Aux Solidarités, la musique de The Avener n'a pas d'heure, "je vais tester ce sur quoi j'ai travaillé cet hiver, des morceaux encore inconnus"

En exclusivité estivale belge, le DJ français The Avener ("le palefrenier du roi") se produira ce vendredi 22 août 2025 aux petites heures sur la scène des Solidarités à Namur. Interview avec un artiste electro-classique.

The Avener sera sur la scène des Solidarités, ce vendredi 22 août 2025.
Si The Avener vient de publier, avec Drax. Project, le single Lunae Veritatis, celui-ci appelle un (3e) album. "Je préfère sortir un message complet avec dix-quinze morceaux, parce que ça me correspond davantage qu’un single tous les deux mois, et puis basta." ©SamyLaFamille

Révélé il y a dix ans avec son 1er album The Wanderings of the Avener et sa collection de tubes revisités des 60's à nos jours, le Niçois Tristan Casara, de son vrai nom, proposera, fin août, en fin de soirée, bien plus qu'un DJ set aux festivaliers namurois.

Bonjour Tristan, tout d'abord, d'où vient ce pseudonyme The Avener ?

Il n'y a pas d'histoire mystique derrière ce nom. En 2014, j'ai voulu un peu me réaligner musicalement sur mes productions personnelles. Je cherchais un nom. Après une mauvaise expérience de plusieurs années sur Paris, j'étais revenu dans ma chambre d'adolescent, chez mes parents. Je faisais une petite sieste dans cette pièce dont l'organisation avait été modifiée. Ma maman y avait installé sa bibliothèque, et il y avait un livre qui traînait, débordait: un livre anglais sur la royauté britannique aux XVI et XVIIes siècles. Dans les premières pages, il était fait mention de la personne qui s'occupait des chevaux royaux et de chasse de la reine et du roi: the avener. J'ai trouvé ça très cool, le palefrenier personnel du roi et de la reine.

Vendredi, vous serez aux Solidarités dans une formule live et non DJ. Ça change quoi ?

Beaucoup de choses. En live, je me concentre sur ma musique, à 97%: des morceaux, que les gens connaissent, mais aussi des exclusivités, ce sur quoi j'ai travaillé cet hiver, des titres que les gens ne connaissent pas. Je ne l'indiquerai pas forcément mais je testerai la réaction du public pour pouvoir peaufiner mon 3e album.

Puis, évidemment, il y a une scénographie, des images un peu rétro-futuristes et des lumières très poétiques, qui met en relief ma musique. Avec cette scénographie, mes morceaux retravaillés prennent tout leur sens. Je serai seul sur scène, avec mon piano, mes machines et mon synthé, puis le public. Parfait partage.

Depuis dix ans, vous faites appel à de nombreux chanteurs. Vous manquent-ils sur scène ?

Ça dépend. C'est rare d'être à la fois excellent en studio et sur scène. En studio, je peux faire 42 prises avec un chanteur pour la moitié d'un couplet. Je travaille beaucoup avec des chanteurs-songwriters, qui ne sont pas forcément des gens de scène. J'en ai fait l'expérience plusieurs fois, l'interprétation en concert n'était pas au rendez-vous. En fait, il faut arriver sur scène à 150%, avec le stress, on en perd 50%. Puis, certains habitent en Afrique du Sud, au Pérou, aux États-Unis, ce serait difficile de ramener tout le monde, sauf pour une date exceptionnelle.

Comment les artistes-interprètes originaux (Adam Cohen, Bob Dylan, Phoebe Killdeer, etc.) ou leurs ayants-droits (Sugarland Rodriguez, John Lee Hooker) accueillent-ils vos remix et reworks de leurs morceaux. Ça oblige à l'humilité, non ? Parce que quand on sort une chanson, on se dit qu'il ne lui manque rien.

