Paul Delvaux: les secrets de "La Ville lunaire II" révélés au Musée L à Louvain-la-Neuve
Comment les analyses scientifiques dévoilent les étapes de la création d'un tableau ? Réponse dans une exposition à voir jusqu'au 7 février au Musée L.

- Publié le 23-10-2026 à 11h28
- Mis à jour le 23-10-2026 à 11h32

Une ville silencieuse, une lumière irréelle, une jeune femme drapée à l'antique: La Ville lunaire II de Paul Delvaux plonge le visiteur dans un univers nocturne énigmatique, un peu inquiétant, suspendu entre rêve et réalité. Conservée au Musée L, à Louvain-la-Neuve, cette peinture surréaliste est désormais figée dans le temps. Pourtant, l'examen de ses couches picturales révèle une œuvre en constante évolution, façonnée par les hésitations et les choix de son créateur.
Réalisée en 1956 sur panneau de bois, cette peinture à l'huile est aujourd'hui présentée, pour la première fois, avec un dessin préparatoire acquis en 2024 par la Fondation Roi Baudouin et confié au musée de l'UCLouvain. Leur confrontation et les analyses scientifiques réalisées sur le tableau permettent de remonter aux origines de sa création et de comprendre comment Paul Delvaux l'a progressivement transformée au gré de choix incessants, d'évolutions, de repentirs…

Dans le cadre de son nouveau format d'exposition, "Vie des collections", le Musée L invite ainsi à découvrir jusqu'au 7 février 2027 la face cachée de La Ville lunaire II.
Le dessin, exécuté au crayon gris et à l'encre de Chine, fixe déjà les grandes lignes du décor: des lampadaires, des palissades, des bâtiments inspirés des temples antiques composent une scène nocturne.
Mais plusieurs éléments ont disparu du tableau définitif: deux personnages en toge au centre de la composition, un légionnaire romain assis à l'avant-plan droit et une lune en haut à droite.
La science au service de l'histoire du tableau
L'exposition montre ce que les différentes techniques d'examen (l'observation à l'œil nu, la lumière rasante, la lumière ultraviolette, la réflectographie infrarouge et la radiographie aux rayons X) peuvent apporter à la compréhension de l'œuvre. En pénétrant dans les diverses couches du tableau de Paul Delvaux, elles dévoilent les étapes successives de sa réalisation.

Les analyses scientifiques indiquent notamment que les personnages centraux avaient bien été peints avant de disparaître, en partie masqués par les cyprès. Dans le coin inférieur droit, l'examen aux rayons ultraviolets révèle une ombre à l'emplacement où figurait le légionnaire dans le projet initial. À gauche, la palissade a été réduite pour laisser la place à la jeune femme.
Autant d'indices qui montrent que Paul Delvaux n'a pas simplement transposé son dessin sur le panneau: il a hésité et adapté son œuvre, supprimant des motifs, en ajoutant d'autres, jusqu'à obtenir l'image que l'on connaît aujourd'hui.
La disparition de la lune constitue l'un des changements les plus significatifs. Comme le rappellent Jacqueline Couvert et Laura Debry dans leur ouvrage illustré La face cachée de La Ville lunaire II de Paul Delvaux, consacré aux étapes de création de la peinture,"dans une intervention décisive, l'artiste surpeint la lune tout en conservant l'ombre portée des lampadaires. La composition bascule alors dans un registre ambigu et énigmatique. La lune demeurera toutefois évoquée dans le titre du tableau, ce qui ajoute encore au mystère."