L'inégale chasse aux milliards
Ce vendredi, les ministres des Finances de l'UE se réuniront pour discuter budget. Un conclave à l'instar de ceux qui se tiennent actuellement en Belgique. Alors que les déficits et les dettes s'envolent, la chasse aux milliards est ouverte.

- Publié le 09-10-2025 à 08h28
- Mis à jour le 09-10-2025 à 10h53

Et pour qu'une chasse soit réussie, il faut du gibier. Il en existe de deux types: le petit, plus présent, évoluant en plaine et plus accessible. Ou le gros, majestueux, qui se réfugie dans des territoires plus discrets, nécessitant plus de moyens pour être débusqué.
Un budget, c'est pareil: on s'y attelle en octobre et on observe le "gibier" en présence. D'un côté, le "petit", ces travailleurs, indépendants, retraités, Monsieur et Madame Toutlemonde. De l'autre, le "gros", composé d'entrepreneurs brillants, parfois chanceux, ou d'heureux héritiers. Et force est de constater que nos gouvernants semblent préférer traquer le premier.
Le propos se veut volontairement caricatural. Mais pas forcément éloigné de la réalité. Hier, des pistes pour combler le déficit ont été avancées: saut d'index et hausse de la TVA sur les produits de première nécessité. Deux mesures qui auraient un impact considérable sur le "petit gibier", bien moindre sur le "gros".
Alors que les acquis sociaux sont ainsi menacés, d'autres mesures pourtant évidentes aux yeux de la population, se font attendre. À commencer par une plus grande contribution des nantis, qu'il s'agisse des très fortunés ou des multinationales. On ne parle ici que d'une infime minorité mais dont la richesse ne cesse de croître. Un rapport d'Oxfam parle de lui-même: les milliardaires européens ont vu leur fortune bondir de 400 milliards € en six mois. Mais les dirigeants européens se refusent à faire contribuer davantage ceux qui, proportionnellement à leurs revenus, contribuent nettement moins au financement public que la majorité des contribuables.
Pourtant les solutions existent: taxe des millionnaires de Vooruit, taxe Zucman en France, ou encore la règle Buffett, du nom de ce milliardaire américain qui a proposé, en 2011 déjà, d'harmoniser le taux des plus riches sur celui de la majorité des contribuables. Rien n'y fait. Nos élus, pourtant choisis par la "majorité", persistent dans ce refus incompréhensible de rétablir une once d'équité. Non sans conséquence. Le mouvement de grogne en cours au sein du groupe Clarebout en Flandre, entreprise revendue en échange d'un chèque à neuf chiffres, ne fait que l'illustrer. Pourtant, les richesses ne se bâtissent jamais seul…
