"Il est possible de manifester pour ses droits sans tout casser", selon Bernard Quintin qui accuse les antifas... contrairement à la police
L'opposition a regretté que l'exécutif ne retienne que les violences commises en marge des manifestations de Liège et non les revendications des jeunes. Mais pour le ministre de l'Intérieur, chacun doit prendre ses responsabilités. Et pour le libéral, les antifas sont notamment responsables des débordements. Une version qui n'est pas partagée par les autorités liégeoises.

- Publié le 08-10-2026 à 19h07
- Mis à jour le 09-10-2026 à 11h04
Les manifestations qui secouent Liège depuis plusieurs jours ont fait l'objet de plusieurs interpellations ce jeudi lors de la séance plénière à la Chambre. Ou, plus précisément, les dégradations commises en marge de ces manifestations. Si l'ensemble des partis politiques a condamné la casse qui a émaillé ces rassemblements, ils étaient loin de s'accorder sur les réponses à apporter aux manifestants.
"Ces jeunes ont le sentiment que tout est fait pour casser leur avenir. Et ces messages là, ça fait des mois qu'ils tentent de les exprimer, mais personne ne les écoute, a insisté le président du PS Paul Magnette. Cette formidable jeunesse, elle s'organise, elle manifeste, elle occupe les écoles. Et elle le fait avec un calme et une sérénité extraordinaires. Mais on le sait, il y a des casseurs, des adultes, qui se sont infiltrés dans ces mouvements. Ils doivent être arrêtés et punis. Il n'y a pas de débat là-dessus. Mais la répression des casseurs ne doit jamais servir à détourner l'attention de la revendication de ces jeunes, qui sont justes et légitimes."
C'est une atteinte grave aux droits de manifestation et à la liberté d'expression
Nabil Boukili a dénoncé pour sa part la "décision grave" "d'interdire les rassemblements de plus de trois personnes à Liège. C'est une atteinte grave aux droits de manifestation et à la liberté d'expression."
Et le député PTB de relever les contradictions de Georges-Louis Bouchez qui avait appelé en matinée les syndicats à annuler la manifestation de vendredi : " D'un côté, vous attaquez la jeunesse. Vous attaquez le droit des travailleurs. Et de l'autre côté, vous voulez les empêcher d'exprimer leur opposition à votre politique de casse sociale."
"Vous avez déjà trouvé les coupables"
Sarah Schiltz s'en est, elle, directement pris au ministre de l'Intérieur, Bernard Quintin, qui, lors d'un point presse en matinée pointait du doigt la responsabilité des antifas dans les violences commises dans le centre de Liège. "J'ai pu lire dans la presse que vous avez déjà trouvé les coupables des dégradations : les parents et les écoles. (...) Mais, est-ce que vous avez entendu les élèves qui manifestent?" s'est interrogée l'écologiste. "Ça fait des mois qu'ils le disent, mais vous, c'est seulement là maintenant que vous vous en préoccupez. "
Un son de cloche partagé par la députée Isabelle Hansez. Si l'Engagée déplore "le comportement inacceptable d'une minorité", elle insiste : "Une majorité a un message pour nous, qui doit trouver un écho. Leurs revendications doivent pouvoir être entendues. "
"Il en faut toujours plus", dénonce Bouchez
Le président du MR a pour sa part tenu à relativiser la portée de ces manifestations. "Il faut juste remettre les choses en perspective. Les rassemblements qui ont réuni le plus de gens, ils étaient 500. Pour votre information, il y a près d'un million de jeunes qui sont dans l'enseignement obligatoire en Fédération Wallonie-Bruxelles." Un "des enseignements les mieux financés de la planète. (...) Il en faut toujours plus", déplore Georges-Louis Bouchez.
Pour le Montois, les débordements de la Cité ardente portent une signature : "C'est l'extrême gauche à Liège." Et la patron des libéraux de lancer un appel au gouvernement : " Qu'allez-vous faire pour reprendre en contrôle, sanctionner également les parents et interdire TikTok, qui est un organe de propagande aujourd'hui ? "
Quintin pointe les responsabilités
Pour Bernard Quintin, "il est possible de manifester pour ses droits sans tout casser. Je l'ai vu hier des fenêtres de mon bureau", quand 200 à 300 élèves ont manifesté à Bruxelles. "Donc c'est possible et cela rend d'autant plus inacceptable ce qui s'est passé ces derniers jours à Liège."