C'est ma qualité de pouvoir, je pense, rediriger des chansons. C'est ma passion depuis toujours. Mais, c'est vrai, les artistes qui reçoivent un coup de pinceau sur leur morceau, le prennent de deux manières: soit c'est un viol, soit c'est intéressant et ils font alors écouter ma proposition à leur entourage. Parce qu'eux connaissent la chanson note par note. À 80%, 90% même, j'essuie un refus. Je comprends tout à fait que ces artistes me disent non. C'est ce qui fait leur qualité artistique souvent.

Je suis à l'initiative quatre fois sur cinq. Mais je reçois aussi des propositions. Comme celle de Bob Dylan, pour retravailler Masters of War. Ça m'a beaucoup surpris.

Pour certains morceaux, les artistes ne sont malheureusement plus des nôtres, alors il faut s'adresser aux héritiers. Pour reprendre It serve you right to suffer de John Lee Hooker, il m'a été difficile d'avoir l'accord des enfants, des mois de discussion. Souvent, les ayants-droits sont des gens qui ne sont pas forcément dans le milieu musical et ne savent pas trop comment gérer ce genre de propositions.

À l'origine, vous venez de la musique classique, du piano qui revient dans votre dernière sortie, Lunae Veritatis (Stay).

C'est une reconnexion. J'essaie de rendre mes deux passions vivantes à travers ce morceau, ça me tenait à cœur. Pendant dix ans, je suis parti dans une recette qui m'était propre, remettant au goût du jour de morceaux que j'aimais. J'ai beaucoup travaillé avec des guitaristes. Je ne suis pas un grand joueur mais je gratte un peu. Lunae Veritatis, c'est le premier jet d'une suite de morceaux s'orientant définitivement vers mon instrument de base, tout en liant mes compétences électroniques.

Avec vos logiciels, pouvez-vous jouer de tous les instruments possibles et imaginables, ou certains vous résistent-ils ?

On peut quasiment tout faire. Mais, j'ai remarqué que les instruments monotonaux, comme le saxophone, sont difficiles à synthétiser. Mais la technologie avance, de semaine en semaine, c'est assez hallucinant. Avec l'arrivée de l'Intelligence artificielle, aussi, on peut synthétiser des voix, une chanson. Et je vous mets au défi de faire la différence entre un chanteur réel et un chanteur créé par IA.

Là, en ce moment, quand je cherche une ligne de voix, comme je ne veux pas entendre ma voix en boucle – je ne suis pas un excellent chanteur –, j'utilise un logiciel extraordinaire qui permet de créer une voix au détail, au mot près. Vraiment, celui qui veut peut tout faire tout seul.

L'IA, c'est tentant de l'utiliser dans le résultat final ou il y a un garde-fou ?

Je l'utilise à bon escient. C'est un outil extraordinaire qui arrive massivement dans tous les domaines créatifs, et pas que. Il y aura une stabilisation. Je ne suis pas des rétrogrades qui disent que l'IA est dangereuse, mais elle peut le devenir. Vous savez on a inventé le feu, l'électricité, on les utilise tout le temps. Mais, le feu, ça brûle ! Il va aussi falloir veiller sur la jeunesse, ceux qui naissent avec l'IA. Je pense que dans un compartiment de notre cerveau, le développement a créé de la musique, de manière naïve et intuitive, sans l'aide de personne, ce qui permet de faire évoluer sa propre créativité.

C'est important de travailler encore de ses mains, et de faire travailler son cerveau un maximum. Personnellement, j'utilise l'IA pour le mix. Quand mes oreilles sont fatiguées, parce que ça fait dix heures que je travaille sur un morceau, et que je ne sais plus où j'en suis. L'IA me permet alors de mixer une basse, une batterie ou une voix, s'il manque des aigus, des médiums, des graves, pour avoir une esquisse de ce qu'on voudrait avoir pour que ça sonne bien. Après, sur le plan de la créativité en elle-même, je n'ai pas besoin de générateurs.

