Pad'R sort "Pierre Carré", sa première BD "jeunesse" : "J'espère que les enfants comprendront le message qu'il y a derrière" (vidéo)
Caricaturiste incontournable du football, le Nivellois Pascal Decubber, alias Pad'R, sort sa première BD "traditionnelle", intitulée "Pierre Carré" sur un petit footballeur contrarié. Il est l'invité de notre série "Un verre avec..." !


- Publié le 16-10-2026 à 04h00
- Mis à jour le 16-10-2026 à 06h49

Alors, Pascal, parlons d'abord de cette BD, "Pierre Carré", ton premier album qui n'est pas un recueil mais une histoire destinée aux jeunes...Tu en rêvais ?
Pad'R: C'était dans ma tête depuis bien avant que les éditions Chronica existent, j'avais l'idée d'une BD racontant une histoire enfantine. Ce n'était qu'un rêve jusqu'à ce que je rencontre Kid Toussaint lors d'une séance de dédicaces commune, Kid qui a beaucoup de séries à succès, comme "Elles" ou "Le Marsupilami". Je lui ai parlé d'une idée de petit garçon qui a des problème pour jouer au foot, des "pieds carrés", littéralement. Et alors lui il a construit toute l'univers et toute l'intrigue...il a du métier !
C'est autobiographique, cette histoire de "pieds carrés"?
Non, non ! (rires) Les "pieds carrés", c'est un prétexte pour parler de confiance en soi, de résilience, d'inclusion, de possibilité de vivre son rêve même s'il semble inaccessible. J'espère que les enfants vont comprendre le message qu'il y a derrière.
"Un verre avec Pad'R", l'interview complète dans notre vidéo en tête de cet article.

De façon générale, comment s'organise ta vie de dessinateur et caricaturiste du monde du football ?
Voyons plutôt comment ça se désorganise plutôt (rires). Car les espaces pour s'exprimer diminuent et il y a de moins en moins de dessinateurs de presse. Mais bon, pour "La Tribune" (ndlr: chaque lundi soir sur la RTBF), là, c'est tout mon week-end et tout mon lundi qui lui sont consacrés puisque je suis les résultats et tout ce qui se passe sur les terrains ou en dehors. Puis je reçois le sommaire de l'émission, la liste des invités et là, je peux déjà réfléchir à des idées les concernant. Puis en fin d'après-midi, je pars de Nivelles avec mon fidèle acolyte Philippe Albert ! On fait toujours la route ensemble.
Rouler avec Philippe Albert, c'est déjà être dans l'émission (rires)
Oui, c'est sûr qu'avec lui, on ne voit pas le temps passer. Il a toujours mille choses à dire et aussi un humour pince-sans-rire qui est parfois très inspirant. Il me file parfois des idées.

Et tu dessines toujours tout en direct
Oui, mais lorsqu'un dessin nécessite des décors, comme je suis perfectionniste, je le prépare un peu à l'avance. Un autre dessin que j'anticipe aussi, c'est le tout premier de l'émission, car celui-là, je n'ai pas le temps de le faire complètement "en direct".
Une émission c'est combien de dessins?
Disons entre 7 et 11 ! Onze comme une équipe de foot !
...Sans réserviste ! Et tu fais ça depuis combien d'années (ndlr: il a 58 ans) ? Ca te stresse toujours?
Non, ça me stresse de moins en moins car je fais ce genre de dessins depuis mes débuts en 2003 à Télépro, où je suis toujours d'ailleurs. A la RTBF, j'ai démarré lors de l'Euro 2004. J'y travaillais alors déjà mais au service internet qui s'appelait "la RTBF en ligne". J'y faisais notamment des GIF animés. On me demandait de dessiner "Bla-Bla", je le dessinais Bla-Bla, j'illustrais aussi les pages sur des sujets comme la famille royale ou Dirk Frimout.
Et là, tu a appris à caricaturer
Oui, car mon chef de l'époque, Pierre Martin, a vite compris que, comme un écolier qui dessine ses profs, j'avais tendance à croquer les gens autour de moi, que c'était plus fort que moi. Du coup, on a créé sur le site "le dessin du jour". Tout ça, c'est de 2000 à 2003 !

Pour percer dans le petit monde du dessin de presse, faire le foot était un créneau assez libre...
Oui, car s'il y a le dessinateur flamand Marec qui s'y consacre un peu, en Belgique francophone, je suis le seul. Pierre Kroll m'a un jour dit "moi j'ai pris la politique, toi le foot. Il reste la religion à prendre, un des trois sujets dont les gens parlent dans les cafés". Mais on cherche toujours le volontaire (rires).
Tu n'es pas intéressé de dessiner sur d'autres sports? Le cyclisme par exemple...
Non, pas vraiment. En fait, je suis un observateur de la vie et j'aimerais croquer davantage les situations du quotidien. Par exemple, les gens qui, dans une conversation, est-ce à cause du covid ?, ramènent toujours tout à eux-mêmes et étalent leurs soucis de santé. Ça me fait sourire.
Après "La Tribune" du lundi, il te reste du temps la semaine...
Pour l'instant, ma semaine est bien occupée, car je travaille déjà sur le second "Pierre Carré" . Puis, à chaque fin d'année, j'ai des commandes de calendriers. Et alors, ce que je fais beaucoup aussi, c'est accompagner des teams buildings d'entreprise ou de classes de rock. Là, je croque à la volée les participants, les intervenants. Comme je le faisais à mes débuts quand j'allais dessiner les gens sur les marchés ou les brocantes. Oui, comme on voit sur les sites touristiques, des dessins que les personnes caricaturées pouvaient m'acheter.

