Des travailleurs exploités sans vergogne et payés... 2,61 euros de l'heure par un restaurateur waterlootois
Les faits reprochés sont à peine croyables... On apprend ce lundi 1er avril 2025 que 17 préventions ont été retenues à charge d'un restaurateur chinois de Waterloo qui recourait à des demandeurs d'asile ou des personnes en situation irrégulière, exploités sans vergogne et discriminés.
- Publié le 02-04-2025 à 11h37
- Mis à jour le 02-04-2025 à 11h42

Retour un peu moins de 4 ans en arrière: nous sommes le 5 juillet 2021, vers 21 h 30, deux policiers de Waterloo (province du Brabant wallon) en civil découvrent, recroquevillé sur le trottoir, un ressortissant africain dont le visage, l'épaule et l'avant-bras sont en sang. C'est le début d'une affaire qui va découler sur une enquête visant un restaurateur waterlootois. Les faits qui lui sont reprochés donnent froid dans le dos. 17 préventions ont été retenues par l'auditorat du travail à charge du prévenu, qui n'a pas jugé bon de se présenter au tribunal malgré la gravité des accusations. Une peine ferme de deux ans de prison a été requise.
Il apparaîtra ultérieurement qu'il était en train de nettoyer, 90 minutes avant, une bouche d'évacuation du restaurant en utilisant de la soude caustique et de l'eau chaude, un mélange qui a provoqué un jet dans l'œil de l'intéressé, lequel a dû subir une greffe dont il souffre toujours.
L'enquête a permis d'établir que l'exploitant de ce restaurant téléphonait périodiquement à des personnes vulnérables, car en séjour irrégulier ou hébergées dans un centre Fedasil, leur promettant le logement et un salaire convenable, en tout cas bien supérieur à ce qu'ils pouvaient espérer en mendiant dans les rues.
En réalité, ainsi qu'il vient d'être développé en correctionnelle par Celia Dierick, l'avocate de deux ressortissants africains, ils devaient parfois prester de 11 à 23 heures avec des pauses réduites, ainsi que le relevèrent des agents de l'ONSS. Ils étaient rétribués à raison de 816 euros par mois, ce qui représente un salaire horaire de… 2,61 euros.
Logés dans un cave sans fenêtre ni aération, sans eau chaude et sans machine à laver
Ils étaient ensuite ramenés par leur employeur dans son habitation de Lillois. Ils étaient logés dans un cave sans fenêtre ni aération, sans eau chaude et sans machine à laver, alors que les autres employés, chinois, disposaient d'une chambre à l'étage.
Voilà qui, associé à une prévention de traite des êtres humains, s'appelle de la discrimination, d'autant que ces serveurs chinois prenaient un malin plaisir, pendant les heures de service, à rigoler entre eux de leurs collègues qualifiés tantôt de "noirs", tantôt de "sapi" ou "kessapi", qui correspondent à nos surnoms affectueux de "con" ou "âne".
Bref, un total de 17 préventions a été retenu par l'auditorat du travail à charge de ce restaurateur, qui n'a pas estimé utile de se présenter au tribunal. Une peine ferme de deux ans de prison a été requise à l'égard de l'intéressé, ainsi qu'une amende de 32 000 euros pour sa société.
L'avocate a plaidé la désignation d'un expert qui serait chargé d'apporter une évaluation du dommage corporel. Jugement le 6 mai.
