Notre série sur les projets du parc nationale ESEM: une bergerie et un troupeau itinérant en Calestienne
Chaque épisode de cette série (le mardi, jeudi et samedi) détaille les grands projets du Parc national de l'Entre-Sambre-et-Meuse, qui a huit mois pour les concrétiser. Nous vous présentons aujourd'hui le projet de pâturage itinérant.
- Publié le 06-02-2026 à 16h37
- Mis à jour le 06-02-2026 à 16h38

C'est l'un des projets qui transformera le plus le paysage du parc national.
Septante hectares de pelouses calcicoles sont en cours de restauration sur les communes de Couvin et de Viroinval. On y coupe des bois, surtout du pin noir d'Autriche, à la Roche Trouée, à la carrière Frimoye, aux Grand-Champs de Mazée, au Tienne du Lion, à Palija ou à Faligeotte.
Entre Dourbes et Olloy, notamment, la trouée est assez remarquable. Mais n'est-ce pas paradoxal, de couper tant d'arbres pour un projet de parc national ? "Les terrains ont été sélectionnés avec Ardennes et Gaumes, qui a identifié des zones où, en sous-bois, la végétation montre qu'il y a potentiellement possibilité de voir une pelouse calcicole se régénérer", nous explique Maxime Mélon chargé du projet au sein du parc national.
Restaurer des pelouses calcicoles, voilà l'objectif de ce projet spécifique à la Calestienne. Des 2200 hectares de pelouse existant il y a un siècle dans la région, il n'en reste qu'une petite centaine actuellement. L'espoir est ici de restaurer 70 hectares disparus.
L'enjeu est important pour toute une faune et une flore associées à ce type de milieu.
La brebis est un outil
Restaurer, c'est bien. Mais il faut ensuite entretenir ces pelouses. Çà et là, dans des lieux où des bénévoles s'échinent à sauver des pelouses existantes, il faut une sacrée dose d'huile de coude et de persévérance pour y parvenir.
Pour ces pelouses restaurées, le parc national a choisi de revenir aux pratiques ancestrales, celles qui ont si bien convenu à ce biotope pendant des siècles : le pastoralisme.
En s'appuyant sur l'expérience d'Ardennes et Gaume, dans le cadre du projet Life du parc naturel Viroin Hermeton, le parc national va faire paître des moutons sur les parcelles restaurées. On voit ce que cela peut donner le long de la N99 entre Vierves et Treignes, le résultat est assez remarquable, notamment d'un point de vue paysager.
Différence notable ici : le parc national a créé lui-même son propre troupeau. "Nous prévoyons 224 brebis, nous explique Maxime Mélon. Actuellement, nous comptons 80 brebis et nous espérons avoir 100 agneaux cet hiver."
Ce troupeau sera confié aux bons soins de deux équivalents temps pleins employés par le parc. "Ils tiendront le rôle de berger en saison d'estive et d'éleveur l'hiver, pour s'occuper des naissances."
En été, ils mèneront leur troupeau de pelouse calcicoles en pelouse calcicole, offrant aux touristes une belle photo à saisir à leur passage : "Les moutons mangent en marchant. Ils ne restent donc pas sur place. Il s'agira donc d'une gestion sans clôture et très ciblée. Suivant les floraisons, le berger pourra éviter un coin de pelouse pour préserver certaines plantes. Il s'agira dès lors d'une intervention plus souple. Et en passant d'un endroit à l'autre, les moutons accrocheront une série de graines dans leur laine, pour assurer une connectivité écologique et une recolonisation des espèces dans les différents lieux restaurés."
L'expérience sera suivie par un comité de pilotage composé d'experts, qui évaluera et adaptera l'action du troupeau.
Une bergerie à Olloy
L'hiver, les moutons le passeront dans une bergerie dont la construction vient de débuter, à Olloy, au lieu-dit Rolinvaux.
C'est là qu'une première bergerie avait été créée par le parc naturel. Sa superficie sera augmentée par un bâtiment en bois pouvant accueillir toutes ces brebis. "Le lieu est stratégique, puisqu'il se trouve à l'épicentre des boucles à réaliser avec le troupeau, ajoute Maxime Mélon. De là partira aussi un itinéraire qui rejoindra la Tour de la Forêt, qui sera érigée entre Olloy et Vierves. À ce départ de promenade sera associé un équipement, comme des toilettes sèches publiques semblables à celles installées dans le parc de Nismes."
Cette bergerie servira de lieu propice à l'organisation d'événements thématiques, comme la fête de la bergerie. C'est là aussi que le parc naturel abrite son école d'apiculture.
Une filière Made in ESEM
Nous l'avons déjà évoqué dans nos colonnes, le projet permettra par ailleurs d'alimenter une filière "Made in ESEM". Déjà, cinq éleveurs indépendants l'ont intégrée et fournissent de la viande selon un cahier des charges bien défini à une série de boucheries et de restaurants qui peuvent afficher ce label.
Les revenus que le parc national tirera de cette activité d'élevage permettront partiellement de financer les deux équivalents temps plein, les chiens et les coûts de gestion de ce troupeau, bien qu'un apport de subventions publiques s'avère probablement nécessaire tout au long du projet. "Mais il ne s'agit pas ici que d'élever des moutons à l'ancienne. L'enjeu est de maintenir un patrimoine calcicole. Le mouton n'est ici qu'un outil au service de la conservation et de la restauration de la nature et des paysages."
www.made-in-esem.be
