Survol de Bruxelles : trois bourgmestres dénoncent la "route Crucke", "c'est un choix politique, non d'une contrainte technique "
Les bourgmestres de Schaerbeek, Molenbeek et Koekelberg ont écrit au ministre fédéral de la Mobilité pour dénoncer une "situation inacceptable."

- Publié le 09-02-2026 à 07h27

L'usage intensif, ces dernières semaines, de la route aérienne RNP 07 provoque un vif mécontentement au sein de la population survolée.
En juillet, l'aéroport de Bruxelles-National a modifié la procédure d'atterrissage pour cette piste afin de se conformer aux réglementations européennes sur "l'approche de précision". L'atterrissage se déroule désormais de manière rectiligne, et non plus courbe. Cette petite variation a des grands effets : les avions qui passaient auparavant par Grand-Bigard, Lennik, puis Jette, Laeken, avec un virage final au-dessus de Haren, atterrissent désormais en passant par Lennik, Dilbeek, Molenbeek, Koekelberg, Schaerbeek, Evere et Haren. Ces dernières semaines, en raison d'un fort vent d'est, ces zones densément peuplées de la capitale ont été fortement survolées.
Les bourgmestres de Schaerbeek, Molenbeek et Koekelberg, interpellés par leur population, veulent agir. Ils ont rencontré mercredi dernier des représentants du cabinet du ministre fédéral de la Mobilité, Jean-Luc Crucke, en vue de l'alerter de ce que subissent "les 450 000 Bruxellois" survolés par cette "autoroute aérienne" qu'ils surnomment "la route Crucke".
Un dialogue de sourds
La réunion n'a pas tourné dans le sens escompté par les trois bourgmestres, qui en sont ressortis avec une information nouvelle. "Nous avons été informés que les trajectoires rectilignes RNP 07 seront maintenues jusqu'à la fin du mois d'octobre", ont-ils assuré.
Dans un communiqué commun, Audrey Henry (MR), Amet Ganaj (PS) et Olivia P'tito (PS) ont dénoncé la position d'un ministre qui s'abriterait derrière les impératifs techniques de Skeyes — le contrôleur aérien — pour, disent-ils, "minimiser sa propre responsabilité politique".
Contacté par La Libre, le cabinet Crucke assure avoir "pleinement conscience des nuisances pour la population" et affirme avoir commandé une analyse sur l'ensemble des routes possibles. Le ministre rappelle toutefois que "toute modification structurelle demande du temps" et que l'usage de la route RNP 07 reste dicté par des vents d'est dominants et des impositions européennes d'approche par satellite (PBN).
Choix purement technique ou décision politique ?
Un argument que balayent les bourgmestres : selon eux, l'ancien tracé comportait un "angle spécifique" pour contourner les zones denses. Cela n'est plus le cas avec le plan de survol actuel.
Supprimer cet angle au profit d'une trajectoire rectiligne "relève d'un choix politique, et non d'une contrainte technique ", insistent-ils, citant les exemples de Nantes ou Nice où des tracés courbes subsistent.

"La procédure VOR (NdlR : l'atterrissage en imprimant une courbe) était obsolète. La Belgique a dû adopter la procédure RNP (NdlR : atterrissage rectiligne), car elle était en infraction depuis plus d'un an par rapport aux règlements européens. Quant aux cas de Nice et Nantes, on parle ici de procédures spéciales prévues pour des aéroports situés au bord de la mer et soumis à des vents violents. D'ailleurs, la plupart des pilotes ne sont pas formés pour suivre ces procédures", pointe Philippe Touwaide, médiateur fédéral aéronautique, qui précise toutefois qu'"a priori, la piste RNP 07 ne sera pas activée ces deux prochaines semaines car il y aura moins de vent."
Les bourgmestres assurent ne pas contester les analyses du cabinet Crucke, en termes de sécurité aérienne. Mais ils dénoncent une méthode, jugée brutale. "Le changement a été imposé sans concertation, sans information des autorités locales et sans étude d'impact", fustige encore la bourgmestre de Schaerbeek. "Du jour au lendemain, des quartiers entiers se retrouvent survolés en continu. La colère des habitants est légitime, je la partage."

Son homologue molenbeekois, Ahmed Gjanaj (PS), appuie : "La réalité, c'est un avion toutes les quatre minutes. C'est tout simplement inadmissible !"
Le spectre du plan Wathelet
Dans un courrier adressé vendredi au ministre, que La Libre a pu consulter, ce front de bourgmestres bruxellois exige trois mesures : l'interdiction effective des vols de nuit (23 heures-7 heures), le déroutement du cargo lourd et la priorité aux trajectoires évitant la Région bruxelloise.
En persistant, écrivent-ils, Jean-Luc Crucke "ouvrirait à nouveau une boîte de Pandore" dont la classe politique connaît les conséquences, dans une allusion au plan Wathelet qui, en 2014, avait enflammé le débat politique bruxellois.
La pression citoyenne
Car sur le terrain, la pression populaire s'accentue.
Fin janvier, dans une tribune signée par 4 000 riverains, les auteurs assuraient que, durant la nuit du 29 au 30 janvier 2026, les 450 000 habitants des zones concernées n'auraient bénéficié que de trois heures et demie de répit sans survol…
Le dossier est explosif. Depuis plus de 10 ans, aucun ministre en charge n'est parvenu à tout à fait l'apaiser…