Passer une IRM le dimanche ou le soir, c'est normal docteur ?
De plus en plus d'examens IRM sont programmés le week-end ou le soir afin de réduire les délais d'attente, de 2 à plus de 6 mois dans certains hôpitaux. Est-ce à cause d'un nombre insuffisant de machines ? Les médecins prescrivent-ils trop d'examens ? On tente d'y voir plus clair avec le vice-président de la Société belge de radiologie, le Dr Frédéric Alexis.

- Publié le 24-11-2023 à 07h00

Le délai d'attente moyen pour passer une IRM est de 2 à 3 mois, voire plus de 6 mois dans certains hôpitaux. La demande augmente de 7 à 10% par an, principalement à cause du vieillissement de la population. De plus, l'IRM est recommandée pour explorer certaines parties du corps (notamment la colonne vertébrale, le crâne) à la place du scanner qui expose aux rayons X. D'autres explorations par exemple cardiologiques et oncologiques deviennent incontournables.
Pour répondre à la demande, la plupart des services de radiologie des hôpitaux du pays ont dû étendre leurs plages horaires, parfois jusqu'à minuit en semaine et aussi le samedi et/ou le dimanche. En Flandre, où la pratique existe depuis plus longtemps, on peut dans certains établissements hospitaliers passer une IRM à 2h du matin.
Les examens réalisés le soir ou le week-end sont en général ceux qui nécessitent le moins de personnel (un technologue au lieu de deux) et sont plus rapides à réaliser. "Un examen du genou prend moins de temps qu'un examen du cœur ou de certaines régions abdominales qui demandent un appareillage plus compliqué".
Les examens urgents sont faits dans la journée, rassure Frédéric Alexis, vice-président de la Société belge de radiologie (SBR). "Des plages tampons sont prévues dans le planning. Dans le cas d'un AVC aigu, l'IRM est faite dans l'heure. Le plus compliqué pour les radiologues, ce sont les IRM devant être réalisées dans les 15 jours qu'il faut intercaler dans la programmation. ".
139 appareils agréés
Le nombre de machines IRM en activité serait-il à l'origine de ces délais anormalement longs ?
Actuellement, 139 appareils sont agréés pour l'ensemble des hôpitaux du pays, soit environ 12 appareils pour 1 000 000 d'habitants. C'est bien moins que dans les autres pays d'Europe de l'Ouest où la moyenne était, en 2021, de 22,6 appareils pour 1 000 000 d'habitants (chiffres OCDE).
La Belgique utilise les machines de manière plus efficiente, souligne le Dr Alexis. Chiffres à l'appui: "le nombre moyen annuel d'examens par machine est de 4 366 en Europe pour 7 632 en Belgique ".
Elargir le parc d'appareils est une piste qui n'est actuellement guère envisageable, selon lui, "tant à cause du coût difficilement supportable pour les finances de l'État que de la pénurie de technologues en imagerie médicale".
Réguler les prescriptions
Plutôt que d'augmenter le nombre d'appareils, il faudrait prioritairement agir pour réguler les prescriptions, préconise-t-il.
"Un audit réalisé dans les hôpitaux, entre 2017 et 2019, concernant l'utilisation des CT-scans et des IRM a montré des différences régionales importantes en matière de prescriptions dans l'exercice de la médecine générale. Depuis des années, nous demandons un système d'aide à la prescription des imageries médicales comme il en existe pour les médicaments. L'IRM est un examen à haute valeur ajoutée, de précision, il ne faut pas demander cet examen pour tout et n'importe quoi… Chez un septuagénaire qui a mal au genou, il y a plus de probabilités que ce soit de l'arthrose plutôt qu'un ménisque à opérer… Un lumbago guérit de lui-même la plupart du temps et ne nécessite pas d'examen".
Le radiologue jouit d'un droit de substitution lui permettant de remplacer un examen par un autre quand il estime que l'examen demandé n'est pas approprié. "Par exemple, si on prescrit un scanner chez un patient jeune avant tout autre examen, on fera plutôt une échographie, un examen moins irradiant et qui permet de répondre à certaines questions, ou bien une IRM".
Optimiser les appareils
Autre piste de solution avancée par le Belmip (Belgian Medical Imaging Platform) et la SBR pour raccourcir les délais d'attente: optimiser l'utilisation des machines. En 2022, 1 275 000 examens IRM ont été réalisés dont 785 267 en Flandre, 377 335 en Région wallonne et 105 309 dans les hôpitaux bruxellois (chiffres Inami).
"En 2019, le nombre moyen d'examens par appareil était de 8375, avec des écarts qui varient de 2 500 à 18 000, avance le Dr Alexis. Les appareils qui font moins de 8 000 examens ont donc un potentiel d'augmentation".
Mais pour la SBR, l'extension des plages horaires au sein des hôpitaux doit s'accompagner d'un financement correct. "Une réforme de la nomenclature est en cours à l'Inami pour avoir un ajustement qui correspond à la réalité du terrain, la nomenclature actuelle date de plusieurs décennies. Faire mieux avec moins de matériel et moins d'argent est une équation difficile voire impossible à résoudre… Ce n'est pas la réalité du terrain: le coût des appareils et du personnel augmente d'année en année sans compter la maintenance, l'énergie…"
Eduquer les patients
Plusieurs campagnes ont été menées pour rappeler que les examens d'imagerie médicale (scanner, mammographie, radiographie,…) ne sont pas anodins.
"En Belgique, on a accès facilement aux soins de santé, même s'il faut parfois attendre un peu, et les soins sont peu coûteux: le ticket modérateur pour une IRM est de 9,92 €. Parfois, quand c'est trop facile ou disponible, la tentation de faire un examen est d'autant plus grande. Il arrive régulièrement que des gens prennent un rendez-vous pour une IRM dans 3 ou 4 hôpitaux, se présentent à celle qui est programmée le plus rapidement sans prendre la peine de décommander les 2 ou 3 autres. On sait que le patient ne vient pas quand il ne se présente pas… Au détriment des personnes qui attendent des semaines pour obtenir un rendez-vous"
