Les techniques de deux expertes pour décrypter les étiquettes des aliments
Analyser les étiquettes lors des courses, un parcours du combattant ? Pas quand on sait ce qu'il faut regarder et comment...
- Publié le 17-03-2025 à 14h00

Maltodextrine, sirop de glucose-fructose, protéines végétales hydrolysées, gomme xanthane, monoglycérides d'acides gras… Non, vous ne lisez pas la liste obscure d'une potion digne de Harry Potter, mais des termes présents sur les étiquettes de produits alimentaires. Difficile de s'y retrouver !
La liste des ingrédients
"Il n'est pas possible de tout comprendre, rassure Alexandra Balikdjian, psychologue de la consommation à l'Université Libre de Bruxelles. L'essentiel, avant tout, est d'acheter le produit le moins transformé possible. La longueur de la liste d'ingrédients est une bonne indication: plus c'est long, plus c'est transformé. Privilégiez, tant que possible, une liste simple avec des termes que vous connaissez. Si vous devez choisir entre plusieurs produits similaires, cela peut être une bonne indication."
Sachez aussi que la liste des ingrédients est classée par ordre décroissant: on commence par l'ingrédient principal, et on termine par celui présent en plus faible quantité. "Parfois, une sauce tomate contiendra plus d'huile que de tomate !" Si le sucre ou une huile raffinée sont en tête, mieux vaut éviter !
Le Nutri-Score
Présent dans sept pays européens dont le nôtre, le Nutri-Score est un bon indicateur. "Perfectible, mais fiable, note Catherine Malingreau, conseillère scientifique et réglementaire Wagralim.Il prend en compte des paramètres en plus du tableau nutritionnel, qu'il est selon moi important de (savoir) lire avant toute chose. Mais il ne faut pas partir à la chasse au Nutri-Score parfait: les graisses, le sucre, les calories… feront baisser la note ; mais nous en avons aussi besoin à petites doses dans notre alimentation !" Il peut aussi être utile pour comparer des produits similaires.
Prendre du recul
Si sur le papier, il est très beau de lire les étiquettes et de toujours manger sain, la réalité est différente."Il y a beaucoup de pression à avoir une alimentation exemplaire, et c'est très bien, conclut Alexandra Balikdjan. Mais il y a aussi la réalité du consommateur ! Nous n'avons pas toujours le temps (ou l'argent) de tout vérifier, de cuisiner, d'acheter les meilleurs produits. S'il est important de faire attention, il ne faut pas non plus se flageller pour le moindre produit transformé qu'on mange." L'idéal, bien sûr, "c'est de revenir aux produits de base: fruits, légumes, protéines, fibres… De manger équilibré, peu transformé, mais sans se rendre malade. Tout est une question de dosage."
Les règles d'or du consommateur
Pas le temps de faire un décryptage ? Voici les bases.
1. Gare au sel…
Difficile d'éviter le sel ! Il se cache sous plusieurs termes: chlorure de sodium, glutamate monosodique (E621), bicarbonate de sodium… Le mieux est de le savoir, pour comparer les teneurs pour le limiter là ou c'est possible.
2… et au sucre
Le sucre est présent dans presque toute notre alimentation, et est un véritable fléau pour la santé. S'il est bon dans certains cas, mieux vaut parfois l'éviter.Sachez qu'il ne se cache pas que sous l'appellation "sucre", mais aussi sous les termes de sirop de glucose-fructose, dextrose, saccharose, maltodextrine… Alexandra Balikdjan tempère."Nous en avons besoin dans une certaine mesure, et il aide à la conservation ; il ne faut donc pas le bannir. Le limiter oui, surtout dans les produits transformés."
3. Attention aux "light"
Moins de sucre ? Oui, mais prudence avec les produits "light": il est souvent remplacé par des édulcorants (aspartame, acésulfame K), pas toujours meilleurs. "Sans sucre" ne veut pas dire sain ! Même conseil pour le gras: un produit allégé peut cacher beaucoup de crasses.
4. Additifs à gogo
Trop de "E…" dans la liste ? Prudence ! "Les termes commençant par 'E' renferment un peu de tout… Comme les conservateurs, qui sont importants pour garder les produits. Les colorants sont, eux, plutôt à éviter. Mais moins il y a de 'E', mieux c'est, bien sûr", reconnait Alexandra Balikjdan. Catherine Malingreau rappelle cependant que"certains ont des fonctions utiles. Ils sont parfois même indispensables, comme les conservateurs. Sauf si on veut faire ses courses tous les jours !" Pour limiter, sachez que les produits bio autorisent 54 additifs au lieu des 334 autorisés dans l'alimentation au sein de l'Union européenne.
5. Appellations et mentions
Si certains labels sont fiables, il y a beaucoup de poudre aux yeux, alerte Alexandra Balikdjan. "Attention à ceux qui sont purement marketing, comme 'produit de l'année'… Il est impossible de tous les connaître, mais se renseigner sur les principaux permet de savoir ce qu'on achète." Gare aussi aux produits estampillés "riche en fibres" ou "source de protéines" qui peuvent cacher beaucoup de sucre ou d'additifs. Même conseil pour tout ce qui, en grande surface, porte la mention "naturel", "artisanal", "maison". "Chez les marques, c'est souvent du pur marketing."
6. Ultratransformé, danger
Privilégiez les produits bruts ou peu transformés. Les aliments les plus sains sont souvent ceux qui n'ont pas besoin d'étiquette: fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes… Vérifiez les huiles utilisées permet également de se faire une idée: l'huile de palme, de coprah ou de palmiste figurent souvent dans les produits ultratransformés.
Labels à gogo : s'y retrouver
Si certains labels sont fiables, d'autres sont de purs produits marketing. Bio ? Équitable ? Local ? Difficile de faire au mieux et de savoir quoi choisir, en fonction du point d'attention que vous privilégiez. Mais attention aux arnaques.
1. Le bio
Si le label bio européen EU Biolabel est obligatoire pour les produits bio en Europe, il couvre avant tout l'aspect purement alimentaire, et non des critères comme le transport ou l'emballage.
Des labels comme Nature & Progrès ou Biogarantie BEL sont plus stricts.AB (Agriculture Biologique) est également un label français fiable certifiant les produits biologiques, sans pesticides ni OGM.
2. Le commerce équitable
Le label social Fairtrade garantit un salaire décent et de bonnes conditions pour les producteurs. D'autres labels comme Fair for Life et Biopartenaire sont bien aussi.
3. Le local
Biogarantie est un label belge fiable pour les produits bio cultivés et transformés en Belgique, avec des critères à la fois écologiques, sociaux et économiques. Il privilégie la production locale et responsable. Artisanat Certifié est également un label belge fiable.
4. L'AOP
L'AOP (Appellation d'Origine Protégée) est un label européen assurant la production locale selon un savoir-faire spécifique et un terroir défini.
5. Le poisson
Difficile de s'y retrouver avec tous les labels de pêche ! Le label MSC certifie une pêche durable et respectueuse de l'écosystème, tandis que le label ASC concerne l'aquaculture durable.
