Restructuration de la Croix-Bleue: ils dénoncent "une mauvaise gestion, des accidents passés sous silence, des atteintes au bien-être animal, etc."
En parallèle des annonces successives ayant mené à la restructuration de la Croix-Bleue, de nombreux témoignages nous sont parvenus de Floriffoux ou de Forest, décrivant des manquements au niveau du bien-être animal et donc des ouvriers et soigneurs. La direction réfute en bloc.

- Publié le 22-10-2026 à 08h51

Par divers canaux, ils sont plus d'une dizaine d'anciens et actuels bénévoles ou employés, des refuges de Floriffoux ou de Forest, à nous avoir contactés (sous couvert d'anonymat) depuis la fin de l'été pour nous parler de la Croix-Bleue. Pas en bien. La restructuration n'était pas encore à l'ordre du jour mais tous s'inquiétaient, de longue date, du sort des animaux. Pas qu'ils soient mal nourris. "Avec ce que nos partenaires et visiteurs nous léguaient, il y avait profusion de croquettes, litières et autres.", explique une première source. Mais les autres besoins vitaux n'étaient pas forcément rencontrés, continue-t-elle. "Il y a des chiens avec un tel niveau d'intensité qu'ils n'étaient pas sortis durant plusieurs semaines d'affilée. L'enfermement, ça les rend encore plus fous."
Une bénévole attaquée au visage
De l'avis général de nos témoins, les accidents se sont multipliés, jusqu'à ce qu'au printemps dernier, à Forest, une bénévole se fasse arracher un bout de joue par un chien auquel elle tentait de venir en aide. "Le chien a été euthanasié. Depuis, les bénévoles n'ont plus été acceptés à La Croix-Bleue, ça fait des promenades en moins. Ces 'attaques' sont passées sous silence, de peur que la direction tombe sur les chiens. Double peine. Certains éducateurs ont des méthodes violentes, tabassent le chien pour se faire respecter. Ils ont engagé une éducatrice, en juillet, pour ne plus que la responsabilité de la hiérarchie soit engagée. De leurs bureaux, il faudrait presque les tirer au chenil, ils ont limite peur des chiens et n'ont pas du tout conscience de notre réalité de terrain. Il n'y a pas de cadre."
Plus loin, certains seraient vite classés bons à rien. Philippe Vautard, bourgmestre de Floreffe, et deux pompiers de l'Animal Rescue Team de la zone Val de Sambre ont été appelés à la rescousse à Floriffoux, au printemps dernier. "Plusieurs bénévoles m'avaient averti : trois Malinois étaient menacés d'euthanasie. Les pompiers les ont donc testés. Ils n'étaient pas fondamentalement méchants mais manquaient d'un comportementaliste. Et de matériel adéquat !"
Un manque criant d'équipement
Sentiment partagé par d'autres informateurs. "Nous avons vu des investissements dans une plaine de jeux, une cantine. On a investi dans les murs mais pas dans les équipements de travail, de nettoyage, de sécurité. Là, avec les déménagements, soit on achète soi-même, soit on fait sans matériel de sécurité."
Puis, il y a les soins. Si un vétérinaire passe deux fois par semaine, les urgences attendent. "Il faut vraiment que le chien soit à l'agonie. Pendant des semaines, Diane, un berger allemand, vomissait. Après cinq avertissements des soigneurs, elle a pu aller chez le véto, elle avait un énorme cancer du foie. Un autre chien avait mangé sa balle avant d'arriver chez nous. Elle était coincée dans son estomac, il en est mort un mois plus tard. L'humanité et le bien-être ne sont pas au rendez-vous. Tout ce que la direction a fait ? Enlever tous les jouets !" Plusieurs autres cas à Forest, photos à l'appui, nous ont été rapportés.
Enfin, certains pointent aussi le manque total de transparence et de communication de la Croix-Bleue. "Du jour au lendemain, la page Facebook n'a plus été alimentée. On n'y montrait plus les candidats à l'adoption, et je suis sûr qu'il y aurait eu moyen d'aller chercher des dons."
"Quand un animal arrive, ce n'est pas pour y finir sa vie"
Contactée, la direction dément et parle de malveillance de la part d'employés ou bénévoles "qui ont été raccompagnés". En analysant les profils de nos témoins, on peut affirmer que ce n'est pas le cas. "Nous avons déjà été contrôlés par le bien-être animal, nous avons répondu à chacun de ces points. Tout a toujours été scrupuleusement noté. Nous avions des comptes à rendre."

Quid du manque de proactivité sur les réseaux ? "Nous ne sommes pas des commerçants. Notre volonté est que l'adoption soit une démarche du citoyen pas de l'encourager. Aussi, les chiens que nous hébergeons sont souvent issus de saisies ou abandonnés dans des conditions compliquées, sans traçabilité, avec des problèmes de comportement, de dangerosité, ne permettant pas l'adoption. Par contre, si l'animal a vraiment évolué, peut être reproposé à l'adoption, nous communiquons."
"La mort fait partie de notre quotidien, comme dans les hôpitaux"
Les accidents ? Les bénévoles les ont parfois provoqués. "Malgré toutes les réunions, les rappels, certains n'en font qu'à leur tête, prétendant mieux savoir que le vétérinaire." Et les chiens prétendument laissés en souffrance ? "Quand un animal a besoin de quoi que ce soit, nous l'emmenons, même en dehors des heures de travail. Par exemple, une bénévole avait recueilli un chien qui est tombé d'un étage, il y en a eu pour 3000 € de frais, que la Croix-Bleue a payé. Alors que l'adoption d'un chien, c'est 250-300 euros. Pareil pour les chats : il faut stériliser, vacciner, le pucer, ça représente plus de 1000 €. Des gens pensent qu'on gagne de l'argent… Au plus les chats tournent, au plus vous perdrez de l'argent. La Croix-Bleue, c'est un service public financé par des dons privés. C'est déficitaire."
Concernant les cancers et graves problèmes non détectés. "Même le meilleur médecin du monde peut passer à côté d'un truc. Ce genre d'histoire, bien sûr ça arrive, quelques cas sur 3 000 animaux par an. C'est pareil avec les humains dans les hôpitaux. Dans n'importe quel refuge, vous avez une unité de conservation, une morgue, la mort fait partie du quotidien."
Notre interlocuteur conclut : "Quand un chien arrive à la Croix-Bleue, ce n'est pas pour y finir sa vie, mais d'être un jour adopté. Ce n'est pas un responsable de site mais un vétérinaire qui décide d'une euthanasie."