Le secteur du kayak, en crise, demande un soutien wallon : "Une des pistes, c'est l'aménagement de plans d'eau permanents", lance l'opérateur hamoirien
La députée ouffetoise Caroline Cassart a interrogé la ministre du Tourisme au sujet de la situation difficile traversée par le secteur des kayaks, fragilisé par les aléas climatiques. Le loueur de kayaks hamoirien Steven Van Erps (The Outsider Ardennes) sollicite un mécanisme d'aide pour soutenir le secteur. Il dépose aussi un projet concret, en prévision du réchauffement climatique.

- Publié le 22-10-2026 à 18h30
- Mis à jour le 22-10-2026 à 19h20

Steven Van Erps est loueur de kayaks depuis de nombreuses années, au sein de la société The Outsider Ardennes qui propose un panel d'activités ludiques et sportives extérieures. Sa flotte de 124 embarcations, basée le long de l'Ourthe à Hamoir, le place parmi les plus importants acteurs du secteur en Wallonie, qui compte une vingtaine de structures. Il est aussi président de Fédération de loueurs de kayaks de Wallonie (FLKW) et fait partie de l'ASBL Wallonie Aventure Nature Tourisme (WANT).
Quatre mois de perte sèche
Le Hamoirien tire la sonnette d'alarme sur la fragilité du secteur, qui vient encore de vivre des mois difficiles durant la saison 2026, notamment à cause de la canicule, une situation qui s'aggrave d'année en année. "Je sors de quatre mois de perte sèche dont deux en très haute saison. Mes kayaks sont restés à quai de juillet à octobre et on ne rouvrira pas. Chaque année, c'est de plus en plus difficile. Mon activité est dans le rouge de chez rouge et même avec mes autres rentrées (spéléo, VTT, gîtes, escalade, activités fun…), je peine à sortir la tête hors de l'eau. Chaque année, plusieurs loueurs ferment boutique"
Le secteur est en grande partie composé de petites entreprises qui dépendent fortement de quelques mois seulement pour assurer leurs revenus annuels. "On risque de disparaître. Or, c'est une activité à vocation sociale. Le kayak est aujourd'hui un des rares sports et loisirs qui reste particulièrement accessible à un très large public. Mais notre avenir est plus que sombre avec le réchauffement climatique, le manque d'eau…"
Des mesures d'aide ?
Avec d'autres loueurs de kayaks, Steven Van Erps a décidé d'interpeller la députée ouffetoise Caroline Cassart (MR) afin qu'elle puisse relayer les craintes du secteur auprès du parlement (voir ci-dessous). Il a également rencontré la ministre wallonne du Tourisme, Valérie Lescrenier (Engagés). "Il y a urgence. Le secteur doit être soutenu et s'adapter structurellement aux changements qui s'opèrent."
La délégation a déposé sur la table de la ministre deux demandes. Sur le court terme : la mise en place de mesures d'aide, de compensation ou d'indemnisation en cas de fermeture forcée, "comme on le fait, à juste titre, pour le secteur agricole, mais cela nous a été clairement refusé. Elle s'est par contre engagée à plus de soutien promotionnel."

Sur le long terme aussi, les acteurs sont convaincus qu'une réflexion doit être menée avec eux : comment le kayak et les activités récréatives liées à l'eau peuvent-ils être organisés, structurés et soutenus durablement en Wallonie ? Et Steven Van Erps a exposé à la ministre une piste concrète et réalisable : aménager davantage de (petits) plans d'eau exploitables de manière permanente pour les loisirs aquatiques. "Ça pourrait se faire sur des portions de voies d'eau, mais aussi sur certains barrages mis à l'arrêt et laissés à la nature." Les kayaks pourraient y avoir accès, même par temps de canicule, mais aussi les pêcheurs et autres usagers de la rivière, "dans le respect de la biodiversité".
Un plan d'eau permanent à Hamoir
Et justement, à Hamoir, où se trouvent les kayaks de Steven Van Erps, la solution serait facilement envisageable. Les berges s'y prêtent bien. "Il suffirait de réaliser quelques ouvrages simples et respectueux de l'environnement pour disposer d'une étendue d'eau permanente, jusqu'au pont. Ainsi, si la descente en kayak est impraticable, on dispose d'un plan B. On est par ailleurs à proximité d'un lieu touristique avec un camping, l'horeca, le RAVeL… Le bourgmestre, Patrick Lecerf, approuve à 100 % l'idée et nous soutient."
""C'est un projet à intégrer dans un plan plus global avec l'Europe."
Les sites potentiels sont nombreux en Wallonie (barrages, écluses, lacs, cours d'eau…), assure le président de la FLKW et n'exige pas d'importants aménagements. "Ce sont aussi des réserves d'eau en cas d'incendie comme on a connu dans les Fagnes." Ce que la ministre en dit ? Elle n'a pas fermé la porte et Steven Van Erps lui laisse le temps de la réflexion. "C'est un projet à intégrer dans un plan plus global avec l'Europe."
Le loueur hamoirien ne compte en tout cas pas en rester là. "On reviendra vers la ministre dans quelques mois." Et il envisage aussi d'activer un autre levier politique, fédéral cette fois, en sollicitant une baisse de la TVA. "Le kayak est la seule activité touristique soumise à une TVA de 21 %, contre 6 % pour les autres. C'est une lourde charge pour le secteur."
Caroline Cassart : "Un secteur touristique autant qu'économique"

Suite à l'interpellation des loueurs de kayaks, la députée ouffetoise Caroline Cassart (MR) a donc interrogé la ministre du Tourisme, Valerie Lescrenier (Engagés). "Car c'est aussi bien un secteur économique que touristique, a-t-elle expliqué. Après la crise du Covid-19 et les inondations de juillet 2021, les exploitants doivent désormais faire face aux sécheresses répétées et au manque d'eau, qui peuvent entraîner des interdictions de navigation. Concentrant une grande partie de leurs revenus sur quelques mois, les entreprises peinent à couvrir leurs coûts fixes, leurs investissements et leurs charges salariales lorsque l'activité est suspendue." Des dispositifs régionaux permettent-ils d'accompagner ou d'indemniser ces entreprises lorsqu'elles sont contraintes de suspendre leur activité pour des raisons indépendantes de leur volonté ?, a-t-elle demandé à la ministre.
Valérie Lescrenier reconnaît les difficultés des exploitants de kayaks en Wallonie, sans toutefois "disposer de données consolidées pour chiffrer les pertes économiques". Elle rappelle aussi que son cabinet a rencontré des représentants du secteur et que plusieurs pistes ont été identifiées : améliorer la visibilité de l'offre avec VisitWallonia, accompagner la diversification des activités et clarifier certaines difficultés administratives.
En revanche, la ministre a été assez claire : elle privilégie l'adaptation du secteur plutôt que la création d'un mécanisme régional d'indemnisation spécifique en cas d'arrêt forcé. "Ce n'est pas l'orientation retenue. La volonté est plutôt d'accompagner les opérateurs, en soutenant l'adaptation et la diversification de leur offre", explique-t-elle. La ministre défend elle aussi une approche durable du tourisme fluvial, adaptée aux changements climatiques. "Les acteurs de terrain ont été entendus", assure-t-elle, tandis qu'une concertation entre cabinets et administrations est en cours pour définir des orientations communes.