Le Ronquières Festival, épinglé malgré lui par Test Achats : "Ils nous ont mis dans le même pot que les autres"
Le festival a été pointé du doigt indistinctement pour un manquement, aux côtés d'autres institutions concernées par des points plus graves.

- Publié le 30-10-2024 à 16h58

Un blâme de Test Achats a été attribué au Ronquières Festival, aux côtés de neuf autres événements, début octobre. Une alerte, communiquée unilatéralement aux médias, pointant le dépôt d'une plainte auprès de l'inspection économique, "pour non-respect du droit belge concernant la possibilité de paiement en liquide et la transparence des prix."
Les festivals flamands Tomorrowland ou Rock Werchter sont ciblés, entre autres pour manque de transparence et pour l'absence de billetterie physique ou d'informations sur le site. À leurs côtés et sans distinction, le Ronquières Festival est pointé du doigt, sous couvert du respect de la législation. Leur tort : le fait qu'il n'y ait pas de point de vente physique disponible pour accéder au parking. "Pour le reste, ils respectent la loi sur le paiement en cash", précise Test Achats, sans plus de détails.
"Ils nous ont mis dans le même pot que les autres."
Dans l'organisation du Ronquières Festival, l'étonnement et la frustration règnent. "On nous a posé la question, pour savoir si nous acceptions le cash, et c'est le cas. Nous avons eu un contrôle complet de l'inspection économique, (NdlR : avant le festival) et ils ont relevé que nous étions de bons élèves. Nous sommes étonnés", confie Gino Innocente, l'un des organisateurs du Ronquières Festival.
Suivis par un consultant
"Nous n'avons aucuns frais d'activation, ni de remboursement. Nous n'utilisons pas de monnaie fictive, mais des euros, autant pour les bracelets, que pour les prix." L'équipe d'organisation insiste sur sa bonne volonté et mentionne l'accompagnement d'une société de consulting pour évaluer le suivi des réservations pour le parking, le point incriminé par Test-Achats. Officiellement, l'organisation du festival a invité à réserver les places de parking, sans suggérer le paiement par cash, mais c'était stratégique pour le suivi, précisent-ils.
"Nous leur avons expliqué la seule raison pour l'absence de liquide dans les parkings. C'est la première année que nous proposons le parking par paiement digital. Ça permettait à la société de consulting de suivre les réservations jusqu'à la dernière minute. Nous avions envie d'avoir l'information la plus à jour possible, avec une vue centralisée. Et finalement, le premier jour, à l'arrivée sur le site, le paiement en liquide était possible", plaide le cofondateur du festival, lequel regrette le résultat final de cette enquête : "Ils nous ont mis dans le même pot que les autres."
"Ils se sont un peu plantés"
Le communiqué de presse sorti, Gino Innocente a contacté Test-Achats. "Nous leur avons dit qu'aucune distinction n'était faite entre chaque festival." En outre, et c'est aussi ce qui passe difficilement, les équipes de Test-Achats n'ont pas poursuivi l'enquête par un travail d'investigation, sur le terrain, lequel aurait permis d'attester que l'organisation remplissait finalement tous les critères. Or, d'après nos informations, l'organisation du festival a bien envoyé des accréditations à Test-Achats, à leur demande. Ces dernières n'ont pas été téléchargées.
"Ils ont décidé de publier une rectification le lundi suivant avec les précisions sur les reproches faits aux festivals. Mais on a jugé ça tardif. On a trouvé ça fort, car l'inspection économique a été très positive." La rectification a été ajoutée en bas de l'article publié préalablement le 8 octobre, à la diffusion de la plainte.
Une demande de clarté
"Notre but n'est pas de condamner Ronquières, mais simplement d'alerter sur un ensemble de situation", réagit Jean-Philippe Ducart, porte-parole de Test-Achats. "Nous pensons qu'il n'y aura pas de suite. Le tout, c'est d'indiquer clairement quelque part qu'il y a une exception pour payer en liquide. Le consommateur est devant le fait accompli, alors que la loi l'impose. Ça peut être déconcertant pour un festivalier."
Au sujet de la forme de la diffusion de cette plainte, Test-Achats relativise. "Ils s'inquiètent pour rien. On ne les a pas les blacklister et on indique clairement dans le tableau ce qu'on leur reproche. Ce n'est pas une infraction très grave."
Pour le fait qu'ils n'aient pas annoncé avant médiatisation qu'une plainte serait déposée, l'organisme de défense des consommateurs évoque un mode opératoire. "On a toujours travaillé comme ça, pour tous les opérateurs. L'idée n'est pas de dire 'attention, on dépose plainte, changez'. Le mal a été fait, le festival a eu lieu. Nous faisons des constats, c'est au SPF économie de les améliorer." Et d'ajouter : "On veut éviter la tendance au tout digital. On ne veut pas condamner un festival, mais freiner le non-respect de la loi, que l'on a obtenu de haute lutte."
De là à ce que la démarche de Test-Achats porte préjudice à la réputation du festival ? Gino Innocente du Ronquières Festival balaye cette inquiétude de la main. "Les gens sont tellement habitués au système, que ça ne posera pas de problème. Personne ne s'en plaint depuis 8 ans. C'est sans frais et on accepte le cash. Pour ce qui nous concerne, ils se sont un peu plantés."
Le cashless restera un outil pratiqué par le Ronquières Festival, avec les suivis et les évaluations qu'ils font de leur côté, indépendamment de cette plainte. Si la mésaventure ne devrait finalement avoir aucune incidence sur la notoriété du Ronquières Festival, ses organisateurs digèrent difficilement la "non-reconnaissance" des efforts consentis pour optimaliser le confort de leur public.
