Ivan Leko trop critique dans sa communication ? "Ça dépend ce que vous avez envie de retenir de mon discours"
La situation sportive de son équipe éclaircie (ni relégation ni Europe), l'entraîneur du Standard doit désormais poser des actes en corrélation avec sa communication. Décryptage.

- Publié le 06-04-2024 à 05h00

Pourquoi Ivan Leko a-t-il descendu ses joueurs de la sorte, samedi dernier après la désintégration de son équipe en deuxième mi-temps à La Gantoise (5-1) ? La question a alimenté de nombreuses discussions ces derniers jours, d'autant plus que l'entraîneur croate leur avait déjà taillé un fameux costard après le partage au RWDM (2-2, le 3 février) et la défaite à Westerlo (2-1, le 16).
Interrogé ce vendredi sur la dureté de ses mots, il a presque semblé étonné : "Ça dépend ce que vous avez envie d'entendre et de retenir dans mon discours, a-t-il répondu. À Gand, j'ai aussi dit qu'on avait été très bon pendant 52 minutes. Peut-être le meilleur Standard en déplacement cette année. Après ça, j'ai émis des critiques sur la façon incroyable avec laquelle on a lâché et donné des cadeaux pour arriver à ce résultat dramatique. Certains diront que j'étais trop positif, d'autres trop négatif."
Je ne perds jamais le contrôle et reste conscient de ce que je dis.

Dans le contrôle permanent
Plus encore que les reproches émis, une phrase a interpellé : "Je ne suis pas surpris (NdlR : des erreurs individuelles et du manque de concentration) quand je vois la façon dont certains s'entraînent." Grands yeux. Ses mots auraient-ils dépassé ses pensées, samedi dernier ? "Je pense que c'est très difficile de voir quand je perds le contrôle. Je ne le perds d'ailleurs jamais et reste conscient de ce que je dis", a-t-il affirmé ce vendredi.
Pourtant, par une telle déclaration qui visait ouvertement ses joueurs, Ivan Leko s'est mis dans une position délicate. Elle peut susciter des questionnements sur sa méthode et son management après un bilan de 11 petits points sur 33. Car jusqu'à preuve du contraire, c'est lui l'entraîneur. Et donc lui qui est responsable de l'implication de ses joueurs au quotidien, tout autant que du choix de les aligner – ou non – en match.
Être honnête et critique par rapport à ce que je vois, c'est ma façon de communiquer. Et c'est comme ça qu'on s'améliore.
Sur ce dernier point, il a brandi une circonstance atténuante qui confirme que certains choix ont été opérés par défaut : "Dans un scénario idéal, on devrait effectivement écarter ceux qui n'ont pas la bonne attitude ou qui sous-performent. Mais vous savez comme moi qu'on est dans une situation difficile, surtout à certains postes, et qu'on doit garder un équilibre dans l'équipe. Si tu veux être un entraîneur absolument strict, alors tu n'as pas assez de joueurs…"

Froid vers l'extérieur, charmant et ouvert en interne
Dernièrement, Leko a pu nourrir l'image qu'il renvoie vers l'extérieur. Celle d'un entraîneur extrêmement exigeant, perfectionniste et charismatique, mais aussi très froid. "Non, c'est même un homme chaleureux et ouvert, nous dit-on en interne. Mais c'est vrai que, quand il a quelque chose à dire, il le dit. Sans détour parfois. C'est un grand passionné. Il vit pour le football et son équipe." Un caractère qui colle justement à l'ADN du Standard.
Si un tel discours n'est pas suivi d'actes forts, il perdra en crédibilité.
"Je n'aime pas prendre les gens pour des imbéciles, a ajouté Leko, dont le débriefing collectif début de semaine fut assez positif. Tout le monde a des yeux et voit ce qui se passe… Si je raconte des histoires, on va me prendre pour un aveugle ou un fou. Être honnête et critique par rapport à ce que je vois, c'est ma façon de communiquer. Et c'est comme ça qu'on s'améliore."

Les jeunes auront leur chance
Réflexion faite, on peut se demander si le discours entendu à Gand n'était pas anticipé. Une manière de préparer le terrain et de justifier un changement radical de stratégie pour la suite des playoffs.
Après avoir aligné sa meilleure équipe possible – sur papier –, à la Planet Group Arena (ex-Ghelamco), le technicien devrait trancher, dès ce samedi. Car si une telle allocution n'est pas suivie d'actes forts, son auteur perdra en crédibilité. "Certains joueurs auront leur chance dans les prochaines semaines", a certifié Leko.
Sahabo et Canak seront vraisemblablement titulaires face à OHL – pour rappel à huis clos. Hautekiet se tient prêt aussi. "Je leur ai dit que la porte était ouverte mais que c'était à eux de saisir leur moment et de prouver à l'entraînement qu'ils méritent leur place. Ces playoffs sont une bonne opportunité de se montrer."
Pour récolter plus de louanges que de critiques. Et surtout planter quelques bases pour la saison 2024-2025.