charge du matériel son du festival. À l'origine, l'entreprise gérait la régie générale, un rôle aujourd'hui assumé en interne par Erik Lybeer, directeur technique des Solidarités.

Penser à tout
Ce week-end, à Suarlée, Arto coordonne la technique pour une trentaine de groupes. Il faut penser à tout, pour éviter des allers-retours vers le centre de stockage. "Quand on est à Namur, ça va. Mais si on est à Paris ou à Madrid…"
Pour contrer les couacs, l'équipe de l'entrepôt reçoit des listes exhaustives des équipements à préparer. "C'est la même chose une fois sur site, chaque élément doit trouver sa place. C'est un Lego à assembler, encore faut-il savoir comment", poursuit Bernard Viellevoye.

En amont de l'événement, les plans et fiches techniques des productions sont transmis. Car il y a le matériel de base fourni par Arto pour équiper le site, et puis, il s'agit de satisfaire aux exigences singulières des artistes, des productions, etc.
"C'est tout un boulot d'analyse pour ajuster notre offre et leurs demandes, confie Bernard Viellevoye. Parfois, il faut trouver des compromis. Au niveau de la lumière notamment, il faut réanalyser les possibilités d'accroche, le poids des équipements, la grandeur de la scène, etc. Les grosses productions viennent avec de plus en plus de matériel. Parfois 3 ou 4 semi-remorques en plus. Il faut gérer ce flux-là aussi."

Au niveau du son, c'est plus simple. "On doit fournir un matériel tip-top, mais la plupart des groupes viennent avec leur ingénieur du son. Pour les autres, la fiche technique indique s'ils ont besoin de quelqu'un. On met alors un technicien à leur disposition."
Pas question d'impro, même si parfois, l'impromptu s'invite. "Certains artistes envoient au dernier moment des modifications ou avaient transmis la mauvaise fiche technique. Il faut être prêt à réagir rapidement. Ce ne sont pas des dossiers qu'on traite 3 ou 4 jours à l'avance."

Depuis décembre…
Les premières réunions entre Arto, le directeur du festival et le régisseur général ont eu lieu en décembre. "On va sur site, où notre expertise est sollicitée pour évaluer le déplacement d'une scène par exemple, précise Vincent Tempels. Il y a une analyse de l'environnement général, de la puissance de la diffusion du son suivant la grandeur du lieu, suivant des résonances ou des réflexions qui peuvent se faire par des murs si on est dans une salle, la pollution sonore aussi entre différentes scènes ou chapiteaux. On travaille main dans la main avec l'organisation."

Il insiste: "On est une société de services. On loue du matériel, mais ça ne s'arrête pas là. On attend de nous d'être à l'écoute de l'organisation, de suivre les demandes des artistes et d'être vraiment des collaborateurs et des partenaires. On est là aussi pour coordonner les équipes. La confiance dans notre métier est primordiale."
Plus d'une vingtaine de techniciens de chez Arto sont déployés pour les Solidarités ce week-end. "On voit toujours le côté paillettes dans notre métier, mais derrière, c'est une vraie industrie. On ne peut pas réaliser correctement notre job si on n'a pas les équipes ouvertes d'esprit, qui sont hypercompétentes et qui connaissent le matériel en perpétuelle évolution."

Le directeur sera aux Solidarités dès ce vendredi. "C'est important d'être présent, de voir tout le monde." Le stress monte ? "Avec le temps, on relativise. On n'est jamais à l'abri d'un pépin mais on est là pour rassurer, rester rationnel et carré."
Forest National, les Diables, un pape "rock star" et un studio tout neuf
Arto, ce n'est pas que les Solidarités. C'est aussi bien d'autres événements. Donc certains plus inattendus.
Arto dispose d'un parc technique constitué de matériel son, éclairage, distribution électrique et dispositif audiovisuel. "Des équipements récents, de pointe, qui nous permettent d'équiper des grosses scènes telles que les Solidarités, Couleur Café, les Francofolies de Spa, Forest National mais aussi d'autres endroits comme le Cirque Royal, la Madeleine, la salle l'OM à Seraing ou le Forum à Liège."

Vincent Tempels précise: "Il y a du matériel ici, mais il y en a également du fixe dans certaines salles." Lors de chaque concert, les salles sont entièrement rééquipées. Une perte de temps de tout réinstaller à chaque fois ? "Ça se justifie parce que parfois les productions viennent avec tout le matériel, parfois la position de la scène est différente, ce qui fait que la capacité n'est pas la même. Et puis certains veulent tel type de matériel, telle marque, etc."
Arto travaille sur des événements très variés, qui touchent toutes sortes de domaines. "L'événementiel d'entreprise et institutionnel, on travaille dans le sport par exemple pour les Diables Rouges, etc." Une des sollicitations les plus originales ? "L'an passé, on a reçu une demande pour le pape au stade Roi Baudouin. Le pape qui est finalement une rock star aussi donc il faut pouvoir respecter ça et avoir une bonne analyse des besoins."

