L'exploitation de Rudy et Véronique à Flobecq: la ferme du "bien produire"
Entre Flobecq et Ellezelles, les deux compagnons de la ferme Beelprez prônent une agriculture qui privilégie la qualité à la quantité.
- Publié le 07-03-2024 à 07h30

Nichée sur les hauteurs du Pays des collines, quelque part entre Flobecq et Ellezelles, la ferme Beelprez ne se révèle qu'aux marcheurs les plus curieux. En s'en approchant, il est presque possible d'entendre les rires de Rudy et Véronique, les deux maîtres des lieux. Ici, vous ne trouverez pas la traditionnelle vache blanc bleu belge. Ce sont des blondes d'Aquitaine qui peuplent les box, bercées par les derniers tubes qui tournent en boucle sur la radio de la ferme. "On dit que cette race est sauvage, mais elle est vraiment rustique", explique Véronique. "On a un troupeau d'une centaine de vaches dont on fait de la viande. Et elles n'ont jamais vu un seul médicament, sauf problème de santé. Tout est complètement naturel !"
Lorsque Rudy rachète la ferme de ses parents, en 1996, il ne se destine pas à une carrière d'agriculteur. "Disons que je n'ai pas toujours voulu le faire, mais je l'ai toujours bien fait", plaisante celui qui se rêvait architecte.
Quelques années plus tard, en se rendant compte que le mode de fonctionnement de l'exploitation ne correspondait pas à ses attentes, il décide de changer de trajectoire. Il dit adieu aux vaches laitières et se relance dans les blondes d'Aquitaine.
"Je pense que c'était la meilleure décision que je pouvais prendre", acquiesce-t-il. Il désigne ensuite Véronique en souriant: "D'autant plus maintenant que j'ai une excellente vachère !"
Duo de choc
Aujourd'hui, le couple fonctionne en duo, comme l'explique Véronique: "Il s'occupe des cultures, des machines et de l'entretien pendant que je me charge des vaches et de l'administratif. Nos bêtes sont nourries grâce à ce que nous cultivons, donc on sait exactement ce que nous produisons. C'est la même chose pour nos porcs: ils sont destinés à l'industrie, mais j'en prends soin comme s'ils étaient mes enfants. Certaines personnes ont parfois une image erronée du porc industriel." Et Rudy ajoute: "Il ne faut pas oublier que cette partie de notre activité nous assure un revenu fixe chaque mois. C'est non-négligeable. Mais, comme dit Véronique, on sait exactement ce qu'on leur donne car nous avons atteint l'autonomie fourragère. Ils ne sont pas bourrés de médicaments comme certains pourraient le croire."
Complices et complémentaires, les deux agriculteurs n'hésitent pas à se taquiner gentiment. Quand Rudy demande à Véronique si elle sait combien d'hectares de pommes de terre ils cultivent, l'éleveuse répond "cinquante-deux", du tac au tac. Hilare, il la reprend: "Impossible que tu le saches parce que je ne le sais pas moi-même !" C'est comme ça que le couple fonctionne: dans la bonne humeur. "Même si chacun a ses spécialités, on n'hésite jamais à donner un coup de main dans le domaine de l'autre. C'est normal", explique Véronique.
Concernant leur futur, les deux agriculteurs ne savent pas exactement à quoi s'attendre. Si les récentes manifestations qui ont secoué l'Europe ont mis en évidence les failles du système agricole, la question de la succession se pose également. "Je pense qu'à force de nous voir travailler d'arrache-pied, nos enfants sont de moins en moins motivés à l'idée de reprendre l'exploitation", regrette Rudy. "Cela dit, je n'ai jamais habité à la ferme donc ils n'ont pas vraiment baigné dans le milieu. C'est difficile de leur en vouloir."
En quête de sens
Les choix du duo sont toujours menés par de profondes réflexions. Selon eux, leur exploitation doit non seulement s'adapter à son époque, mais aussi à son environnement. "Nous avons fait d'une difficulté, à savoir le relief du Pays des collines, un avantage", affirme Véronique. "Tout ce qui n'était pas cultivable est maintenant valorisé car nous en avons fait des pâtures pour les vaches. Ça leur correspond bien !"
Rudy, quant à lui, ne pulvérise jamais systématiquement ses champs. Il pense toujours aux conséquences environnementales et économiques, pèse le pour et le contre de ses décisions, et choisit la meilleure option.
Dans le même sens, le couple est conscient des limites que les vieux bâtiments de leur ferme constituent. S'ils ne sont pas adaptés à la mécanisation de l'élevage, ils encouragent Rudy et Véronique à travailler manuellement. Puisque les compagnons prônent une agriculture raisonnée et raisonnable, cela leur convient parfaitement. "J'ai entendu Thierry Marx dire que nous étions entrés dans un système d'alimentation à double échelle", se souvient Rudy. "Il y a ceux qui veulent manger bon marché et ceux qui veulent bien manger. Nous, on fait partie de ceux qui veulent bien produire."