Des violences qui auraient pu être évitées selon le ministre si des mesures d'interdiction, comme celles prises jeudi, "avaient été prises plus tôt". Ce qui aurait "probablement évité les problèmes que nous avons connus hier : les très graves problèmes dont le pillage de certains magasins".
"Ces mesures doivent être prises"
Pour le libéral, l'arsenal législatif contient des mesures pour répondre aux événements de Liège : "Ces mesures doivent être prises, qu'on le veuille ou non. Elles sont légales. Elles n'empêchent pas de manifester, elles empêchent simplement de tout casser. Et on les met en place."
Bernard Quintin en appelle aussi à la responsabilité des parents "qui doivent bien observer et surveiller leurs enfants. Ils doivent être tenus responsables et ils doivent en assumer les conséquences jusqu'au bout."
Les professeurs en prennent aussi pour leur grade : "Peut-être Mars Attack, qui ferait bien de revenir sur Terre, et des professeurs qui pourraient encourager leurs élèves à aller au cours plutôt que d'aller protester violemment dans la rue."
Lui, en tout cas, continuera à faire son travail "qui est d'assurer l'ordre et la tranquillité publique".
Les antifas pointés du doigt, mais pas par tout le monde...
Pour le ministre de l'Intérieur, les violences sont le fait des antifas. Une certitude que ne partage pas la police, pas plus que le bourgmestre Willy Demeyer.
Bernard Quintin avait fait le déplacement jusqu'à Liège jeudi matin au briefing des forces de police. Et il s'est montré très ferme : "L'ordre et la tranquillité seront rétablis. Tous les moyens nécessaires, la police fédérale et les zones de police locales notamment, seront mobilisés. Il y a une responsabilité des parents, des écoles, mais aussi du mouvement antifa."
Une fermeté réaffirmée devant les députés en plénière l'après-midi : "Il y a aussi une responsabilité des mouvements extrémistes. Et oui, j'ai parlé des antifas ce matin dans les médias parce que j'ai assisté aux deux briefings qui ont été donnés au cours desquels il a été indiqué par les forces de l'ordre, qui me semblent mieux renseignées que quiconque sur le sujet, que les antifas infiltrent ces mouvements d'élèves et les invitent à la violence. Ce que je trouve singulièrement irresponsable."
Police et bourgmestre moins catégoriques
Des propos clairs. Mais qui étonnent. Car la police de Liège, que nous avons contactée, est loin de se montrer aussi catégorique. "Willy Demeyer (le bourgmestre de Liège, NDLR) a tempéré les propos de M. Quintin. On ne peut pas dire que les gens qui cassent sont des antifas, nous explique le service de presse de la police liégeoise. On ne connait pas précisément leur idéologie. On ne peut pas dire non plus qu'ils ont incité à quoi que ce soit."
Si la police a bien reconnu des antifas dans les manifestations, elle ne peut affirmer qu'ils aient pris part aux incidents ou aient incité à ce que ceux-ci soient commis. Pas plus qu'elle ne peut à ce stade faire de lien avec d'éventuelles mouvances d'extrême droite. "Nous devons analyser les images et procéder à des enquêtes", précise la police, avant de tirer des conclusions.
On ne peut pas dire que ce sont eux qui agitent les manifestants.
Contacté, le cabinet du bourgmestre tempère également les propos du ministre: "Il y a évidemment des gens en lien avec les antifas mais on ne peut pas dire que ce sont eux qui agitent les manifestants."
Des autorités qui rappellent que rien n'interdit aux antifas de prendre par aux manifestations. "Ce n'est pas un délit. Ce sont des gens qui ont une opinion politique mais ce n'est pas pour ça qu'on peut dire qu'ils noyautent le mouvement. C'est prématuré de le dire."
Seules les "analyses criminalistiques en cours" pourront l'affirmer.