La société Arto est experte dans son domaine. "Toutes les demandes sont à la fois différentes et comparables pour certains aspects. On connaît bien le métier, on a une très bonne expertise. On donne d'ailleurs beaucoup de formations en interne sur le matériel, sur la sécurité, en collaboration avec la fédération de la culture indépendante avec laquelle on est partenaire. On a des rapports très proches aussi avec les écoles spécialisées comme l'IAD, l'INSAS, l'INRACI ou l'IFAPME, avec lesquelles on fait beaucoup d'échanges."
Table de mixage ultra-pro
La société dispose par ailleurs d'une nouvelle salle de répétition, de création, tout confort. "On accueille ici des gens du théâtre, des humoristes, des groupes de musique qui viennent se mettre en situation." De grands noms sont déjà passés par ici depuis l'ouverture.
Arto vient aussi d'inaugurer un studio d'enregistrement dernier cri. "On a voulu offrir une qualité irréprochable et top aux artistes. La table de mixage est très perfectionnée. On a tout le Pro Tools. C'est une console qui reprend toutes les fonctions analogiques et aussi la numérisation du son. C'est la seule qui existe en Belgique."

Chez Arto, si cela peut surprendre, la grosse saison arrive. "En été, les salles sont fermées. Il n'y a plus d'événementiel d'entreprise ou quasiment pas. Même l'institutionnel, il y en a très peu. Nous, on travaille vraiment dans le circuit professionnel des arts de la scène et de l'événementiel institutionnel et privé. Tout ça reprend en septembre. On se retrouve parfois avec 5, 6, voire 8 chantiers en même temps."
En fonction des besoins, la société peut acquérir de nouveaux équipements. "Au niveau musique par exemple, on a du matériel qui part en tournée. Notre métier, c'est de répondre à des demandes. Donc ce sont des discussions en interne car on investit sans arrêt. On sort justement d'une réunion…"
VITE DIT
- 1987 La société Arto a été lancée en 1987, sous l'impulsion de Vincent Tempels, alors ingénieur du son indépendant formé à l'IAD. "Un métier passion, de nuit, pas facile, qui nécessite beaucoup de connaissances, de relations humaines, de déplacements, mais qui offre une palette tellement large…" Arto compte 35 travailleurs.
- Toots Thielemans Vincent Tempels a été son ingénieur du son attitré. "Musicalement, humainement, c'était quelqu'un de réfléchi, avec beaucoup d'humour. Il a vraiment orienté ma manière de fonctionner." Il raconte: "Après un concert au Vaux Hall, je suis allé le voir pour voir comment ça s'était passé. Il m'a confié qu'il allait s'en aller car, le lendemain, il prenait l'avion pour Los Angeles. Le soir, il mangeait avec Michael (Jackson) et Quincy (Jones). Il y a des rencontres qui marquent…"

- Société saine Arto est tributaire des demandes. "On se bat depuis des années pour constituer des réserves en cas de problème. Elles nous ont bien aidées pendant le Covid où on était à moins 95% du chiffre d'affaires. On a eu des épisodes tous les 5 ans (crise bancaire, attentats, etc.). D'où l'importance d'avoir une société saine."
- Chaleur/tempête L'entreprise est confrontée aux problèmes climatiques. "Pendant Couleur Café ou les 250 ans des États-Unis au cinquantenaire, on a eu jusqu'à 45 degrés sur les pavés. L'électronique n'aime pas trop ça." Du matériel a été endommagé et des liaisons internet ont buggé. "Sur Couleur Café, on a eu aussi une grosse tempête et pas mal de matériel dégradé. On ne s'y attendait pas, on a dû évacuer le site."
Il ajoute: "On est en pourparlers avec les assurances. On a essayé de réparer au maximum nous-mêmes. Car au départ, si on prenait la liste du matériel endommagé, on en avait pour 200 000 €." Il confie que la compagnie qui assure Arto depuis plus de 35 ans ne veut plus couvrir l'incendie, à cause des risques climatiques. "On a dû trouver un assureur qui a repris le contrat tel quel. Mais ça a été très compliqué et ça ne va faire qu'empirer."