Nature et Forêts : "Il n'est pas question de démanteler le DNF", affirme la ministre Anne-Catherine Dalcq
À la veille de la Foire de Libramont, où les agents forestiers comptent se mobiliser, Anne-Catherine Dalcq veut être très claire sur ce qu'elle a décidé, dans la foulée d'une certaine note explosive concernant le DNF.

- Publié le 23-07-2026 à 06h52
- Mis à jour le 23-07-2026 à 06h53

Il y a un mois, la fuite d'un document signé par le directeur général d'une des plus grosses administrations wallonnes mettait le feu aux poudres.
Cette note intitulée "Mue organisationnelle du SPW ARNE" (Agriculture, Ressources naturelles et Environnement) propose de démanteler une de ses branches majeures : le Département de la Nature et des Forêts (DNF).
Dans son plan, le directeur général présente en effet la "scission assumée des missions du DNF", ne laissant aux agents forestiers que la compétence "Forêts", le reste étant renvoyé vers d'autres départements.
Stupeur et colère sur le terrain : cette scission signerait l'arrêt de mort de "la dernière administration de proximité". Le service disparaîtrait par "dispersion des compétences". Le DNF lui-même se fend d'une longue analyse critique, listant les multiples impacts et les incohérences d'une telle réforme.
Les agents forestiers prévoient d'ailleurs de se mobiliser ce vendredi 24 juillet, lors de l'inauguration de la Foire de Libramont. La ministre en charge du dossier Anne-Catherine Dalcq (MR) veut les rassurer : "Il n'est pas question de démantèlement".
Proximité : pas touche
Elle confirme que la scission du DNF figure dans le document "Mue" émanant du boss de l'administration. "Mais c'est une note de travail. C'est le rôle du directeur général de mener une réflexion sur ses services". Cette réflexion s'inscrit d'ailleurs dans le cadre de la réforme globale de l'administration wallonne et de la nouvelle approche "top managers".
Ce n'était pas clair et ça a généré un stress inutile. Mais il y a cette note. Et puis, il y a ce que, moi, j'ai validé
"Je regrette la communication faite par le directeur général du SPW ARNE. Ce n'était pas clair et ça a généré un stress inutile. Mais il y a cette note. Et puis, il y a ce que, moi, j'ai validé", poursuit la ministre MR.
"Il n'y a pas démantèlement. Rien ne changera pour les agents de terrain. Dans les cantonnements, les triages, on ne touche à rien", insiste Anne-Catherine Dalcq.
Le seul mouvement qu'elle cautionne à ce stade, c'est le département Nature qui se retrouvera dans une direction transversale. "Parce qu'il y a de la nature à tous les niveaux et que ça doit être une direction qui parle à toutes les autres, explique la ministre wallonne. Mais dans les services extérieurs, pour les agents de proximité, la Nature reste avec les Forêts. On ne scinde pas leurs compétences. Ils restent multifonctionnels (NDLR : Nature, Forêts, Chasse, Pêche, Police…) C'est ce que j'ai décidé."
Budget, équipement…
"Ça a toujours été ma vision : sur le terrain, il faut garder une vision systémique, transversale. Les agents doivent rester multifonctionnels", répète-t-elle.

La ministre dit comprendre les réactions des agents : "Je me mets à leur place : ils encaissent ce stress alors qu'il y a déjà des problèmes d'effectifs".
Le DNF manque en effet de moyens et de personnel, on l'a évoqué régulièrement ces derniers mois. Notamment au travers du procès gagné par la Fédération des agents forestiers contre la Région qui n'a pas respecté l'obligation de renouveler la masse d'habillement. "Les budgets ont été débloqués", rappelle la ministre. Une partie du "chaussant" a été réceptionnée : tout est là pour les bottes d'été, il manque encore une partie des bottes d'hiver. Pour les uniformes, le marché est en cours. Idem pour les armes.
J'hérite d'une administration aux moyens affaiblis par Écolo et ils font ce genre de sortie…
"Au cours de ces 6 dernières années, si les effectifs ont augmenté de 10 % au SPW ARNE, ils ont diminué de 1 % au DNF. Je précise qu'on était sous la tutelle d'une ministre Écolo (NDLR : Céline Tellier, jusqu'en juin 2024)".
Une pique qu'Anne-Catherine Dalcq ne lâche pas au hasard : Écolo vient en effet de lancer une pétition en ligne intitulée "Sauvons nos gardes forestiers et nos forêts : non au démantèlement du DNF !" (déjà près de 8 000 signatures), taclant au passage le gouvernement MR-LE et s'inquiétant d'un affaiblissement des services chargés entre autres de prévenir les feux de forêt.
Passablement outrée, la ministre libérale réagit : "J'hérite d'une administration aux moyens affaiblis par Écolo et ils font ce genre de sortie… Quant à la surveillance des feux de forêt, c'est bien en place. Les agents font les rondes et assurent la surveillance, en travaillant avec les zones de secours. Je connais leur engagement".

