Emprunter est devenu une affaire de riche
La demande de crédit hypothécaire est en forte baisse. La faute au coronavirus? Trop simpliste, explique Immotheker.

- Publié le 22-08-2020 à 06h00

Le Belge aurait-il perdu l'appétit pour l'immobilier? Une certitude, il sollicite moins les banques. Les demandes de crédit hypothécaire ont reculé de 19,9% au premier semestre, selon des chiffres de la Banque nationale de Belgique (BNB), rapportés par Immotheker Finotheker.
Ce constat n'a rien d'exceptionnel, estime Febelfin, la coupole qui représente le monde bancaire. La crise du coronavirus a obligé agents immobiliers et notaires à fermer leurs officines. Sans bien à acheter, la demande de crédit a tout naturellement reculé, explique-t-on.
Sauf que l'argument laisse John Romain de marbre. Pour le fondateur d'Immotheker, bureau qui aide, entre autres, le candidat acheteur à trouver le meilleur taux pour financer son projet immobilier, la crise masque une autre réalité.
25% de fonds propres
Pour appuyer le propos, il est retourné consulter les chiffres d'avant-crise. Avec à la clé ce constat: "En janvier, février ou mars, ce n'était pas encore la crise. On constatait pourtant déjà la même tendance. "
L'explication de la baisse de la demande de crédits est plutôt, selon lui, à rechercher du côté de la BNB. Inquiète du volume important de crédits accordés par les banques ces dernières années, celle-ci a depuis plusieurs mois émis des recommandations pour freiner le risque de surchauffe.
"La BNB demande aux banques d'être beaucoup plus prudentes, rappelle Febelfin, pour maintenir un marché sain. L'emprunteur doit désormais avancer 10% du montant du bien ainsi que les droits d'enregistrement et les frais de notaire."
Un sacré montant, équivalent à 25% du prix d'un bien (soit 62 500€ pour un bien de 250 000€), qui pénalise toute une frange de la population. "Surtout les jeunes acheteurs, de moins de 35 ans, qui n'ont pas assez de fonds propres et qui doivent attendre et épargner pour pouvoir emprunter ", regrette John Romain.
"Les banques ont une marge de tolérance de 35% sur l'encours total des crédits, relativise Febelfin. Si le client dispose d'un bon dossier, il est possible d'aller au-delà (des 90% de quotité)."
Mieux vaut être Bruxellois
Chaque dossier est donc particulier. Et influencé par la Région où souhaite s'installer l'acheteur. Car à Bruxelles, rappelle John Romain, les droits d'enregistrement ont été revus à la baisse pour faciliter l'accès à un premier bien. Ce n'est pas le cas en Wallonie où le montant à sortir au moment de la signature des actes est handicapant.
En Flandre, la disparition du "Woonbonus", le chèque habitat, a aussi entraîné un recul de la demande. Et pourtant, les prix continuent de croître.
Le montant emprunté aussi. Il s'élevait en moyenne à 189 381 euros au premier semestre contre 173 389 euros un an plus tôt. John Romain explique cette tendance par le fait que l'offre de biens ne suffit pas à répondre à la demande. Un constat qui prévaut surtout pour les appartements, particulièrement recherchés par les investisseurs, souligne le spécialiste. Et la reprise constatée aussi bien par Febelfin que par Immotheker en juin ne devrait pas améliorer la situation.
