Coups de klaxon en faveur des profs à Sambreville
Au collège Saint-André, ce mardi, les enseignants, massés sur le trottoir, ont invité les usagers de la route à jouer du klaxon, en soutien à leur action. Contre la méga-réforme de l'enseignement, qui doit être votée sous peu au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la colère ne retombe pas.
- Publié le 27-05-2026 à 13h04
- Mis à jour le 27-05-2026 à 13h09

Dôme de chaleur ou pas, les enseignants ne désarment pas sur le front de la guerre qu'ils ont déclarée contre les réformes de la Fédération Wallonie-Bruxelles.
Ce mardi matin, devant le collège Saint-André d'Auvelais – (trois implantations et environs 1 600 élèves) –, un barbecue fait encore monter la température derrière un piquet de barrières métalliques illuminées de drapeaux verts de la CSC Enseignement. D'ici une heure ou deux, sur le charbon de bois en flammes, les profs en grève cuiront les saucisses de la colère.
En attendant ce réconfort, les enseignants, massés sur le trottoir d'en face, invitent les usagers de la roulante rue des Auges à klaxonner en guise de soutien à leur action."Si on se bouge aujourd'hui, c'est surtout parce qu'on a peur pour nos élèves insiste Ludovic Baclin, délégué CSC. On nous avait promis de revaloriser le métier d'enseignant. Aujourd'hui, on donne toutes les raisons aux jeunes de ne pas se lancer dans cette carrière."
Son collègue Jean Turek complète: "Ce n'est pas seulement pour 2 heures de cours supplémentaire qu'on se bat. Ces 2 heures, c'est au minimum 4 heures de travail en plus avec les prépas et les corrections. Et ce sont des pertes d'emploi."
Les enseignants voient se dessiner une détérioration des conditions d'apprentissage. Avec la disparition annoncée du premier degré différencié, des élèves en difficulté pourraient se retrouver dans des classes aux niveaux trop disparates, avec des forts et des faibles, "et sans moyens supplémentaires pour accompagner ces derniers".
"On nous demande de devenir des magiciens, souffle Ludovic Baclin. On crée des problèmes supplémentaires tout en nous retirant des outils pour y répondre."
Les examens auront lieu
Les enseignants assurent vouloir limiter l'impact de la mobilisation sur les étudiants. Ce mardi, les cours sont exceptionnellement suspendus. Les précédents arrêts de travail étaient ciblés afin de maintenir un maximum de cours. "On ne veut pas prendre les élèves en otage", rappellent les délégués pour qui "les examens auront bien lieu".
À force, la lassitude s'installe. Professeur de français depuis 23 ans, Gwendoline décrit un métier "passionnant" devenu extrêmement exigeant. "Les gens pensent connaître le métier parce qu'ils ont été élèves. Mais enseigner, c'est une sollicitation permanente", explique-t-elle. "On parle toujours des heures de cours, jamais du travail invisible." Vingt heures de cours, c'est en réalité une quarantaine de prestées.
Les enseignants disent ressentir un soutien croissant des parents et de la population. Les klaxons rapprochés en témoignent."Les seuls qui restent sourds à nos revendications, c'est le gouvernement", regrette Ludovic Baclin.
"On ne vous pardonnera rien"
Et si la réforme devait quand même aboutir, comme de plus en plus de citoyens le pensent, sur le refrain: "Faire grève, ça ne sert à rien, la réforme sera quand même votée." Le scénario est évidemment envisagé. Les profs rétorquent: "Qui ne se bat pas a déjà perdu." Ou, variante: "Quitte à se faire descendre, que ce soit debout, et tomber avec les honneurs."
Ils nous glissent une lettre ouverte aux élus du MR mais, surtout, des Engagés. "Et Les Engagés qui voulaient une école plus humaine et apaisée, on en est loin", souffle un ancien directeur. Les signataires de la missive menacent: "Vous n'écoutez pas les propositions des acteurs de terrain ? Sachez que le mépris et les trahisons ont un coût politique qui se paient dans les urnes. Le monde de l'éducation a la mémoire longue, il ne vous pardonnera rien…"
"L'an prochain, si la réforme est votée, on perd notre job"
Les jeunes enseignants sont particulièrement inquiets. Parmi eux, deux vingtenaires: Thomas Lefebvre, professeur de mathématiques et ancien élève de l'école, et Myrtille Déom. "Je suis dans l'enseignement depuis deux ans et si les mesures passent, je perds mon emploi l'année prochaine", explique-t-il. Comme beaucoup de jeunes temporaires, il redoute les effets des réaffectations liées aux 2 heures supplémentaires imposées aux enseignants nommés. À ses côtés, sa collègue Myrtille Déom partage le même sentiment de découragement. Tous deux dénoncent une réforme qui risque, selon eux, de pousser hors du métier des enseignants pourtant investis.
"Nous étions très motivés, et on l'est encore, mais ça devient démoralisant", confie la jeune enseignante, en poste, elle, depuis quatre ans. "Comment garder sa motivation quand on ne sait même pas si on sera encore là dans quelques mois ?" Thomas Lefebvre évoque l'attachement développé avec ses élèves et ses collègues. "Je m'entends bien avec tout le monde ici. Se dire que l'année prochaine je ne serai peut-être plus là, ça casse le moral." Les deux enseignants insistent sur les conséquences pour les étudiants. "Ces réformes impactent tout le monde. Quand les enseignants vont mal, les élèves le ressentent forcément aussi."
Un avenir sombre
Délégué SETCa-SEL, Philippe Bol assène des projections effrayantes. "Le Bureau du Plan prévoit déjà des milliers de postes supprimés dans les dix ans à venir." Selon lui, les réformes risquent surtout de déglinguer l'enseignement professionnel. Il évoque une génération condamnée à la précarité. "Vous retrouverez ces jeunes rejetés de l'enseignement dans des flexi-jobs (en grandes surfaces par exemple) jusqu'au jour où il n'y aura même plus de place pour eux", alerte-t-il. Plus sombre encore: "Dans vingt ans, on donnera peut-être cours par visioconférence à des milliers d'élèves en même temps."
