La situation budgétaire de la Fédération Wallonie-Bruxelles est-elle grave ? Oui ! Mais grave comment ? (infographie)

Alors que la diffusion d'un rapport a mis le feu dans les différents secteurs de la Fédération la semaine dernière, plusieurs experts ont rappelé ce lundi le délicat contexte budgétaire de la FWB. On décode.

Nouveau le 1er décembre - Le brevet d'animateur de la FWB reconnu également en France
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Pierre Crevits (Dexia, ex-BNB) l'a répété devant les parlementaires : "Le déficit s'est fortement détérioré" au cours des dernières années. Et " il n'y a pas de perspective de rétablissement. Au contraire…"

Quelques jours après la diffusion pirate du rapport commandé par le gouvernement dans le cadre de ses travaux budgétaires, le président du comité d'experts installé à cet effet a réexpliqué en commission Budget du Parlement – où il était auditionné ce lundi – le diagnostic posé : "Avoir une dette qui correspond grosso modo à 100 % de vos recettes, par rapport à d'autres niveaux de pouvoir ou à d'autres pays, ce n'est pas nécessairement en soi alarmant", a-t-il convenu. Avant de se montrer plus incisif : " Ce qui est alarmant, c'est le déséquilibre structurel qu'on observe désormais entre les recettes et les dépenses, et c'est le fait que si on ne fait rien d'ici 4 ans on va atteindre 150 % des recettes". Et creuser ainsi la dette communautaire.

guillement

Ce qui est alarmant, c'est le déséquilibre structurel qu'on observe désormais entre les recettes et les dépenses.

Boule-de-neige

Or, celle-ci se retrouve aujourd'hui sous la menace d'un effet "boule de neige ", un "emballement " que les experts appellent "de façon unanime" à "éviter ", a insisté Pierre Crevits.

Responsable-expert au sein de l'Agence de la dette, Jean-François Masure n'a pas dit autre chose lorsqu'il a présenté les perspectives de celle-ci, insistant sur le fait que, pour la première fois en 2025, la dette de la Fédération dépasserait le seuil des 100 % des recettes. Avec un risque de la voir atteindre, rapidement, un ratio bien plus important encore.

La dette de la FWB
La dette de la FWB ©EDA

Or, la dette coûte. Environ 294 millions en charges d'intérêt actuellement.

Et ces charges pourraient "doubler d'ici 2029", à 600 millions donc, puis "à nouveau doubler d'ici 2040" et atteindre ainsi 1,2 milliard, a prévenu Pierre Crevits. " Autant de centaines de millions qui ne peuvent être consacrés aux missions de la Fédération Wallonie-Bruxelles ".

Facteurs

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation.

Tout d'abord, " les recettes augmentent un peu moins" que prévu, a indiqué Alexandre Mollet, directeur général du département des finances de la FWB, soulignant que "différents paramètres" de la loi spéciale de financement n'étaient "pas en notre faveur ". De même, il faut ajouter "les cotisations de responsabilité des pensions qui pèsent sur nos recettes".

Ensuite, "beaucoup de nos dépenses sont sujettes à inflation. Mécaniquement, à politique inchangée, l'écart finit par se creuser", a-t-il pointé.

Enfin, Jean-François Masure a rappelé certains facteurs macroéconomiques, à commencer par les taux d'intérêt, passés de 0 % en 2021 à 3,5 % aujourd'hui. De quoi augmenter le coût de la dette, donc.

Refinancement

Alexandre Mollet a résumé " une évolution préoccupante, peut-être pas à très court terme, mais il faudra s'en préoccuper", ajoutant que "ne rien faire" serait "problématique ", car cela pourrait entraîner " des difficultés pour trouver des investisseurs " et "nos conditions pour emprunter seraient moins bonnes ".

guillement

C'est une évolution préoccupante, peut-être pas à très court terme, mais il faudra s'en préoccuper.

Or, cette question du refinancement est loin d'être anodine : la FWB devra prochainement trouver de nouveaux investisseurs pour refinancer sa dette à hauteur de 925 millions dans les 3 prochaines années, puis de 800 millions supplémentaires en 2029, 900 millions supplémentaires en 2030 ou encore 1 milliard en 2033.


"Attendre n'est plus une option"

Avec le comité d'experts, la direction générale des finances de la FWB et l'Agence de la dette, voilà " trois organismes indépendants " qui "confirment unanimement " qu'"attendre n'est plus une option, il faut agir sans délai", souligne le député Loris Resinelli (Les Engagés). Sa partenaire de majorité Valérie Bluge (MR) abonde : rappelant que " les moyens d'action sont limités ", elle a plaidé pour une prise de responsabilité face à "des mesures inéluctables " si "on ne veut pas qu'elles soient plus graves ", soulignant encore que "ce n'est pas un choix idéologique, mais un impératif. Si on veut préserver les politiques essentielles, nous devons faire des efforts, nous devons agir".

Mr's Valerie Bluge pictured during a plenary session of the Walloon Parliament in Namur, Wednesday 24 September 2025. BELGA PHOTO ERIC LALMAND
Valérie Bluge (MR) ©Belgaimage

Depuis les bancs de l'opposition, Martin Casier (PS) n'a pas nié que la situation était "préoccupante" et qu'elle "va nécessiter des efforts ". Le socialiste a encore partagé le besoin de "sérieux " qui " nous permettrait à chacun d'éviter les excès. Soyons juste dans les propositions qu'on mène et arrêtons d'agiter la peur ", référence à l'émoi notamment suscité par les fuites du rapport en fin de semaine précédente.

Arbitrages politiques

Il faut dire que ce rapport "a renforcé" un contexte dans lequel la majorité "stigmatise les enseignants et les acteurs de terrain", a de son côté dénoncé Hajib El Hajjaji (Écolo) regrettant par ailleurs "une frontière floue entre ce qui relève d'une expertise et ce qui s'annonce comme des arbitrages politiques, voire idéologiques, et qui donne une certaine orientation" au texte. Ce que Valérie Bluge (MR) a rejeté, évoquant " des recommandations et des pistes qui ne vont pas toutes dans le sens de la majorité".

Hajib El Hajjaji (Ecolo)
Hajib El Hajjaji (Ecolo) © ÉdA Philippe Labeye

Pour être complet, on notera que le PTB et sa cheffe de groupe Amandine Pavet ont dénoncé ce "cadre" budgétaire dans lequel le gouvernement souhaite insérer la FWB, notant par ailleurs à l'attention du président du comité d'experts que "travailler pour une banque" n'est pas la même chose que "travailler pour les secteurs" concernés...

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