Le député Michel De Maegd quitte le MR: un transfert qui laissera des traces (Analyse)
L'annonce du transfert ce mardi 6 janvier 2026 du député fédéral Michel De Maegd du Mouvement réformateur vers Les Engagés est loin d'être anodin. Et à coup sûr, il devrait laisser des traces.

- Publié le 06-01-2026 à 14h05
- Mis à jour le 06-01-2026 à 14h59

"Force est de constater que le MR a singulièrement changé, a expliqué Michel De Maegd. Sept ans plus tard, je ne reconnais plus le parti dans lequel j'avais choisi de mener des combats." C'est avec ces mots que le député fédéral a justifié son départ du MR pour rejoindre Les Engagés. Un départ qui pourrait redistribuer plusieurs cartes sur la scène politique belge francophone.
La crédibilité de Michel De Maegd
S'il a pris tout le monde à froid ce mardi matin, le départ de l'ancien journaliste ne constitue pas en soi une surprise. La rumeur enflait depuis plusieurs mois à la suite des divergences exprimées sur la place publique par le député fédéral envers son président de parti Georges-Louis Bouchez. Michel De Maegd dénonçait "cette dérive autocratique inquiétante" du Montois et affirmait ne plus "reconnaître le parti dans lequel (son) combat politique a commencé".
Néanmoins, début décembre, le Bruxellois affirmait "avoir sa place au MR" et vouloir y rester. "Plus que jamais, j'ai ma place puisque, plus que jamais, je défends les valeurs de libéralisme social et humaniste, et je veux les défendre au sein du parti en évitant qu'il y ait une ligne qui aille trop près de la droite radicale."
Un mois plus tard, il annonce donc son départ, préservant de la sorte son image et confortant son costume d'homme issu du libéralisme social et… humaniste, tel qu'il se présente.
Renfort de poids pour Les Engagés
L'arrivée de Michel de Maegd dans les rangs Engagés constitue un atout incontestable pour le parti. S'il a fortement rebondi au dernier scrutin de juin 2024 en Région wallonne (+9,67% des voix par rapport à 2019), le mouvement a rencontré moins de succès dans la capitale (+3,5% en moyenne tant à la Région qu'au Fédéral). Les Engagés peinent à trouver une locomotive électorale à Bruxelles, à l'instar jadis de Joëlle Milquet et de ses 33000 voix en 2007.
Or, Michel De Maegd a signé le sixième score, toutes listes confondues, dans la circonscription de Bruxelles à la Chambre en juin dernier. Avec ses 17946 voix, il devançait d'ailleurs la tête de liste Les Engagés, à savoir l'actuelle Ministre-présidente de la Fédération Wallonie-Bruxelles Elisabeth Degryse (9ème score avec 11943 voix).
L'arrivée de l'ancien journaliste, conjuguée à la montée en puissance du président de parti, Yvan Verougstraete, pourrait attirer de nouveaux électeurs, notamment des déçus du MR.
Coup dur pour le MR (et Georges-Louis Bouchez)
Assurément, le départ fracassant de Michel De Maegd fera mal au MR. Le député fédéral est loin d'être un second couteau : en juin dernier, il signait le troisième score du MR sur la liste fédérale à Bruxelles. Il n'était devancé que par la tête de liste, l'actuelle ministre de l'Enseignement Valérie Glatigny, et par Alexia Bertrand, désormais cheffe de file de l'Open VLD qui faisait cause commune avec le MR en juin dernier.
Or, le MR voit sa cote de popularité fortement baisser. Un récent sondage RTL-Ipsos-Le Soir prédisait en cas de nouvelles élections une baisse de 5,4% des libéraux à Bruxelles (17,2%), qui se voyaient ainsi rétrogradés à la troisième place, derrière le PTB (22,3%) et le PS (19,8%).
Le départ d'une personnalité connue des Bruxellois risque d'accentuer le recul du MR dans la capitale.
Début d'un mouvement plus large ?
L'annonce de ce transfert pourrait surtout n'être que le début d'un mouvement plus large. Le feu couve au MR depuis plusieurs mois, malgré les démentis de Georges-Louis Bouchez.
Si Michel De Maegd fut l'un des premiers à sortir du bois publiquement en septembre dernier, "après avoir tout tenté en interne", il a par la suite été rejoint par d'autres collègues du fédéral, à savoir la Namuroise Charlotte Deborsu ou le Brabançon Mathieu Michel.
À Bruxelles aussi ça grince des dents : "Si un bon accord est présenté, plusieurs d'entre nous seront déchirés entre la loyauté au parti et la nécessité de 'sauver Bruxelles'. Ce sera difficile… ", rapportait ainsi un élu bruxellois à La Libre à la veille de Noël.
L'ancien patron des patrons Bruxellois, élu sur les listes MR au parlement bruxellois en juin dernier, Olivier Willockx, s'était montré particulièrement virulent envers le patron du MR sur le réseau LinkedIn : "Quand on en vient à dire d'un partenaire ou d'un adversaire qu'il 'geint comme une petite fille', ou qu'on utilise des métaphores douteuses sur la fidélité conjugale pour parler de coalitions, on abaisse le débat. On transforme une argumentation sérieuse en cirque médiatique."

