Leonardo Gambluch (Taekwondo) : "Sarah Chaari est une exception"
Le coach principal de la Fédération francophone ne tarit pas d'éloges pour notre n°1 mondiale qui s'aligne à l'Euro, ce mercredi, à Munich.
- Publié le 13-05-2026 à 10h12
La Fédération internationale de taekwondo ne s'est pas trompée en élisant Sarah Chaari "Sportive féminine de l'année 2025", en février, à Fujairah. Que ce soit sur le plan sportif ou humain, la Carolorégienne, qui vient de fêter ses 21 ans (le 2 mai), rayonne dans ce sport traditionnel sud-coréen. Avec sa taille (1,91 m), elle ne passe jamais inaperçue. Son sérieux sur les tatamis et son sourire en dehors, tout comme sa simplicité, sont loués par tous ceux qui la côtoient. C'est le cas de Leonardo Gambluch, coach principal de la Fédération francophone, qui parle d'elle comme "un exemple".
Médaillée de bronze olympique en - 67 kg, à Paris, Sarah Chaari a été sacrée championne du monde en - 73 kg, l'an dernier, à Wuxi, devenant par la même occasion n°1 mondiale. Et c'est avec ce statut "privilégié" qu'elle se présente à l'Euro, ce mercredi, à Munich, alors qu'elle prépare sa session d'examens. Car, à côté du taekwondo, la jeune femme est étudiante en quatrième année de Médecine à ULB-Erasme. C'est dire si ses journées sont chargées en ce mois de mai. Mais elle gère la pression.
"Toute une génération de juniors a été sacrifiée avec le Covid."
"Tout le monde s'attend à ce qu'elle gagne mais, attention, tout est possible en taekwondo", lance Leonardo Gambluch, pour qui Sarah sera la seule représentante en Allemagne. "Nous préparons la relève mais elle est encore trop tendre pour un tel rendez-vous. En Belgique francophone, nous devons rattraper le temps perdu suite à la crise sanitaire du Covid-19. Toute une génération de juniors a été sacrifiée avec cette pandémie. Finalement, Sarah est une exception. Elle était encore cadette à l'époque. Et, puis, le talent et le travail lui ont permis de passer au travers de cette sinistre période."
Modèle d'abnégation, la Carolorégienne a gravi les échelons à toute vitesse avec, notamment, un doublé mondial inédit en 2022, quand elle fut sacrée à la fois chez les juniors et les seniors.
"À l'époque, c'était en - 62 kg. Puis, elle est passée en - 67 kg pour les Jeux de Paris et, désormais, elle combat en - 73 kg, une catégorie non-olympique. Pour les Jeux de Los Angeles, ce sera + 67 kg. C'est une évolution logique, naturelle, avec sa taille. Et, puis, Sarah s'est musclée. Avec sa puissance et sa vitesse, elle est aussi performante, tout en pouvant manger normalement. C'est bien pour son équilibre."

D'origine argentine, Leonardo Gambluch est arrivé en Belgique dès 2001, époque où il a suivi les formations Adeps et rencontré Éric Maréchal, actuel DT francophone, avec qui le courant est bien passé.
"Je suis reparti en Argentine pour entraîner et nous avons décroché le titre olympique en 2012, à Londres, avec Sebastian Crismanich, en - 80 kg. C'est en 2013 que j'ai intégré la Fédération francophone, où je suis en charge d'un projet transversal cadets-juniors-seniors. Il vise à détecter et à amener la qualité au plus haut niveau. Par exemple, en organisant plus de combats pour nos cadets avec l'objectif de les mettre en situation de compétition. J'ai la chance de pouvoir compter sur Mourad Laachraoui qui s'occupe des seniors et, notamment, de Sarah. Nous avons progressé au niveau des infrastructures puisque nous avons deux centres d'entraînement, l'ancien à Anderlecht et le nouveau à Auderghem, qui nous permet d'accueillir plus de monde."
Des stages personnalisés
Sarah Chaari profite d'ailleurs de cette coexistence qui lui permet de limiter ses déplacements entre salles de cours et d'entraînement. Comme dans d'autres sports, tels que la boxe ou le judo, notre fer de lance a besoin de "sparring-partners" mais plutôt que de partir à l'étranger ceux-ci viennent à elle.
"Nous organisons des stages à certains moments de la saison en invitant des équipes nationales comme le Chili ou l'Ukraine. L'Arabie saoudite aussi. Parfois, c'est encore plus ciblé pour Sarah avec l'Ivoirienne ou la Française qui figurent dans le top 10 mondial. La semaine dernière, nous avons travaillé sur certains détails."
On le voit, la Fédération francophone tourne surtout autour de la seule Sarah Chaari. Mais quid de la relève ?
"L'an dernier, nous avons décroché deux médailles aux championnats d'Europe juniors. C'est bon signe, même si la transition, à la fois sur le plan technique et tactique, nécessite encore du travail. Ceci dit, tout est possible, mais il est trop tôt pour dire si nous pourrons compter sur d'autres représentants aux JO 2028. Parfois, tout va très vite, souvent dans les catégories plus légères. Parfois, cela prend un peu de temps. On verra… D'autant que le 1er juin, tous les classements mondiaux et olympiques seront remis à zéro ! Et c'est là qu'il faudra commencer à compter en vue des Jeux de Los Angeles."
En attendant, place à l'Euro, ce mercredi, pour Sarah Chaari…