En plus de dix ans, vous avez sorti deux albums, ce n'est pas beaucoup mais il y a toujours des morceaux sporadiquement qui sortent, comme Quando Quando ou The Morning Sun. L'album est-il un objectif en soi, ou vise-t-on le single en se disant que l'accumulation permettra peut-être à un moment de sortir un album ?

Si on écoute la politique actuelle du marché et des labels, c'est bon de sortir des singles tous les deux mois. J'ai essayé. Mais, en fait, je suis quand même partisan du message artistique. Chacun a le sien. J'ai besoin de raconter une histoire, de prendre mon temps, de trouver une cohérence avec ce que je fais, avec ce que je vis, avec le moment présent. D'où l'intérêt de m'être extirpé avec mon premier album, d'avoir eu la chance de ce succès. Je pense qu'il est important pour moi de sortir encore un album, un dernier peut-être. Après, je verrai comment évoluent les choses. Mais j'ai besoin de travailler sur un projet. Quand je rentre en studio: je ne me dis pas "tiens je vais travailler un single et puis basta". Non, j'ai besoin de travailler sur plusieurs projets, un jour j'en travaille un, puis un autre, et puis après il y a une espèce de fil rouge qui lie le tout.

Je suis entre deux époques, j'ai 38 ans, il y a la génération des 20-25 ans, les jeunes producteurs actuels, qui ne pensent que single, single, single. Alors que mes pairs pensaient album, album, album. Je me situe un peu entre les deux, difficile de vous dire ce qui est le mieux pour un artiste. Personnellement, je préfère sortir un message complet avec une dizaine, une quinzaine de morceaux, parce que ça me correspond davantage.

Avez-vous des rituels avant d'entrer sur scène ?

Oui, je m'étire, je m'échauffe, pour ne pas me faire mal, parce que je bouge beaucoup sur scène. Sinon, je n'ai pas de rituel particulier, je regarde le ciel et je dis que j'ai beaucoup de chance d'être ici avant de monter les marches.

Le ciel, il est souvent nocturne, vous vivez à horaires décalés ?

Pas forcément, je vis avec peu d'heures de sommeil.

En Belgique, vous êtes déjà venu à Namur, ou en tout cas à Floreffe, à Esperanzah !, il y a quelques années, au tout début même. Ici, vous revenez aux Solidarités, pas très loin.

C'est un pays que j'affectionne particulièrement, l'enthousiasme du public, la manière dont sont reçus les artistes, c'est un ping-pong instantané, avec des gens qui sont très chaleureux. On rencontre ça à partir de Lille. Je sais que quand j'arrive à partir du nord de la France, je vais avoir un public chaleureux et accueillant.

La Belgique c'est le cœur du paté, la culture électronique est omniprésente dans le cœur et l'esprit des gens. Une culture qui s'est démocratisée un peu plus vite qu'en France dans les années 90, il y a une facilité pour nous artistes electro à venir jouer et à venir ambiancer les foules. Ici, c'est chaleureux, le sourire, la chaleur des gens me ravit à chaque fois que je viens ici. J'ai toujours la chance de pouvoir échanger quelques mots avec les gens qui sont en backstage, qui sont toujours très accueillants, très chaleureux, et qui me donnent toujours une très bonne portion de frites à la fin de mon concert.

Plutôt plein air ou salles fermées ?

Franchement, je n'ai pas de préférence à ce niveau-là. Évidemment que les concerts en plein air sont plus joyeux, plus libres, mais les salles sont bien aussi, je n'ai pas de préférence. C'est une question compliquée. Je veux un bon public, un bon soundsystem et une bonne ambiance de base. Moi, les deux me vont.

Il y a quelques années à Esperanzah !, vous aviez interverti votre créneau avec celui de Melody Gardot.

Je me souviens très bien, je n'ai toujours pas eu la chance de pouvoir la rencontrer. Nous nous étions croisés brièvement sur ce festival. C'est une artiste fabuleuse, c'est la reine dans son style aujourd'hui, c'est une artiste que j'affectionne.

Solidarités, le 22/8 à 00h10

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