"Pas dans nos poches !": entre 30.000 et 50.000 Belges dans la rue contre les mesures de l'Arizona
Entre 30.000 et 50.000 personnes ont manifesté à Bruxelles ce vendredi à l'appel des syndicats CSC et FGTB. À l'approche de l'échéance budgétaire du 13 octobre, les témoignages traduisent une même colère face aux mesures envisagées par le gouvernement.
- Publié le 09-10-2026 à 19h48
- Mis à jour le 09-10-2026 à 19h49

"On n'en peut plus, ils augmentent tout, ça devient intenable !" Sa fille de cinq ans dans les bras et une pancarte "Ne volez pas notre avenir" brandie de l'autre main, Simone tire la sonnette d'alarme. "Je suis mère de trois enfants. Entre les mesures qui menacent leur avenir et le coût de la vie qui explose, je ne vois plus le bout du tunnel", dénonce-t-elle.
Des pleins à plus de 100 euros, deux heures de cours supplémentaires pour les enseignants du secondaire supérieur ou encore des abonnements LeTec près de 30 fois plus chers : ils étaient entre 30.000 et 50.000 Belges, étudiants, professeurs, retraités ou encore artistes, à battre le pavé bruxellois ce vendredi pour exprimer leur ras-le-bol. Menée par les syndicats CSC et FGTB, la mobilisation s'est déroulée sous une pluie battante, au rythme d'un slogan scandé dans les rues de la capitale : "Pas dans nos poches !". "On ressent tous une profonde injustice entre les gens qui se sont rempli les poches de toutes les manières possibles et les plus précaires, qui n'ont rien demandé", déplore Nicole, retraitée de 65 ans, venue manifester avec sa sœur Isabelle. "Ils s'attaquent à notre portefeuille et surtout aux jeunes, c'est un drame."
Les étudiants, en premier front
Un constat qui résonne particulièrement chez les étudiants, venus en nombre des quatre coins du pays pour faire entendre leurs voix. Parmi eux, Emine, étudiant en troisième année de sciences politiques à l'UNamur, pour qui les difficultés financières ont bien failli avoir raison de son parcours : "Même si mes parents m'aident, je dois payer mon kot et mon minerval, qui s'élève désormais à 1.200 euros. Ajoutons à cela la pression du décret Paysage : j'ai failli décider d'arrêter mes études. Je ne sais pas si on se rend compte de ce que ça veut dire. Tu peux être en dernière année et avoir envie de tout plaquer."
Imane, étudiante en droit à Bruxelles, va même plus loin et voit dans ces mesures une atteinte à la démocratie : "On est dans un pays qui nous dit qu'il faut faire des économies sur l'éducation, alors qu'elle constitue un pilier de la société. Je rappelle qu'étudier est censé être un droit international. S'attaquer aux études, c'est donc s'attaquer à la démocratie. Et je me battrai pour que les jeunes qui passeront après nous puissent étudier dans de meilleures conditions", déclare-t-elle.
Et de meilleures conditions, c'est ce que réclame Samira, élève en cinquième secondaire à Wavre, dont l'école peine à faire face au manque d'enseignants : "On est en octobre et je n'ai toujours pas eu de cours de sciences économiques parce que notre école n'arrive pas à trouver de professeur. Et on n'est pas les seuls : dans d'autres classes, plusieurs professeurs se succèdent pour un même cours, c'est un vrai bordel", déplore-t-elle.
Les mesures potentielles de l'Arizona font grincer des dents
Le lieu et la date de la manifestation ne devaient rien au hasard. En descendant dans les rues de Bruxelles, syndicats et manifestants entendaient mettre la pression sur le gouvernement à quelques jours de la fameuse échéance du 13 octobre, date à laquelle l'Arizona entend trouver les 10 milliards d'euros nécessaires pour résorber le déficit public d'ici 2029. "Après avoir voté MR pendant 40 ans et ensuite Engagés pendant près de 10 ans, je suis écœuré par les mesures de ce gouvernement. On est en train de foutre l'avenir de ce pays en l'air", témoigne Alain, retraité depuis 10 ans.
Hausse de la TVA de 21 à 22 %, départ anticipé à la pension rendu moins attractif ou encore instauration d'une franchise annuelle pour les remboursements médicaux : les mesures envisagées par le gouvernement planent comme des épées de Damoclès au-dessus de la tête des Belges. Sofiane (prénom d'emprunt), demandeur d'emploi depuis plus d'un an, commence à perdre patience : "Une fois mon loyer et mes assurances payés, qu'il s'agisse de ma voiture ou de ma santé, je suis déjà en difficulté dès le 10 du mois. Sincèrement, s'ils augmentent encore le coût de la vie, je ne sais pas comment je vais faire", alerte-il.
Les artistes également dans le collimateur de l'Arizona ?
Un crayon à la main et un bloc-notes dans l'autre, Margot croque les scènes de la manifestation. Comme beaucoup d'étudiants français, elle a choisi le Plat-Pays pour éviter Parcoursup, la plateforme française d'admission dans l'enseignement supérieur. "On vient ici aussi pour le statut d'artiste, mais quand on voit que ça commence à disparaître ici aussi, on se sent obligés de venir manifester", raconte-t-elle.
Grégory Motte, "artiste à multiples casquettes", partage cette inquiétude : "Aujourd'hui, obtenir le statut d'artiste est nettement plus difficile qu'avant. Ajoutons à cela la limitation du chômage : on voit bien qu'ils grignotent nos droits petit à petit."
Pour rappel, après de longues négociations l'ancien "statut d'artiste" avait été remplacé au 1er janvier 2024 par le statut de "travailleur et travailleuse des arts", dont une première évaluation, prévue dans la loi, devait avoir lieu en 2027 : "Si même la culture est menacée désormais, que reste-il ?, conclut Margot, un sourire teinté d'amertume aux lèvres.