Mais c'est surtout la sortie, attendue depuis des mois, de l'ancienne Première-ministre Sophie Wilmès qui a beaucoup fait parler d'elle. Dans une interview accordée au Soir, elle estimait que " le MR gagnerait à plus de nuance et de pluralité". Une critique directement adressée à son président de parti.
La vice-présidente du parlement européen avait aussi estimé que " travailler avec l'extrême-droite (reproche souvent adressé à GLB), c'est à la fois une faute morale et une faute politique". Ambiance donc chez les libéraux francophones.
Rupture consommée avec le partenaire ?
Ce transfert laissera aussi des traces dans les relations entre les deux partenaires de majorité au Fédéral et en Région Wallonne.
Au lendemain des Provinciales d'octobre dernier, Les Engagés avaient déjà mené la vie dure aux libéraux en Province du Brabant wallon. L'alliance n'avait été conclue qu'après des concessions du MR, notamment la présidence de l'intercommunale IBW traditionnellement chasse gardée du MR.
Il y a ensuite des divergences de vue sur la reconnaissance de la Palestine et un ultimatum fixé par l'ancien patron des Engagés et Vice-Premier Maxime Prévot.
Il y eut encore les négociations compliquées concernant le budget 2026 et les grandes réformes de l'Arizona. Un accord était finalement intervenu à la mi-décembre après de fortes tensions notamment entre le MR et Les Engagés.
Mais le dernier élément qui a mis le feu aux poudres, c'est l'annonce du parti centriste à la veille des Fêtes qu'il lâchait son partenaire à Bruxelles pour tenter de sortir de la crise en négociant avec l'ennemi juré du MR, le PS.
Un camouflet pour les libéraux et plus particulièrement leur président, pointé du doigt par beaucoup, jusque dans ses propres rangs, comme le responsable de l'échec des négociations gouvernementales.
Depuis, le président des Engagés Yvan Verougstraete a repris la main et, s'il venait à réussir, viendrait à démontrer qu'il y avait peut-être réellement un problème nommé GLB. Et donc inciter des élus réformateurs à revoir leur positionnement? Autrement dit, à aller voir ailleurs si l'herbe n'y est peut-être pas plus verte en rejoignant un des partis au pouvoir.
De futurs transferts pour une majorité à Bruxelles?
Il se dit que ça négocie en coulisses et que des députés libéraux pourraient être inspirés par Michel De Maegd. Des transferts qui pourraient venir renforcer une majorité bruxelloise arithmétiquement précaire si PS-Engagés-Ecolo-DéFi venaient à s'entendre.

Cette dernière pèserait 37 sièges sur 72. Des ralliements seront donc plus que bienvenus, à l'instar de celui opéré en décembre par l'ancien élu PTB Soulaimane El Mokadem, désomais rattaché au PS.
Pour l'heure, ce changement n'aura par contre aucun impact sur l'Arizona, MR et Engagés restant partenaires de la majorité. Mais l'écart se réduit puisque les libéraux passent à 19 élus et les centristes à 15.