Qu'est-ce que l'achromatopsie, ce "daltonisme total" qui prive de couleurs ?

Bien plus sévère que le daltonisme classique, l'achromatopsie prive totalement l'œil de la perception des couleurs et fait voir le monde en nuances de gris. Le point avec la Dr Guagnini, des Cliniques Saint-Luc.

 Un mois durant, Julien Coquel a sillonné un territoire halluciné en noir et blanc.
La personne souffrant d'achromatopsie voit le monde en gris, comme cette photo de Julien Coquel.

Question de Simon : Dans votre article sur les critères d' d'exemption pour le service militaire, vous mentionnez l'achromatopsie. De quoi s'agit-il ?

Selon la Dr Ann-Pascale Guagnini, ophtalmologue aux cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles, l'achromatopsie est une affection d'ordre congénital. "Cette maladie génétique rare est associée à une mutation génétique. Elle est donc présente dès la naissance".

La prévalence mondiale est estimée entre 1/30 000 et 1/50 000 individus. Plusieurs gènes différents sont associés à l'achromatopsie.

-
Schéma de l'œil humain ©Adobe Stock

En quoi cela consiste-t-il ? C'est un dysfonctionnement de certaines parties de l'œil. "Le problème se situe plus spécifiquement au niveau de la rétine. Les cônes, ces cellules rétiniennes qui permettent la vision des détails mais également celle des couleurs sont dysfonctionnels en raison de cette mutation."

Tournesols sur fond vert, pour signaler un handicap invisible

Pas de couleurs pour les personnes achromatopsiques

"Ce dysfonctionnement des cônes provoque une vision basse, souvent limitée à 1/10 ou 2/10, et également l'absence totale de vision des couleurs", précise la Dr Guagnini.

Alors que les daltoniens ne peuvent pas distinguer certains types de couleurs, on parle parfois d'achromatopsie en termes de "daltonisme total", car la vision des personnes qui en sont atteintes est déclinée en nuances de gris.

Très rarement, l'achromatopsie peut être acquise, c'est-à-dire apparaître au cours de la vie, par exemple lors d'un accident vasculaire cérébral (AVC). Dans ce cas, le problème ne se situe pas au niveau de l'œil lui-même mais bien au niveau de l'aire cérébrale abîmée qui a pour fonction la traduction des informations envoyées par les cônes rétiniens.

La prise en charge est uniquement symptomatique et inclut un suivi ophtalmologique régulier. La photophobie (forte sensibilité à la lumière) peut être réduite, et la sensibilité aux contrastes peut être améliorée par le port de verres ou de lentilles de contact filtrants (teintés en rouge ou en marron). La lecture peut être facilitée par des aides visuelles, telles que des loupes à fort grossissement.

Nos lecteurs ont lu ensuite

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...