Baisse du nombre de permis de construire en Wallonie : risque-t-on une crise du logement ?
Tiré vers les bas par les permis de construire pour les maisons, le nombre de permis de logement accordés est le plus bas de ces 10 dernières années en Wallonie. Le secteur de l'immobilier au sud de la Belgique se dirige-t-il vers une crise du logement ? Explications et analyse.


- Publié le 04-04-2025 à 16h07
- Mis à jour le 04-04-2025 à 17h28

Avec 10056 permis de construire pour des logements accordés en 2024, le secteur du logement en Wallonie n'a pas été à la fête l'année écoulée. C'est le chiffre le plus bas enregistré lors de ces 10 dernières années. Après le chiffre record de 13044 permis accordés en 2021, la construction de maisons est en baisse, entraînant avec elle le nombre global de permis. "Le Belge a-t-il encore une brique dans le ventre?", s'interroge François Honoré, expert en immobilier. Cet article est le premier d'un dossier que vous retrouverez tout le week-end sur notre site et dans nos journaux.
Embuild, anciennement "La Confédération Construction", a fait ses comptes : "il faut 9 000 logements chaque année en Wallonie pour éviter une crise du logement", précise Salim Chamcham, manager Économie, Numérique & Innovation chez Embuild. Le nombre de permis de logements de ces 10 dernières années étant d'un peu plus de 11 000, le Wallon peut-il donc toujours trouver un toit où dormir dans les prochaines années ? Salim Chamcham nuance : "Dans ce nombre, il y a les secondes résidences, les kots…" Et des projets qui ne se feront pas. Bref, il n'y a pas vraiment de marge de sécurité, ou à peine. La baisse qui semble se dessiner pourrait entraîner une crispation du marché immobilier et à terme une hausse des prix.
En passant de 3 589 744 habitants en 2015 à 3 692 283 en 2024, la population de la Wallonie a augmenté de 2,86 %, tandis que le nombre de ménages privés a augmenté de plus de 5 % pour la même période (de 1.548.312 à 1.632.884). Et c'est sur ce dernier point qu'insiste le représentant d'Embuild : "Le nombre de ménages augmente et leur taille diminue. On s'attend à une évolution vers des logements de plus petite taille et avec de meilleures performances énergétiques". François Honoré, fondateur et CEO de la société Geo Consulting qui est active dans le conseil du développement territorial, indique que "le secteur immobilier est en pleine mutation". "Va-t-on vers une crise du logement ? Je ne peux pas l'affirmer mais je peux vous dire que la demande aujourd'hui est différente." François Honoré évoque une "génération Spotify et une époque où l'on passe d'une économie de la propriété à une économie d'usage." En d'autres mots, la nouvelle génération pourrait préférer être locataire que propriétaire, ce qui a un impact sur la demande d'appartements.
Autre élément à prendre en compte : le schéma de développement du territoire de la Wallonie qui impose de réduire le rythme d'artificialisation des sols de moitié d'ici 2030 et de tendre vers zéro d'ici 2050. "On va aller vers une densification. Cela va renforcer et étendre les noyaux d'habitat", analyse Salim Chamcham.
À Cannes, en cette fin mars, au Mipim, François Desquesnes (Les Engagés), le ministre wallon de l'Aménagement du territoire, insistait d'ailleurs : "L'urbanisation a atteint ses limites. Tout promoteur avisé aura vite compris qu'il sera rapidement plus intéressant de réinvestir les espaces déjà artificialisés plutôt que d'orienter ses développements sur des terrains 'greenfield'. Réinvestir dans les villes et réinvestir les sites déjà urbanisés, voilà la priorité pour les années à venir."
En 2024, dans le cadre du schéma de développement du territoire, la Wallonie a établi les centralités pour les communes wallonnes. "Ces centralités vont accueillir 75 % des futurs développements immobiliers, contextualise François Honoré. Maintenant, si elles le souhaitent, elles ont 6 ans pour redélimiter ces centralités, via leur schéma de développement communal. C'est un vrai enjeu car il ne doit être ni trop grand, ni trop petit." Un levier pour leur développement.
