Réforme des pensions de l'Arizona : voici l'étude indépendante qui montre qui seront les perdants

La réforme des pensions du gouvernement Arizona améliorera les finances publiques, mais fera baisser les pensions et augmentera les inégalités, affirme le Bureau du Plan.

Le Bureau fédéral du Plan a étudié l'impact de la réforme des Pensions du ministre Jan Jambon (N-VA).
Le Bureau fédéral du Plan a étudié l'impact de la réforme des Pensions du ministre Jan Jambon (N-VA). ©Photo News

C'est un document que les partis de l'opposition attendaient de pied ferme et réclamaient avant tout vote.

Ce lundi, le Bureau fédéral du Plan, l'organisme public indépendant chargé d'études sur des enjeux économiques, sociaux et environnementaux, a présenté en commission des Affaires sociales de la Chambre les conclusions de deux recherches consacrées à l'impact de la réforme des pensions.

Et les enseignements de ces deux documents, rendus publics lundi après-midi, sont sans appel : la réforme portée par le ministre des Pensions, Jan Jambon (N-VA), freinera bien la hausse des dépenses. Mais cette remise sur les rails budgétaires du système de pensions s'accompagnera aussi d'un coût social.

1. L'impact positif pour les finances publiques

Selon l'évaluation du Bureau fédéral du Plan, les dépenses liées aux pensions diminueraient à long terme, avec un gain pouvant atteindre 1,3 point de PIB à l'horizon 2070.

Cette amélioration s'explique principalement par un recul des dépenses, mais aussi, dans une moindre mesure, par une hausse du taux d'emploi liée au report des départs à la retraite.

Cette consolidation budgétaire repose sur un ensemble de mesures structurelles prévues dans la réforme : la limitation des périodes assimilées, une restriction de l'indexation des pensions les plus élevées, la suppression de certains régimes préférentiels ou encore l'introduction d'un système de bonus-malus pension.

2. L'impact sur les futures pensions

C'est le revers de la médaille. Le Bureau du Plan confirme que la pension moyenne sera plus faible avec la réforme que dans un scénario sans réforme.

À court terme, à la fin de la législature, la pension brute moyenne des nouveaux retraités diminuera déjà de 2,4 %. Pour l'ensemble des pensionnés, la baisse atteindra 2,6 %. Cette diminution s'explique principalement par la suspension de l'enveloppe bien-être.

À plus long terme, la réforme entraîne également une baisse des taux de remplacement dans tous les régimes. Pour rappel, il s'agit du rapport entre le montant d'une pension et le dernier revenu perçu.

La baisse du taux de remplacement est particulièrement marquée pour les fonctionnaires (-15,2 % à l'horizon 2070), mais touche aussi les salariés (-7,2 %) et les indépendants (-3,2 %).

3. Des inégalités qui ne vont pas s'estomper

Sous l'effet de la réforme, les écarts entre pensions augmentent, surtout chez les nouveaux retraités. D'ici la fin de la législature, ils progressent de 9,1 % si l'on compare les 10 % de pensionnés les mieux lotis aux 10 % les moins favorisés (indice D10/D1), et de 5,5 % selon le coefficient de Gini.

Le rapport met aussi en évidence un impact différencié selon le genre. Ainsi, à la fin de la législature, la pension moyenne des femmes diminue davantage que celle des hommes parmi les nouveaux retraités (-2,6 % contre -2,3 %).

En cause : à nouveau la suspension des adaptations au bien-être, la limitation des périodes assimilées et l'introduction du malus, qui contribuent davantage à la baisse des pensions féminines.

À l'inverse, à l'échelle de l'ensemble des pensionnés, l'écart se réduit légèrement : la pension diminue davantage chez les hommes (-2,7 % contre -2,5 %), notamment en raison du plafonnement de l'indexation des pensions les plus élevées.

Mais dans l'ensemble, la réforme tend à accroître les inégalités de pension, même si certaines mesures en atténuent partiellement les effets.

4. Un risque de pauvreté en progression

Enfin, la réforme s'accompagne d'une hausse du risque de pauvreté parmi les pensionnés.

Celui-ci passe de 5,9 % à 6,3 % chez les nouveaux pensionnés et de 5,5 % à 6,1 % pour l'ensemble des retraités d'ici la fin de la législature.

"La principale explication est la suspension des adaptations au bien-être, en particulier celles portant sur les minima de pension", note à nouveau le Bureau du Plan.

À court terme, les résultats doivent être lus comme une simple photographie à l'horizon 2029.

Le Bureau fédéral du Plan souligne en effet que de nombreuses mesures ne produiront pleinement leurs effets qu'à long terme, certaines n'ayant qu'un impact partiel d'ici la fin de la législature.

Autrement dit, les effets observés aujourd'hui restent incomplets et évolueront encore fortement dans les prochaines décennies, à mesure que la réforme montera en puissance.


Les syndicats et l'opposition s'indignent

Pour la FGTB, cette réforme approuvée ce lundi en première lecture en commission des Affaires sociales est "une pure opération d'économies", résume son président, Bert Engelaar. "La pension moyenne pour les travailleurs et les fonctionnaires va diminuer, malgré l'allongement des carrières anticipé par le Bureau du Plan. Il est à nouveau démontré que cette "réforme" va imposer une plus faible pension aux générations futures."

Dans les rangs de l'opposition, PS, PTB et Écolo ont également fustigé les effets de la réforme.

"Toutes les inégalités seront renforcées", a réagi le chef de groupe PS Pierre-Yves Dermagne. "Avec, singulièrement, un impact négatif particulièrement marqué pour les femmes."

Même son de cloche chez Sarah Schlitz (Écolo) : "On voit déjà que plusieurs de nos inquiétudes se confirment. L'impact de la réforme sera négatif pour tout le monde. Il touchera principalement les femmes, les premiers déciles, mais aussi les jeunes qui entrent actuellement sur le marché de l'emploi."

Même tonalité au PTB, où Sofie Merckx dénonce une réforme défavorable : "La plupart des hommes et des femmes vont avoir moins de pension dans un pays où elles sont déjà très basses. Le gouvernement nous propose un plan qu'il dit nécessaire. Mais le risque de pauvreté va augmenter, tout comme le fossé déjà existant entre les hommes et les femmes."

Après ce vote en première lecture, un second passage en commission est prévu. Le texte devra ensuite être approuvé en séance plénière à la Chambre, normalement d'ici l'été.

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