Une production d'hydrogène vert à partir d'urine de porcs à Flobecq
La commune de Flobecq, le centre de recherche Materia Nova et leurs nombreux partenaires se lancent dans un projet novateur: la production d'hydrogène vert à partir d'urine de porcs de la ferme Beelprez.
- Publié le 10-07-2024 à 06h00

La commune de Flobecq est connue pour être à la pointe de la technologie. Elle le prouve, une fois encore, en se lançant dans un projet novateur qui contribue à un environnement plus durable: le projet URGENT-FCML (pour Urine to Green hydrogen and Fertilizers – Fonds Claire et Michel Lemay) vise à étudier la faisabilité d'une production d'hydrogène vert à partir d'urine de porcs récoltée dans des exploitations agricoles. Le projet, mené par la commune et le centre de recherche Materia Nova (et plus particulièrement par le Dr Fabrizio Maseri et le doctorant Grégory Guilbert qui en fait son sujet de thèse) et soutenu par l'Université de Mons, la Haute école Condorcet, WapInvest et les intercommunales Ipalle, Ideta et IEG, entre en phase d'expérimentation avec le projet d'installation de la première électrocatalyse à la ferme Beelprez à Flobecq.

Le déploiement des énergies renouvelables est l'un des enjeux majeurs de la lutte contre le réchauffement climatique. "On n'attend pas d'une commune rurale de 3 600 habitants, perdue dans les Collines, de s'attaquer à question aussi fondamentale que le changement climatique ", s'est étonné Philippe Mettens, le bourgmestre de Flobecq. "Ce qui est paradoxal, c'est que même si tout le monde parle du climat, cela n'a pas été si simple s'obtenir les financements nécessaires pour le démarrage de ce projet. " Les prémisses de celui-ci avaient en effet été présentées en octobre 2022, lors d'un conseil communal. "Notre objectif est d'éprouver durant environ deux ans une technologie nouvelle, brevetée et développée par Materia Nova. D'une certaine manière, nous allons essuyer les plâtres et voir les questions techniques qui se posent. Puis, une fois que ce projet pilote sera éprouvé, notre volonté est que l'hydrogène soit produit et démultiplié dans d'autres fermes d'élevage porcin." La Wallonie recense en effet 500 fermes équivalentes où l'installation pourrait être répliquée.
"Valoriser les liquides et les solides"
Concrètement, l'urine de porc – environ 650 000 litres par an au sein de la ferme Beelprez – est extraite du lisier ; elle est stabilisée puis décomposée en hydrogène grâce à l'électrocatalyse.
"Aujourd'hui, l'hydrogène est créé, soit à partir d'hydrocarbures, ce qui le rend très carboné", explique le Dr Fabrizio Maseri qui mène le projet auprès de Materia Nova, "soit, à partir de l'eau qui doit être très pure, ce qui rend le procédé très cher. Ce que nous testons ici présente l'avantage de nécessiter 30% d'énergie électrique en moins par rapport à un procédé classique et de ne pas dégager de CO2. La production est en outre beaucoup moins chère. "
En plus de l'hydrogène, l'électrocatalyse permet aussi de récupérer des coproduits verts: de l'eau traitée "qui pourrait être valorisée aussi sur l'exploitation agricole pour le nettoyage par exemple", des fertilisants naturels ou encore des carbonates solides "qui peuvent être utilisés pour désacidifier les sols ".
La partie solide du lisier peut quant à elle être valorisée par biométhanisation pour produire de l'énergie verte – chaleur et électricité verte – dont pourra bénéficier l'exploitation, voire ses voisins dans une logique de communauté d'énergie agricole. "La séparation rapide du lisier et la stabilisation de l'urée diminuera en outre fortement les émissions olfactives."
Le démarrage de l'opération est prévu en septembre.

"Réduire l'empreinte carbone des élevages porcins"
L'exploitation Beelprez s'est lancée dans l'élevage porcin en 2001 après la construction d'une porcherie de 65 m X 11 m, qui surplombe une fosse à lisier. Par an, l'exploitation, qui pratique une agriculture raisonnée, génère environ 650 000 litres d'urine porcine. Cela représente une production régulière estimée à près de 30 tonnes d'hydrogène vert par an, suffisantes pour alimenter cinquante véhicules à l'hydrogène vert parcourant environ 30 000 km/an. Le projet permettrait ainsi aux éleveurs de contribuer à réduire d'environ 20% l'empreinte carbone de leur élevage.
La technologie innovante pourrait aussi s'appliquer à d'autres secteurs, tels que dans les stations d'épuration pour le traitement des eaux usées avec un impact important tant sur la préservation de l'environnement que sur l'autonomie et l'autoconsommation énergétique.