Est-ce que le fait de chanter peut faire diminuer le stress… Et même si on chante faux ?
Ah vous stressez ? Et bien chantez, maintenant, étudiants belges : des études montrent les bienfaits du chant sur différentes hormones. Explications du neuroscientifique Alain Collinet, qui a beaucoup travaillé sur le rôle de la musique sur la douleur, en collaboration avec le CHU de Liège.

- Publié le 23-05-2026 à 18h00
- Mis à jour le 28-05-2026 à 14h52

En cette période de blocus pour les étudiants, le stress est souvent important. Pour faire baisser la tension, certains font du sport, lisent un bouquin… ou chantent. Car oui, instinctivement, on a l'impression que chanter fait du bien.
Les études le prouvent, selon Alain Collinet, musicothérapeute et neuroscientifique. "En 2017, l'étude de Schladt et al. (2017), publiée dans Frontiers in Human Neuroscience, a comparé le chant choral et le chant solo, sur les mêmes chanteurs. Sur la partie du chant solo, les participants ont déclaré que le bonheur augmente, et que l'inquiétude et la tristesse diminuent."
L'analyse de la salive des participants confirmait une diminution du taux de cortisol, l'hormone du stress. "Cela signifie que tous les organes internes sont moins tendus."
Rapide ? Pour l'écoute musicale, une vingtaine de secondes suffit
L'étude de Schladt ne parle pas du temps qu'il faut pour réduire le stress, mais Alain Collinet a de l'expérience dans le domaine de l'écoute musicale.
"Les études sur l'écoute musicales montrent qu'après une vingtaine de secondes seulement, le corps s'adapte : il y a une sorte de parallélisme entre les paramètres de la musique et les bio-paramètres du corps qui s'installe, avec une adaptation du rythme de la respiration et du rythme cardiaque. "
Chanter en groupe : de l'ocytocine en prime
Si la première étude établit que le stress diminue à la fois si on chante seul ou en groupe, une étude de Good & Russo en 2022, parue dans Psychology of Music met en évidence un apport supplémentaire lié au chant en groupe.
Alain Collinet explique : "L'étude montre que le chant en groupe et le chant individuel entraînent tous deux une baisse du cortisol, mais que seul le chant en groupe entraîne une augmentation de l'ocytocine, qui est l'hormone de l'empathie." Par ailleurs, c'est l'ocytocine qui corrélait le mieux avec l'amélioration de l'humeur.
Pourquoi le stress diminue-t-il ?
La baisse du cortisol est-elle due au contrôle de la respiration ? Le musicologue répond : "Le chant impose naturellement une expiration lente et profonde. L'acte de vocaliser force un pattern d'expiration lente, profonde et contrôlée, qui constitue un puissant déclencheur pour le nerf vague. Cette expiration prolongée envoie un signal de sécurité au système nerveux. Cela provoque la libération d'acétylcholine, un neurotransmetteur majeur, essentiel à la mémoire, l'apprentissage et la contraction musculaire qui ralentit le rythme cardiaque et initie la réponse de relaxation."
Mais la respiration n'est pas le seul élément essentiel dans cette réaction du corps. Le spécialiste s'appuie également sur une autre étude qui montre que les vibrations du larynx stimulent directement le nerf vague, "quand on fredonne, que l'on chante… même quand on se gargarise", précise Alain Collinet.
"Ces vibrations dans la gorge et la poitrine activent les branches nerveuses liées au nerf vague, produisant un effet de neuromodulation naturelle, sans équipement."
Alain Collinet pointe un troisième élément, qui distingue cette fois la musique des gargarisations : "Les tonalités et le tempo, ainsi que le fait d'aimer ce que l'on chante influencent également la production de dopamine et d'autres hormones liées aux émotions, au niveau du cerveau."
"Cela fonctionne même quand on chante faux, une étude le montre!" s'amuse le musicologue.
De la musique hypnotique
Alain Collinet a poussé cette logique plus loin, puisqu'il a composé pour le département d'algologie (qui traite la douleur) du CHU de Liège sept morceaux pour amplifier l'effet de relaxation.
"Ce ne sont pas des musiques de relaxation, mais des musiques qui agissent sur le système nerveux. Une étude POS1 réalisée en 2021 montre que ces musiques ont les mêmes résultats que l'hypnose."
Comment ça marche ? Comme la berceuse que l'on joue à un bébé, qui ralentit de plus en plus et endort l'enfant, la musique d'Alain Collinet ralentit, "laissant les personnes dans un état de conscience modifiée, plus loin que la relaxation", précise le compositeur.
Il a enregistré toute la partie instrumentale lui-même, et le personnel du service d'algologie du CHU a posé sa voix – sans parole – sur la bande son.
Aujourd'hui, ces sept musiques, qui copient les sept voies d'hypnose du Pr Faymonville sont accessibles à tous les professionnels de la santé. "Et les bénéfices sont reversés à la recherche contre le cancer de l'institut Giga de l'université de Liège."
