Notre dossier|"La meilleure solution contre le loup, ce sont les chiens de protection", affirme Michaël Rood, de Jalhay (vidéo)
Dès 2021, les troupeaux de moutons de Michaël Rood ont subi des attaques de loup répétées. Depuis, il a déployé tous les moyens possibles pour préserver ses bêtes : diminution de son cheptel, clôture anti-loup, chiens de protection… Le Jalhaytois nous livre son expérience.

- Publié le 21-10-2026 à 07h00
- Mis à jour le 21-10-2026 à 12h31

Les attaques de loup sur le bétail, le Jalhaytois Michaël Rood ne les connaît que trop bien. À la tête de l'entreprise de sapins de noël et d'aménagement en parcs et jardins JF Rood, ce dernier élève également des moutons, utiles pour désherber ses parcelles de sapin sans utiliser de produit phytosanitaire. Depuis 2021, Michaël a perdu un grand nombre de ses désherbeurs dans la gueule du loup. "Akela, il m'a mangé deux moutons sur 6 ans. Ce loup-là restait dans le bois, c'était un loup sauvage. Par contre Maxima, c'était toutes les semaines qu'elle venait, relate-t-il. Si on ne rentrait pas les moutons un jour dans l'enclos de nuit, elle venait systématiquement."
L'élevage de Michaël était l'un des premiers à être impacté par le retour du loup. Les dégâts des premières attaques étaient tels qu'en à peine quelques semaines, il avait déjà dépassé le plafond des indemnisations. "Le problème c'est qu'on a eu beaucoup d'attaques très rapprochées, et ce qu'il faut savoir c'est qu'on a droit à 25 000 € d'indemnisation sur 3 ans, et moi sur quelques semaines, j'avais bouffé mes 25 000 € de dégâts sur le troupeau." Michaël élève des Shropshire, une espèce de mouton britannique. "Pour les premières indemnisations, ils se basaient sur le barème officiel de 120 € par mouton, alors que mes brebis, je les achetais pour 500 € en Angleterre, sans compter le transport."
"Je n'ai pas vu un seul agneau"

Les indemnisations s'enclenchent lorsque l'éleveur retrouve une carcasse et que l'attaque est attribuée au loup, après analyse. Mais parfois, il y a une scène de crime, mais pas de corps. "Une année, j'avais investi dans une race de moutons rustiques, des scottishs blackface, qui agnèlent dans les prairies, relate-t-il. Un jour je suis venu pour voir mon cheptel, et les brebis avaient toutes le pis gonflé, mais il n'y avait pas un seul agneau. Et puis j'ai trouvé une patte dans un coin et j'ai très vite compris. Cette fois-là, je n'ai pas vu un seul agneau."
Certaines solutions fonctionnent sur papier
Pour protéger coûte que coûte ses ovins, Michaël a mis en place tout ce qui était possible. Il a même pris part à un projet pilote de l'Union européenne pour analyser ce qui fonctionne le mieux comme moyen de protection. "Clôture électrique, enclos de nuit et chiens de protection, rentrer les moutons tous les soirs… On a tout essayé", assure-t-il. Une chose un commun qu'ont toutes ces solutions ? Elles rajoutent une charge de travail et des frais pour les éleveurs.
"L'enclos de nuit, c'est bien sur papier, mais quand on se prend des précipitations 20 jours de suite, ce n'est plus un enclos, c'est une piscine, ironise-t-il. Les moutons en ont jusqu'au genou, ils attrapent du piétin, de la gale…" Parfois, ce n'est pas la météo qui joue en défaveur de l'éleveur, mais bien ses bêtes elles-mêmes. "J'ai dû arrêter les systèmes de filet électrique, parce que les moutons s'emmêlaient dedans, et je finissais par avoir plus de pertes dans ces filets qu'à cause loup. C'était vraiment une vérole, j'ai fini par les rendre à la Région wallonne."
"La meilleure solution contre le loup"
Alors qu'il n'a plus de filet pour protéger son troupeau, Michaël semble ne plus être aussi impacté qu'avant par les loups rôdant dans les Fagnes. La raison ? Quatre chiens de protection. "Ce sont des Mâtins transmontano, une race de chiens portugais. Pour moi, les chiens de protection restent la meilleure solution contre le loup. Cette année, nous n'avons subi aucune attaque." L'éleveur révèle aussi avoir dû diminuer drastiquement la taille de son cheptel d'ovins. "Pour le moment, on remplace une partie du troupeau par des vaches de race Hereford."

Il semblerait donc que les loups ne souhaitent pas se mesurer aux molosses de Michaël, "contrairement à une clôture où le loup peut faire ce qu'il veut une fois à l'intérieur, ici, il a une réponse directe et concrète", explique-t-il. Néanmoins, il n'est pas rare, même avec tout cet arsenal autour de son troupeau, qu'un agneau ou l'autre disparaisse encore de temps à autre.