Calvitie, poils et testostérone : les hommes chauves sont-ils vraiment plus virils ?
La calvitie est-elle vraiment le signe d'un taux élevé de testostérone et d'une virilité débordante ? Le Dr Emmanuel Beck, endocrinologue au Groupe santé CHC à Liège, décrypte le rôle des hormones, de la génétique et du follicule pileux dans la perte de cheveux.

- Publié le 05-09-2026 à 18h01

Question de Fabienne : Ma belle-sœur dit que la calvitie d'un homme est synonyme de virilité et qu'elle est liée à la testostérone. Info ou intox ?
"Il est viril, bourré de testostérone, c'est pour ça qu'il est poilu. Il perd ses cheveux parce qu'il a trop de testostérone…" Ce sont des phrases qui circulent, mais au fond, la testostérone fait-elle tomber les cheveux ?
Comment la testostérone influence-t-elle la chute de cheveux ?
Le Dr Emmanuel Beck, chef du service d'endocrinologie au CHC (Clinique MontLégia, à Liège) répond : "Dans le métabolisme de la testostérone chez l'homme, il y a une enzyme appelée 5-alpha-réductase qui transforme la testostérone en dihydrotestostérone. Et il y a une grande hétérogénéité de l'action de l'enzyme, d'un individu à l'autre."
Cela signifie que chez ces personnes, l'enzyme agit très fort : ils convertissent beaucoup de testostérone en dihydrotestostérone, tandis que d'autres le font beaucoup moins..
"Plus les taux de dihydrotestostérone sont hauts, plus on a tendance à être poilu et à être chauve", constate le Dr Beck. Avec un taux de testostérone de base similaire, on peut avoir une activité de l'enzyme qui est différente.
En quoi cela affecte-t-il le cheveu ?
La dihydrotestostérone agit sur le follicule pileux, au niveau de la racine du cheveu. "Elle va entraîner progressivement une forme de miniaturisation du cheveu. Il devient alors de plus en plus fin et court, jusqu'à ne plus repousser."
"C'est la réponse du follicule qui compte, plus que l'hormone en soi", précise l'endocrinologue.
Le Dr Beck ajoute que chez la femme, la perte des cheveux peut aussi être liée à un problème hormonal, notamment dans le cadre du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), associé à une pilosité plus abondante, qu'il décrit : "Un duvet au niveau de la moustache, quelques poils au menton, autour des seins, parfois une petite ligne de poils entre le pubis et le nombril".
"Mais chez les femmes, la cause numéro 1 d'alopécie (perte de cheveux) est la pelade, une maladie auto-immune, souvent aussi liée au stress."
Hérédité et génétique : pourquoi la calvitie touche-t-elle certaines familles ?
La dihydrotestostérone n'est pas seul facteur expliquant la calvitie, selon le Dr Beck. "On utilise parfois des inhibiteurs de la 5-alpha-réductase, mais leur effet sur la calvitie n'est pas toujours au rendez-vous, car d'autres paramètres entrent en jeu."
Quels facteurs ? "Tout d'abord, l'hérédité : souvent, on voit le que les hommes ont la même calvitie de génération en génération", explique le médecin.
Ensuite, le Dr Beck pointe la sensibilité du follicule pileux aux androgènes, les hormones mâles. "Par exemple, dans le bassin méditerranéen, en raison de facteurs génétiques et polygéniques, la racine du poil est plus sensible aux hormones mâles."
Cela signifie qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des taux d'hormones mâles élevés pour avoir une pilosité plus importante : "Pour le même taux d'hormones, le poil pousse plus vite et plus fort", précise le médecin.
Et par ailleurs, dans le bassin méditerranéen, le poil est plus épais et plus foncé que dans le nord de l'Europe.
Calvitie : pourquoi conserve-t-on une couronne de cheveux ?
La sensibilité du cheveu à la dihydrotestostérone n'est pas la même selon l'endroit où il est implanté, au niveau du crâne, ce qui explique, d'après le Dr Beck, que la couronne de cheveux subsiste alors que le dessus du crâne est entièrement dégarni.
La sensibilité du cheveu à la dihydrotestostérone dépend avant tout de sa zone d'implantation sur le crâne.
"De même, si les hommes plus âgés n'ont plus de poils sur les jambes, cela ne signifie pas forcément qu'ils ont fait leur andropause (la baisse liée à l'âge des hormones mâles) et qu'ils ont des taux de testostérone effondrés. C'est juste lié au vieillissement du follicule pileux : puisque le poil est plus vieux, il pousse moins bien."
