Affaire Tyméo et Bryan Brigou à Onhaye: "On a fouillé quasiment deux mois non-stop"
David Rimaux est commissaire à la Cellule des personnes disparues au sein de la police fédérale. Il détaille les recherches qui ont permis de retrouver les corps de Tyméo Brigou (5 ans) le 24 août et de son père Bryan (29 ans) le 25 août à Onhaye, mais aussi les écueils auxquels les enquêteurs ont été confrontés.
- Publié le 26-08-2026 à 17h09
- Mis à jour le 27-08-2026 à 13h32

David Rimaux, comment expliquer qu'il a fallu deux mois pour retrouver Tyméo et Bryan Brigou à proximité du terrain de football d'Onhaye ?
On avait comme point de départ le parking du terrain de football. On a donc cherché pendant deux mois dans toutes les zones qui nous paraissaient les plus probables en fonction des éléments d'enquête et des témoignages dont on disposait.
Même si on n'est pas à 20 km du lieu de la disparition, on est quand même à une certaine distance dans une zone qui est inaccessible. Il nous manquait l'élément d'enquête (NDLR : la chaussure de l'enfant) qui nous a permis lundi d'effectuer des recherches précises à un endroit bien précis, ce qui nous a permis dans un premier temps de retrouver le corps de l'enfant.
Ensuite, mardi matin, à partir de cet endroit clé, on a pu refouiller de façon plus structurée et c'est comme ça qu'on a pu retrouver le corps d'un adulte, le papa de Tyméo.
Entre le moment où la disparition a été signalée par la mère de Tyméo (NDLR : la disparition a eu lieu le 27 juin et elle a été signalée le 29 juin), les premières recherches et celles de ce 24 août, d'autres fouilles ont-elles eu lieu entre-temps ?
On a fouillé quasiment deux mois non-stop à Onhaye et dans les alentours.
On est même repassé plusieurs fois à certains endroits. Mais quand on voit la configuration des lieux, c'est clair que la zone n'est pas facile d'accès. Il y a très peu d'habitations et des zones boisées qui sont quasiment toutes inaccessibles. Il y a également quelques étangs qui ont été vérifiés. Mais ils avaient une faible profondeur, d'autant plus avec la sécheresse, et on voyait à travers l'eau donc si un corps avait été là, on l'aurait vu. En plus, ce n'étaient pas des étangs de plaisance avec des berges accessibles à pied. Par contre, on n'a pas sondé la Meuse, le fleuve le plus proche du lieu de la disparition, car aucun élément ne nous y menait.
Par ailleurs, rien ne disait que les personnes disparues étaient toujours à Onhaye, donc on a aussi enquêté très loin d'ici.
Les corps ont finalement été retrouvés de part et d'autre de la N97 : le corps de Tyméo côté terrain de foot et celui de Bryan, de l'autre côté de la nationale. Les difficultés d'accès ont compliqué les recherches ?
Oui car on parle de sous-bois et de talus le long de la voie rapide. Ce sont des zones qui ne sont jamais fréquentées ni par des cyclistes ni par des passants. À part des ouvriers communaux qui viendraient nettoyer, personne ne passe jamais là.
Il y a différentes façons de chercher en fonction des infos dont les enquêteurs disposent ?
Bien sûr, on ne cherche pas de la même manière en fonction des circonstances. Les techniques et les manières de chercher ne sont pas les mêmes pour un petit garçon qui a disparu seul. Ici, il était avec un adulte. Il était susceptible de circuler en voiture ou via un autre moyen de transport. Les recherches auraient été encore différentes si un mot d'adieu avait été laissé dans la voiture.
Et puis, on ne connaissait pas les intentions ou le contexte de cette disparition. Il y avait une vingtaine d'hypothèses différentes. Ce n'est pas évident de chercher sans savoir. Les faits se passent probablement dans la nuit du 27 au 28 juin et la disparition n'a pas été signalée immédiatement. Il faut le temps que tout se mette en place. Rappelons aussi qu'au départ, il s'agit d'un papa avec son garçon de 5 ans, il n'y a rien d'inquiétant à ça à la base.
Quels moyens ont été utilisés pour retrouver les disparus ?
Il y a eu des recherches avec des chiens. Il y en a de deux types: ceux qui sont entraînés pour retrouver des personnes décédées qui réagissent aux odeurs de putréfaction humaine, et les chiens pisteurs qui repèrent les odeurs des personnes vivantes. Ceux-là ont été engagés dès le lundi 29 juin. À cela se sont ajoutés les survols en hélicoptère de la zone à de nombreuses reprises et les battues avec des policiers. La cavalerie de la police fédérale a également été mobilisée, ça permet de voir dans des herbes hautes par exemple.
Les hélicoptères sont munis de caméras thermiques mais ceux-ci ont aussi leurs limites ?
Ils s'arrêtent aux obstacles physiques. Ils ne permettent pas de voir au travers des feuilles des arbres. Or, ceux-ci sont particulièrement feuillus en été. C'est donc impossible de voir ce qu'il y a au sol. Les hélicoptères sont plus efficaces la nuit puisqu'ils permettent de repérer dans le noir la chaleur corporelle.
Est-ce l'hélicoptère qui a permis de localiser le deuxième corps (celui de Bryan) ce 25 août?
Non, c'est grâce aux battues. Parce qu'on avait un point de départ, qui était déjà dans une zone un peu particulière. On a donc dressé un périmètre autour de l'endroit où l'enfant avait été retrouvé la veille et c'est comme ça qu'on a pu retrouver le corps de l'adulte par la suite.
La chaleur de cet été a-t-elle eu un impact sur l'efficacité de certains moyens utilisés?
Oui, ce sont les pires conditions pour les chiens. Quand le sol est très chaud, les odeurs s'évaporent alors que quand il pleut, c'est plus efficace parce que les odeurs humaines sont fixées. Et puis un chien, comme un humain, travaille plus difficilement à 40 degrés plutôt qu'à 15. Il se fatigue beaucoup plus vite. La chaleur que l'on a connue depuis juin n'a rien facilité. Il n'y a que depuis ces derniers jours que les conditions étaient meilleures.