C'est un métier solitaire, dessinateur de presse?
Oui, c'est pour ça que j'aime bien faire partie d'une équipe le lundi à la RTBF ou dessiner pendant des séances de team building.
Le marché du dessin de presse a tendance à rétrécir?
Oui, avec la crise de la presse, et le fait que tout le monde est sur son smartphone ou son téléphone portable, je plains le p'tit jeune qui veut débuter maintenant. En prime, pour obtenir son statut de "travailleur de arts", cela devient très compliqué. C'était un peu plus simple à l'époque où je l'ai eu mais, malgré tout, il faut tout le temps montrer ses contrats, ses factures. On passe des soirées entières à tout imprimer. On se sent considéré comme si on était un fraudeur potentiel (rires)...
Le monde politique semble aimer être caricaturé, c'est une sorte de reconnaissance, une preuve "qu'on existe". Dans le foot, les gens sont plus susceptibles?
Je pensais mais non ! Je m'entends très bien avec les frères Bayat, Medhi et Mogi, alors que j'ai souvent été très dur dans mes dessins. Ils sont toujours très amlcaux ! En fait, ce sont les supporters qui sont susceptibles. On m'a dit plus d'une fois, "va voir le forum des supporters de tel club, y'a un appel au boycott de tes albums". J'ai même un ami qui m'a dit "j'aime bien tes dessins mais j'achète pas tes recueils". Je voulais lui offrir et il me répond "Non, car tu dis trop de mal du Standard" (rires).
En fait de supporter, toi, tu es originaire de Molenbeek, non?
C'est mon père qui est de Molenbeek, alors que ma mère est de Namur. Je suis le petit dernier d'une famille de 7 enfants. J'ai deux frères qui étaient doués pour le dessin, l'un d'eux est devenu...cordonnier, ayant appris son métier à l'armée. Mes quatre soeurs m'ont toujours beaucoup soutenu car après le décès de mes parents, certaines d'entre elles ont un peu tenu le rôle de maman à mon égard. Mais ma mère, elle, savait très bien dessiner. Pendant la guère, elle vendait des calendriers avec les personnages de Disney, genre "Blanche-neige" qu'elle dessinait elle-même.
C'est d'elle que t'es venu le virus du dessin?

Peut-être, mais il se fait que mon grand-père était peintre à Namur. Cela me fascinait quand j'étais petit, j'adorais l'ambiance et les odeurs de son atelier. Il s'appelait Emile Durieux, c'était plutôt un paysagiste. Et alors, toujours dans la famille, j'ai deux cousins, Laurent et Jack Durieux, des jumeaux, qui sont des célébrités, connus pour des affiches alternatives de films célèbres, comme "Les Dents de la mer" ou "Apocalypse now". Car, oui, il existe un marché du remake d'affiches de cinéma célèbres ! Au point que Spielberg leur en a achetés et commandés d'autre, et que Francis Ford Coppola a préfacé un recueil de leurs oeuvres.
As-tu développé des rapports privilégiés avec certains footballeurs?

Oui, avec Michel Preud'homme notamment. Lors d'une opération de solidarité, le "Croquis challenge", je lui ai appris...à se caricaturer lui-même. C'était très marrant.
Est ce que les gens du foot te demandent les dessins?
Oui, après la Tribune, de temps en temps, il y en a qui demande le dessin qui les concerne. A vrai dire, ça me surprend à chaque fois.
Alors, drame dans ta vie, un pays s'est soulevé contre toi...La Colombie...
Pad'R: Oui, alors que pour le même prix, ça passait "crème". En 2014, il y a eu au Mondial le match Jamaïque-Colombie. Je fais un dessin "la Colombie respire la confiance" et je dessine des joueurs qui reniflent ...la ligne blanche de touche. L'ambassadeur de Colombie diffuse le dessin dans son pays et soudain, plein de notifications m'arrivent, qui me traitent de "hijo de puta", puis arrivent des menaces de mort carrément, ce qui m'a ...fortement refroidi. J'ai pas rigolé, j'ai donc fait une annonce au "20 heures"...là-bas en Colombie, pour m'excuser ! J'étais devenu l'ennemi public ! On a fait nous-mêmes la vidéo, avec mon épouse. Elle tenait le texte comme un prompteur pendant que je le lisais devant la caméra. J'étais sous xanax tant j'ai eu peur à l'époque. C'est le choc des cultures, je pense, car ici, on a davantage d'autodérision.

Pourquoi t'es-tu installé à Nivelles?
Parce que ma femme vient de Ham-sur-Heure et moi de Woluwé-Saint-Lambert. On a coupé la "tarte al djote" en deux ! (rires) Je ne regrette pas, je veux mourir à Nivelles, j'adore ma ville ! Raoul Cauvin (NDLR: le mythique scénariste du journal de Spirou) habitait ici, il nous a quittés voilà 5 ans. On avait le même coiffeur ! Il était resté un grand enfant. Je lui ai présenté des dessins mais il était déjà en bout de course et ne voulait pas entamer de nouvelles séries.
Dernière question : Il parait que tu regrettes... ton pseudo !
Oui, car on me fait tout le temps "hé! Pad'R, tu manques pas d'air". Mais bon, Decubber c'est pas terrible comme nom de dessinateur, même si ça a été le nom d'un joueur de foot ! Donc "Pad'R", je l'ai créé en urgences un soir où je dessinais pour le site Frites.be. J'aurais dû trouver autre chose... Dubus par exemple ! Ah ben non c'est pris ! (rires).

- En librairie donc, "Pierre Carré -1. Coup d'éclat", une BD de Pad'R sur scénario de Kid Toussaint. Couleurs de Nicolas De Wolf. Editions Chronica.