"Soit tu t'arrêtes, soit tu avances" : ce qui se passe dans la tête d'un ultra-traileur pendant l'UTMB
Avant son 5e UTMB, Guillaume Deneffe nous raconte ce que les images de l'ultra le plus courtisé au monde ne montrent pas.

- Publié le 28-08-2026 à 14h13

Ce vendredi, Guillaume Deneffe sera au départ de l'UTMB pour la cinquième fois. À 42 ans, le Liégeois s'est imposé comme l'une des références belges de l'ultra-trail, avec trois top 20 lors de ses quatre précédentes participations, dont une 15e place dès sa première tentative en 2022.
Mais que se passe-t-il réellement dans la tête d'un coureur lorsqu'il s'élance pour 174 kilomètres et 10 000 mètres de dénivelé positif autour du Mont-Blanc ? Derrière les images spectaculaires de Chamonix, les milliers de supporters et les passages de cols, il existe une autre course, beaucoup plus intime. Celle que Guillaume Deneffe raconte de l'intérieur.
Le bruit des premières heures
À Chamonix, ils sont des milliers chaque année à se presser pour assister au départ. Dans chaque village traversé durant les premières heures de course, les mêmes scènes. Des fans zones, des supporters déchaînés et une ambiance digne d'un stade de foot. Loin de ce que beaucoup d'ultra-traileurs viennent chercher en s'alignant sur l'UTMB.
"Jusqu'à Notre-Dame-de-la-Gorge, au 35e km, le bruit est incessant, ça n'arrête pas. Il faut réussir à garder la tête froide parce que c'est une fête qui se succède tous les 200 mètres. Il faut essayer de rester dans sa bulle, mais il faut profiter de ça aussi parce que ça fait partie de la course et que ça peut être un avantage de s'en nourrir. Et puis, 100 mètres après Notre-Dame-de-la-Gorge, ça ne rigole plus. L'ambiance change complètement. Là, tu dis : j'ai bien profité de la foule, c'était une course de kermesse. Maintenant, le vrai UTMB démarre."
"Le vrai UTMB démarre après Notre-Dame-de-la-Gorge."
Seul face à la nuit
Avec un départ à 17 h 45, les participants sont rapidement confrontés à la nuit. Une seule pour les meilleurs. Deux pour une bonne partie des amateurs. "La majorité de la course, c'est ça : être seul face à soi-même. Mais la nuit, c'est quelque chose que j'adore. En pleine montagne, seul, j'en profite à fond parce que finalement, c'est ça que je viens chercher. Dans le premier col, j'aime bien me retourner. Tu vois cette longue guirlande lumineuse derrière toi. Ce genre de moments me fait prendre conscience que, ce jour-là, c'est une fois sur l'année et que je suis là pour sortir tout ce que j'ai à donner."
Le mental plus fort que le physique
Un ultra sans souffrir, cela n'existe pas. Même pour les meilleurs, qui viennent aussi se confronter à leurs limites. "On vit dans une société avec un certain confort. Dès qu'on a mal quelque part, il y a une solution. Et là, il n'y en a pas. Enfin, il y a deux solutions : soit tu continues à avancer, soit tu t'arrêtes. À un moment donné, on ne cache plus rien. Tu vas chercher au plus profond de toi-même. Des sensations qu'on n'a plus l'occasion de ressentir le reste de l'année."
Et d'ajouter : "Sur un UTMB, ton corps te dit qu'il souffre. Mais le plus souvent, tu ne peux faire que ranger cette info dans un coin de ta tête et tenter de continuer à avancer. C'est ça, la beauté de l'ultra : même quelqu'un de beaucoup plus fort que toi, ce n'est pas sûr qu'il terminera devant toi."
"Il n'y a pas vraiment de solution : soit tu continues à avancer, soit tu t'arrêtes."
Un ultra découpé en 100 mètres
"Je ne pense jamais à la ligne d'arrivée avant de l'avoir franchie. Ça ne m'a jamais aidé de me dire : j'ai fait 100 kilomètres et il ne m'en reste que 70. Je préfère me dire : il reste dix kilomètres avant d'arriver à tel endroit. Et j'essaie de profiter de ces dix prochains kilomètres. Sur la fin, je découpe même la course en petits bouts de 100 mètres. Ça fait beaucoup de micro-objectifs, mais c'est comme ça que tu peux aussi faire la différence."
La difficulté au-delà de l'arrivée
La ligne d'arrivée franchie est une libération. Pour le corps aussi qui peut enfin se lâcher. "Mais c'est parfois le plus difficile, dit encore Guillaume Deneffe. Toi, tu sors de 24 heures en montagne et tu retrouves la civilisation et toutes les sollicitations de ceux qui t'ont suivi. C'est un choc. Qui plus est, il y a cette espèce de relâchement qui fait que tous les petits problèmes que tu avais mis de côté durant des heures remontent d'un coup à la surface. Tu peux te sentir même un peu mal juste après l'arrivée. Sans oublier que tu comprends vite que la fête est finie. Ce pour quoi tu t'es préparé pendant des mois est derrière toi. En fait, ce sont les moments les plus difficiles de la course…."