Les séculaires Sept sauts ont été exécutés sur le pont
Comme chaque année depuis des siècles peut-être, la danse des Sept sauts a été exécutée, ce jeudi à minuit, sur le pont de Couvin. Rappel historique.
- Publié le 08-09-2017 à 06h00

Cette année encore, ils étaient nombreux, les Couvinois, à effectuer les Sept sauts sur le Grand-Pont, dans le centre de la ville.
La magie de cette danse traditionnelle s'est déroulée sous le rythme d'une fanfare. "Ce qui est le plus extraordinaire, c'est qu'il n'y a aucun organisateur, nous dit Pierre, l'un des participants. La population se réunit de sa propre initiative, chaque premier mercredi de septembre, pour fêter la fin du franc-marché, et ce depuis plusieurs siècles."
On nous explique sur place que la danse viendrait, à l'origine, des exposants de la foire. Les artisans ne payaient pas leurs emplacements, ce qui leur permettait de gonfler les bénéfices. Tellement contents à la fin de la journée, ils ont commencé à danser sur le pont, à minuit, et les Couvinois ont ensuite emboîté le pas.
"C'est formidable! On ne sait jamais s'il va y avoir du monde. Vous avez vu, à 23h57 il n'y avait personne dans la rue et trois minutes plus tard, les irréductibles étaient là et une fanfare apparaissait comme par magie. Je me souviens qu'une année, un seul joueur de tambour était présent. Mais n'empêche, nous avons chanté et dansé malgré tout", poursuit Pierre.
La danse des Sept sots
Une si vieille tradition peut être expliquée de plusieurs façons… La danse des Sept sauts, d'après une légende régionale, s'appelait initialement la danse des Sept sots! Cette histoire-ci la fait remonter au mois d'août 1622, l'année où des bandes armées d'Ernest de Mansfeld, malinois associé aux Provinces Unies, assiègent la ville de Chimay avec leurs 15 000 cavaliers et fantassins.
La cité se barricade, avec tout ce qu'elle a sous la main, y compris des tas de fumier. Des assiégeants tentent alors de s'introduire dans Chimay en empruntant la canalisation d'un lavoir de la ville basse… "Mais les femmes qui lavoient des linges, apercevant la tête d'un soldat s'en saisirent et le tuèrent. C'est ce qu'elles firent à quantité d'autres. Ce massacre dura jusqu'à ce que la rivière du parc estoie devenue toute en sang".
Effrayées à la vue de cette rivière de sang, les troupes de Mansfeld quittent la région, leur général s'écriant: "Nid de vipères, nous t'abandonnons aujourd'hui mais nous reviendrons…"
Les Chimaciens dansent pour festoyer la victoire. À chaque finale de l'air de danse, les fêtards s'accroupissent en criant "un sot!" en référence aux mercenaires envoyés par sottise dans cette évacuation d'eau…
Depuis, la population a oublié l'origine de la danse, qui s'est par ailleurs répandue dans toute la région, clôturant souvent la fête patronale, un carnaval ou une marche folklorique. On la retrouve partout, jusqu'à Morialmé, dans la Botte et même donc dans la cité pourtant historiquement rivale à Chimay, à Couvin, où la farandole et les Sept sauts terminés, les habitants ont rendu le pont à la ville pour un an, avant de se retrouver entre eux autour d'un bon verre.
Quelle que soit son origine, cette séculaire tradition a une fois de plus été respectée.
par lavenir-namur
