L'homéopathie, le grand oublié de la médecine : "Dans les universités, cette discipline est complètement balayée "
Alors que l'homéopathie reste populaire en Belgique, son encadrement est remis en question. Entre manque de formation, efficacité controversée et flou législatif, quel avenir pour cette médecine alternative ?
- Publié le 13-10-2026 à 18h29
- Mis à jour le 13-10-2026 à 21h26

Le nez qui coule, un mal de tête et la gorge qui gratte : on prend rapidement rendez-vous chez le médecin. Après quelques questions et un examen clinique, le diagnostic tombe. Le médecin peut alors prescrire différents médicaments ou, plus rarement, opter pour un traitement homéopathique. Seul problème pour cette dernière option : est-il réellement formé à cette discipline ?
D'après l'Unio Homoeopathica Belgica, une association qui représente le secteur, quelque 4.000 généralistes belges prescriraient des traitements homéopathiques, mais seuls 450 auraient suivi une formation en la matière : "Il y a une sérieuse inégalité entre la médecine conventionnelle et la nôtre. Et donc beaucoup de médecins se considèrent aptes à donner ces médicaments sans formation", alarme Erik Buelens, président de ProHomeopathia, l'association belge des patients de l'homéopathie.
L'homéopathie, une pseudoscience?
En Belgique, près de huit Belges sur dix connaissent la discipline et environ 40 % y ont déjà eu recours, selon ProHomeopathia. L'homéopathie semble donc loin d'être marginale aux yeux de l'opinion publique, mais son efficacité reste contestée au sein de la communauté scientifique : " Dans les universités, cette discipline est complètement balayée parce qu'ils se disent qu'elle ne repose sur rien de concret", affirme Erik Buelens.
Un constat assumé par Emmanuel Hermans, professeur en sciences pharmaceutiques et biomédicales à l'UCLouvain. "À mes yeux, la médecine homéopathique n'a pas encore fait ses preuves. Nous proposons donc un cours de médecine complémentaire, qui n'est pas obligatoire, afin de sensibiliser les étudiants à ces pratiques. Nous expliquons ce qu'est cette médecine, mais pas les traitements homéopathiques en tant que tels", précise-t-il.
Bien que ces chiffres soient à prendre avec précaution, Erik Buelens s'appuie sur une étude publiée par le Homeopathy Research Institute (HRI), l'Institut de recherche en homéopathie. À la fin de 2025, parmi les 179 études consacrées aux traitements homéopathiques recensées par l'institut, 41 % auraient livré des résultats positifs, 3 % des résultats négatifs et 56 % des résultats non concluants. Pour les traitements de la médecine conventionnelle, les proportions s'élevaient respectivement à 44 %, 7 % et 49 %. Une comparaison à nuancer, puisque l'analyse portait sur un ensemble bien plus large pour ces derniers, avec 1.016 études.
Emmanuel Hermans tempère quant à lui cette lecture des résultats. Selon lui, "les études sur l'homéopathie sont difficiles à mener scientifiquement, car les traitements sont très individualisés".
Une discipline marginalisée par les politiques?
En novembre dernier, noyée parmi d'autres mesures, l'abrogation de la loi Colla de 1999 est passée sous les radars. Ce texte, qui encadrait quatre médecines alternatives - l'ostéopathie, l'homéopathie, l'acupuncture et la chiropractie - visait notamment à prévenir certaines dérives. "Cette loi est restée inappliquée pendant plus de vingt ans. Malgré un arrêté royal en 2014, elle n'a jamais été mise en œuvre. Frank Vandenbroucke (NDLR : le ministre de la Santé) a décidé de la supprimer, estimant que l'homéopathie ne reposait sur aucune base scientifique ", explique Erik Buelens.
Interrogé à ce sujet, le ministre de la Santé justifie cette décision par la volonté de mettre fin à "une zone d'ombre qui existait depuis longtemps". "Seules les méthodes de traitement reposant sur une base scientifique suffisante sont désormais reconnues ; les autres pratiques alternatives en sont exclues", affirme-t-il.
Quel avenir pour l'homéopathie en Belgique?
Si sa mise en œuvre est encore en cours, la loi du 22 avril 2019 (dite "loi Qualité") relative à la pratique de soins de santé de qualité, devrait constituer une piste pour un meilleur encadrement de la profession. Sur papier seulement, car si elle prévoit bien "la recherche et la dénonciation des cas d'exercice illégal d'une profession de santé", elle resterait encore trop floue : "Il faudrait également des dispositions plus claires pour mieux encadrer les médecines complémentaires et améliorer le statut, car la législation est beaucoup trop vague pour le moment", déplore Erik Buelens.
Il appelle ainsi à davantage de clarté, notamment "pour reconnaître une qualification particulière en homéopathie, créer un registre public des professionnels formés et habilités ou encore soutenir une recherche indépendante". Il précise toutefois ne pas réclamer de nouveau remboursement par l'INAMI, afin de ne pas alourdir les dépenses de l'assurance obligatoire. " Même si le ministre nous met des bâtons dans les roues, il finira par partir un jour. L'homéopathie, elle, sera toujours là ", conclut-il, le sourire aux lèvres.