En parlant d'engagement, les recrutements, c'est pour quand ? Ça se décide en septembre, répond la ministre.
En attendant, elle compte bien rencontrer les agents du DNF à Libramont. D'autant que la Foire se prolonge cette année par l'événement Démo-Forest, totalement de circonstance. "Ce sera l'occasion d'échanger avec eux et de retrouver un peu de sérénité."
Ce qu'il faut (néanmoins) faire évoluer
On ne scinde donc pas les missions des agents forestiers. "Mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas faire évoluer les choses", souligne la ministre Dalcq.
Si le terrain doit conserver "son autonomie opérationnelle", certaines procédures peuvent ainsi être "améliorées et harmonisées".
"C'est ce que relève notamment le médiateur. Un exemple : la manière dont on rédige un procès-verbal n'est pas toujours identique d'un endroit à l'autre. Or la procédure doit être la même sur tout le territoire wallon. Même chose pour les avis remis pour un permis. Ils sont parfois incomplets. Ce n'est pas anodin, parce qu'on prend des décisions sur cette base. On a déjà annoncé des formations. Il y a des améliorations à apporter tant sur le fond qu'en termes de délais." Bref, une série de missions peuvent être affinées. "Et ça se fera en concertation avec le DNF", tient-elle à ajouter.
Quatre projets pour les agriculteurs
La ministre sera sur tous les fronts à la Foire de Libramont, avec quelques annonces à faire.
1. Le pouls des gens
On connaît l'organisation Agricall, qui s'est spécialisée dans l'accompagnement et le bien-être des agriculteurs. "Ils reçoivent de plus en plus d'appels", rapporte Anne-Catherine Dalcq. La ministre annonce une enquête AgriPuls (lancement ce 24 juillet) : "Ça dure 5 à 10 minutes. Il s'agit de prendre le pouls de ces professionnels de l'agriculture, pour connaître mieux l'état de leur santé mentale et essayer de quantifier cette réalité. Ce sondage sera suivi d'entretiens, pour mieux connaître les causes du mal-être. "

2. Le foncier, le statut
La réforme du bail à ferme et le statut d'agriculteur actif avancent bien, selon la ministre, qui vise une entrée en vigueur dès 2027. "L'objectif pour le bail à ferme, c'est de le rendre plus attractif. Quant au statut d'agriculteur actif, les critères prévoient notamment d'exclure les sociétés de gestion".
En ce qui concerne les agriculteurs pensionnés ou âgés de plus de 72 ans, ils ne pourront conserver leurs aides PAC que s'ils sont associés avec un partenaire non pensionné. Ça concerne environ 1 000 éleveurs sur 12 000. "J'ai proposé aux institutions européennes une période de transition de 5 ans. Si un repreneur arrive entre-temps, les aides sont maintenues. Mais couper les aides d'un coup entraînerait la fermeture de certaines exploitations. Ce qu'on vise, c'est un maximum de reprises. Et toujours des fermes à taille humaine. On ne veut pas de mégastructures."
3. Enquête 55 ans et + : favoriser la reprise
Dans le même objectif de reprises, une autre enquête sera lancée au dernier trimestre de cette année auprès des agriculteurs de plus de 55 ans, pour vérifier si un repreneur se profile ou pas. Si ce n'est pas le cas, il s'agit de déterminer ce qui permettrait une reprise. "On a déjà des pistes. L'enquête permettra de les compléter. "

Par ailleurs, "on va travailler avec les 5 syndicats pour être disponibles pour tous les agriculteurs cédants, mais aussi pour les jeunes entrepreneurs qui ne sont pas forcément dans le milieu agricole. Il y a déjà deux plateformes de "match" entre cédants et candidats repreneurs. On va les rapprocher."
4. MyAgri : tout au même endroit
Après MyMinfin, Mypension ou MaSanté, voici MyAgri : un guichet unique qui rassemblera, dès 2027 (pour une première mouture) toutes les obligations administratives en un seul endroit. "Une plateforme pilote sera testée par une vingtaine d'agriculteurs dans les prochains mois. En 2027, ce sera accessible à tous. "