Elle est la seule commune luxembourgeoise qui n'a pas fusionné en 1977 : mal aimée Martelange ?
Martelange est la seule commune de la province de Luxembourg à ne pas avoir fusionné en 1977. Voici pourquoi personne ne voulait d'elle.
- Publié le 22-10-2026 à 09h50
- Mis à jour le 22-10-2026 à 14h06

"Personne ne voulait de Martelange ", raconte dans ses mémoires Joseph Michel, ministre qui a mené à bien la fusion des communes. "Martelange, mal aimée ", titre-t-il même au moment d'aborder le cas de la seule commune de la province de Luxembourg qui n'a pas fusionné !
"Lorsqu'on est venu s'installer à Martelange, on parlait en mal de la fusion des communes. J'entends encore ma grand-mère dire: "On nous considère comme des moins que rien à Martelange, on ne veut de nous nulle part ailleurs."", se souvient Franz Clément, ancien bourgmestre de la commune.
Pourquoi personne ne voulait de Martelange ? Sans doute pour des raisons géographiques, financières et surtout politiques. Martelange, commune ouvrière et pauvre, en partie isolée parce qu'accolée d'un côté au Grand-Duché et de l'autre à la forêt d'Anlier, était une entité socialiste, entourée de communes agricoles et catholiques.
"J'ai appris dans les coulisses du conseil provincial que la fusion ne prévoyait aucune âme supplémentaire pour Martelange ", confie Jean Javaux, bourgmestre de Martelange de 1971 à 1994. C'est qu'il fallait respecter l'équilibre entre les arrondissements de Bastogne et d'Arlon, reconnaît lui-même Joseph Michel dans ses mémoires.
"La majorité provinciale ne tenait qu'à un siège à cette époque", se souvient Jean-Javaux. Il n'était donc pas question de toucher aux arrondissements au risque pour le PSC de perdre un conseiller provincial dans l'arrondissement de Bastogne.
Il y a bien eu une pétition qui a circulé à Tintange et Warnach, en faveur de Martelange. Au conseil de Tintange, les votes étaient partagés (3 et 3), le bourgmestre a fait pencher la balance en faveur de Fauvillers, se souvient Guy Quinet. "Nous étions tous déçus. Nous sommes la seule commune de la province de Luxembourg à être resté seule", confie-t-il.
Martelange, mal aimée ? "Non, je ne dirais pas cela. C'était comme ça. C'était de la politique politicienne ", répond Guy Quinet. "Mal aimée ? Peut-être du PSC, mais à part ça…, sourit Jean Javaux. Cette non-fusion, je l'ai acceptée comme un fait acquis, cela ne m'a ni attristé ni réjoui."
"Plus du tout une commune malade"
La petite commune est restée à majorité absolue socialiste.
Avec la fusion, elle aura gagné quelques hectares sur la forêt d'Anlier, permettant de relier les hameaux de La Folie et Neuperlé sans traverser l'arrondissement de Neufchâteau. De quoi prodiguer quelques recettes supplémentaires, "mais nous avions toujours eu de gros problèmes financiers pour boucler les budgets", affirme Jean Javaux, qui battait le pavé jusqu'à Bruxelles pour obtenir des subsides pour carrosser toutes les routes communales ou murer la traversée de la Sûre afin de lutter contre les inondations.
Franz Clément, devenu bourgmestre en 1995, estime que Martelange a payé cher cette non-fusion. "Elle restait l'une des plus petites communes de la province, mais surtout l'une des plus pauvres. Martelange n'a jamais été une commune de nantis." Avec l'augmentation de la fiscalité communale et la multiplication des nouveaux quartiers, il estime que "Martelange n'est plus du tout aujourd'hui la commune malade" qu'il a connue lorsqu'il était jeune bourgmestre.
La fusion des villages en "ange" de 1972
La fusion des communes, on en parlait déjà début des années 1970. "J'avais réuni le conseil communal dans l'idée de proposer une fusion plausible au lieu de nous faire imposer une fusion par des technocrates", raconte Jean Javaux, alors jeune bourgmestre. Il dépose un projet de fusion des villages en "ange" : Martelange (Radelange et Grumelange), Bodange, Hollange et Tintange. Ces entités partageant le patois luxembourgeois et une forme commune d'habitat (bien que Martelange soit une cité ouvrière). Proposition approuvée à l'unanimité et validée en haut lieu. Cette fusion-là faisait partie du plan "Costard" de 1972 (du nom d'un fonctionnaire du ministre socialiste de l'Intérieur). Mais le gouvernement est tombé. Et le plan "Michel" envisagera une autre destinée pour Martelange.
Et maintenant ?
Martelange est l'une des seules communes à ne pas avoir fusionné en 1977. Et maintenant, avec qui pourrait-elle fusionner ? "Je ne suis pas un fervent défenseur des fusions, loin de là !, commence par répondre le bourgmestre Thierry Kenler. Je trouve que de nombreuses petites communes fonctionnent mieux que de grandes, même financièrement. Chacun de nos villages compte une salle rénovée, on a des parcs, une crèche de 40 places… Avec Fauvillers, nous avons un hall sportif en commun, des agents en commun, des collaborations culturelles… Je trouve que c'est une bonne solution. On a des infrastructures bien mieux que dans certaines villes."
Le processus de fusion volontaire entre Bertogne et Bastogne a justement commencé par le développement de partenariats. Un peu comme Martelange avec Fauvillers. N'y aurait-il pas sur la table un projet de fusion à court ou moyen terme ? "Non, à l'heure actuelle, non. Mais on entend, comme partout, qu'on n'aura plus le choix de fusionner. Une fusion, c'est une perte au niveau de la disponibilité et de la proximité. Je ne dis pas qu'on ne fusionnera jamais, mais qu'on me montre l'intérêt pour les Martelangeois de fusionner. Personnellement, je ne le vois. De l'intercommunalité oui, des collaborations avec les communes voisines, oui. Une fusion, non."
