Le jardin de Linda a été dévasté par les sangliers à Fouches : "L'impression qu'un agriculteur est passé avec sa fraiseuse"
Des jardins dévastés à Fouches (Arlon). Un collectif de douze plaignants se mobilise contre les sangliers. Et ce n'est pas gagné! Linda Bernard témoigne.
- Publié le 01-09-2026 à 06h01
- Mis à jour le 01-09-2026 à 09h44

Linda Bernard, vous habitez Fouches, dans la commune d'Arlon. Votre pelouse est dévastée?
Oui, après la visite d'une harde de sangliers. Les dégâts sont très conséquents. J'en avais déjà eu au printemps. Mais là, c'est deux fois pire. Ce sont vingt ares totalement labourés. Nous avons vraiment l'impression qu'un agriculteur est passé avec sa fraiseuse. Il n'y a plus un centimètre carré de pelouse.
Les dégâts précédents vous avaient déjà coûté une certaine somme?
7 000 euros. J'avais pour 4 000 euros de réparations de pelouse et pour 3 000 euros d'une clôture spéciale "gibier". Cela n'a pas suffi, les animaux contournent et passent par la rivière.
Qu'avez-vous fait après avoir constaté les dégâts ?
J'ai contacté le DNF, Natagora, la Commune. Je tourne en rond. Pour finir, c'est mon assurance qui est intervenue la première fois, mais pour un forfait de 3 000 euros.
Et maintenant?
La première fois, nous étions deux personnes impactées. Cette fois, nous sommes douze. Nous avons décidé de nous mettre ensemble pour faire bouger les choses. Dans l'espoir de trouver des organismes pour nous aider.
Vous avez une explication par rapport à cette venue de sangliers?
Cela fait 63 ans que j'habite le quartier. Je n'avais jamais vu cela auparavant. Au camp Lagland, depuis qu'il y a la guerre en Ukraine, nous voyons une recrudescence de militaires qui viennent faire des manœuvres. Nous entendons tirer le jour et la nuit, c'est carrément des tirs de canons. Nos animaux domestiques ont peur. On se demande si les animaux ne sont pas chassés de chez eux.
"Le DNF a répondu que les particuliers n'étaient pas indemnisés"
Quelle a été la réponse du DNF ?
Au printemps, ils m'ont répondu que ce n'était pas de leur faute,. Que les particuliers n'étaient pas indemnisés, uniquement les agriculteurs.
Et chez Natagora?
Que ce n'était pas chez eux qu'il fallait venir, qu'il fallait voir avec les sociétés de chasse.
Et donc, que répondent les sociétés de chasse?
Quand on essaie d'avoir un nom, nous ne les avons pas. On tourne en rond! Quelqu'un du DNF devrait passer ce lundi après-midi. J'ai aussi contacté le bourgmestre d'Arlon qui a contacté la police. La police allait prendre contact avec le DNF. Mais, je ne vois rien qui bouge.
Les sangliers sont de retour depuis plusieurs mois
Responsable du cantonnement DNF à Arlon, Florian Naisse s'est rendu sur place. "J'ai vu trois jardins et c'est vrai qu'il y a des dégâts. Cela fait quinze jours que nous recevons des appels suite à des dégâts à Fouches. On sort d'une période de sécheresse. Les sangliers essaient de trouver des vers. La gestion des sangliers n'est pas dans nos attributions, cela incombe aux chasseurs. Nous sommes là pour faire respecter la législation, mais ne nous pouvons pas aller tirer les animaux."
La loi prévoit initialement une indemnisation pour les dégâts de cultures agricoles. "Est-ce qu'un jardin peut être pris comme culture agricole ? Je sais qu'il y a déjà des juges qui ont statué dans ce sens. Ce n'est pas systématique, poursuit Florian Naisse. Les montants pour une pelouse ou pour du maïs ne sont pas les mêmes. Je comprends le désarroi des gens. Il y a des autorisations de destruction qui peuvent être délivrées à certains chasseurs pour tirer des sangliers. Il faut aussi essayer de dialoguer avec eux pour mettre une clôture. Avec la PPA, il n'y avait plus de sangliers, on se rend compte que la population redevient importante."
"Le sanglier est l'animal le plus opportuniste"
Pas toujours le plus connu, le sanglier n'en est pas moins un animal doté d'une très grande intelligence. "Le sanglier, c'est l'animal le plus stratège. C'est un animal opportuniste et malin. Ce qu'il recherche avant tout, c'est la quiétude, bien avant la nourriture. La forêt est devenue de moins tranquille avec cueilleurs, des promeneurs... Depuis trente ou quarante ans, les sangliers trouvent des cultures. Là, c'est vraiment l'hôtel 5 étoiles pour eux. Ensuite, il se rend près des habitations car son superprédateur, qui est le chasseur, n'est pas là", commence le président du Royal Saint-Hubert, Benoit Petit .
L'home explique encore que "l'animal fouine le sol pour trouver des protéines, des larves, des vers. C'est beaucoup plus aigu quand il a plu après une sécheresse. Ils laissent des dégâts."
Quant à la législation, il résume. "Elle est vieille de 1961. Elle impose aux propriétaires du bois d'où proviennent les sangliers d'indemniser trois cas de figure : les champs, les fruits, les récoltes. Les jardins n'en font pas partie. Néanmoins, une jurisprudence a assimilé certains jardins. C'est le cas dans certaines circonscriptions judiciaires, pas partout. Le juge juge en équité. On a impacté certains propriétaires de bois ou chasse pour des jardins, mais uniquement lors du premier dégât. La justice considère aujourd'hui que dès qu'il y a déjà eu un dégât, le citoyen est informé du danger et qu'il lui appartient de se protéger par une clôture électrique."
Mais avant tout cela, il conviendra évidemment de désigner un expert.
